Il y a quelques semaines, pour planifier une escapade à Florence, j’ai consulté des dizaines de vidéos de conseils pour explorer la ville « comme un Florentin ». En plus de bonnes adresses où manger un délicieux panino ou un bifteck, j’y ai aussi trouvé quelques suggestions pour éviter certains lieux jugés trop « touristiques » : on me conseillait, entre autres, d’éviter la très populaire Piazzale Michelangelo, prise d’assaut par les touristes en raison de sa vue imprenable sur la cité toscane, pour lui préférer un autre spot, jugé plus authentique.
A l’ère des réseaux sociaux et des « travel influencers », il est devenu difficile de préparer un voyage à l’étranger sans être assailli de recommandations pour éviter les pièges à touristes et découvrir plutôt le Florence, mais aussi les Paris/Londres/Tokyo, des locaux. Cela m’a rappelé ces vidéos d’Américains résidant en France qui prodiguent divers conseils à leurs compatriotes pour « venir à Paris sans avoir l’air d’un touriste ». J’ai repensé à ce regard parfois moqueur que l’on pose sur ces femmes déambulant dans les rues de Paris affublées d’un béret rouge et d’une marinière, en route pour la tour Eiffel. « Encore des touristes », ricanerait-on bien volontiers devant cette caricature, convaincus que si les rôles étaient inversés, nous serions des visiteurs bien moins clichés.
Mais pourquoi cette obsession de passer pour un local quand on reste, malgré tous nos efforts pour le nier… un touriste ? Vouloir s’éloigner de la foule ou éviter les plats fades des restaurants au pied de monuments historiques, est compréhensible. Mais peut-on visiter Bruxelles sans manger des frites ? Passer un week-end à Rome sans jeter une pièce dans la fontaine de Trevi ? Voir Londres, mais pas Big Ben ? Certaines attractions sont, de toute évidence, populaires pour une raison.
Et à moins de suivre un authentique habitant dans son quotidien (qui peut-être vous emmènera boire une bière dans son troquet préféré ou dans un parc qu’il fréquente avec des amis, ce qui ne représente pas le summum du dépaysement), découvrir une ville « du point de vue des locaux » revient souvent à se voir conseiller un restaurant « de quartier » qui, comble de l’ironie, sera sans doute lui aussi bondé de touristes ayant suivi le même conseil que vous.
De mon côté, j’ai tenté de faire la part des choses, en profitant d’un bifteck florentin et d’un chianti dans une trattoria familiale de l’autre côté de l’Arno, avant d’aller chanter « Sarà perché ti amo » sur la Piazzale Michelangelo, à tue-tête avec des centaines d’autres voyageurs.
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