Vendredi 15 mai – #109 : Suis-je bankable?
BONJOUR CHERS XOOMERS ! En libéral assumé, je n’ai pas du tout été convaincu par le concept de « démarchandisation » repris par Boris Vallaud dans son dernier livre, Nos vies ne sont pas des marchandises. Je l’ai écrit dans un édito. Selon le député socialiste, le marché envahit tout, « de la naissance à la mort », et il est temps de le « remettre à sa place ». Drôle de diagnostic dans un pays notoirement suradministré et surfiscalisé, qui redistribue à 54 % de sa population davantage qu’il ne lui prélève. Mais au prétexte que l’Etat social ne suffit plus (c’est sûr, il est en quasi-faillite!), Boris Vallaud propose, après les socialismes du travail et de la redistribution, un « socialisme de la vie »...
Relégation. J’y repensais, chers xoomers, à propos de... nous ! Nous les plus de 55 ans qu’une France à l’esprit malthusien et hédoniste exclut du marché du travail. Sommes-nous toujours bankables ? C’est mon premier constat : la démarchandisation subie n’est pas une libération – c’est une relégation. Même Marx le montre : si la marchandisation du travail est aliénante, elle confère aussi un statut, autant dire une valeur sociale. Pour les 55+, l’exclusion du travail est une dévalorisation à la fois symbolique et économique.
Choix. Dans L’Express, l'économiste Augustin Landier le dit d’une autre manière: « [Vallaud] choisit d’ignorer l’aspect démocratique du marché, qui donne une voix à chacun pour déterminer ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas, plutôt que de déléguer ce choix à un parti ou à un pouvoir ».
Ni dedans, ni dehors. Le concept de démarchandisation a été inventé par le Danois Gøsta Esping-Andersen. Chez lui, elle désigne la capacité à survivre dignement hors du marché, grâce à la protection sociale – une personne doit pouvoir conserver ses moyens d’existence indépendamment de sa participation au marché du travail. L’ennui, c’est que les 55-63 ans se retrouvent dans la peau du chat de Schrödinger, dans un angle mort : trop jeunes pour la retraite, trop vieux pour le marché. Ni dedans, ni (protégés) dehors.
Employabilité. Faut-il renoncer au concept d’employabilité qui n’est rien d’autre qu’une injonction à se rendre valorisable sur le marché ? Faut-il que l'âge devienne un critère de subvention à 100 %, sans lien avec les compétences réelles, qui déclenche une exclusion préventive ? La réalité est autre : avec le vieillissement démographique et une pénurie de main-d'œuvre qualifiée à venir, le marché du travail devrait redevenir favorable aux 55+. Et s’il est encore défaillant, la vraie démarchandisation émancipatrice serait de garantir aux seniors le droit de rester actifs aussi longtemps qu’ils le souhaitent. A condition aussi que l’objectif collectif soit bien de croître, de produire plus.
Sclérose. Dans la même analyse de L’Express, l'économiste David Thesmar souligne le danger de la sclérose malthusienne : « L'économie ne parvient pas à satisfaire les aspirations du plus grand nombre. Elle apaise les tensions en multipliant les flux de redistribution entre les citoyens. Ces flux cimentent la préférence pour le statu quo. Chacun déplore la pression fiscale, mais redoute que la réforme ne lui retire ce qu’il reçoit. »
Cumul. Ce n’est pas un débat abstrait. Lorsque le gouvernement restreint ou complexifie la retraite progressive ou le cumul emploi-retraite, il limite le choix des salariés expérimentés, et réduit les options pour un maintien en emploi. Boris Vallaud s’interroge : « Que devons-nous arracher au marché pour rendre à chacun le pouvoir de vivre pleinement ? » Un xoomer répondra sans doute que seul le marché peut démontrer qu’il est « bankable » pour qu’il puisse profiter pleinement de sa troisième partie de vie active.
GenXO. GenXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans à l’aise sur le marché de l’emploi. Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers.
XOOMERS, SI VOUS TROUVEZ CETTE EDITION UTILE, TRANSMETTEZ-LA A QUELQU’UN QUE VOUS ESTIMEZ !
Rémi Godeau, directeur de la rédaction de l’Opinion
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