L'Assemblée nationale a voté la sortie de l'Alsace du Grand Est. Derrière une revendication locale en apparence simple - réparer la réforme Hollande de 2015 - se dessine un dossier bien plus ambigu, porté paradoxalement par des élus macronistes et europhiles habituellement peu favorables aux logiques d'enracinement. Alors, retour des territoires historiques ou adaptation progressive de la France à une Europe fédérale structurée autour de grandes régions autonomes ? Le 8 avril dernier, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi au titre explosif : « visant à faire sortir la Collectivité européenne d'Alsace de la région Grand Est ». Au premier abord, on pense à un texte à forte teneur identitaire, presque un manifeste régionaliste. Le discours est puissant : il s'agirait de corriger l'injustice de 2015, de rendre à l'Alsace son identité bafouée, de la libérer du Grand Est, cette néo région perçue comme artificielle. Depuis neuf ans, élus et habitants dénoncent cette fusion imposée, vécue comme une dilution de leur culture et une négation de leur histoire. C'est le discours classique du retour aux racines, de la reconnaissance des particularismes locaux face à une France centralisatrice. Mais un paradoxe apparaît lorsqu'on regarde les porteurs du texte : des élus habituellement favorables à une Europe intégrée et généralement hostiles aux logiques d'enracinement ou de continuités historiques, qui semblent donc désormais se poser en défenseurs de l'identité alsacienne. Contre-intuitif, c'est le moins que l'on puisse dire. Cette proposition s'inscrit dans une longue bataille institutionnelle. En 2013, un référendum sur la fusion des collectivités alsaciennes avait échoué : le « non » l'avait emporté dans le Haut-Rhin, invalidant le projet malgré un « oui » majoritaire dans le Bas-Rhin. Face à ce projet, qualifié par Marine Le Pen de « conçu dans les couloirs de Bruxelles au bénéfice de l'Europe anti-nationale des régions », s'était formée une opposition transpartisane improbable : Front National et Parti de gauche menaient la charge, rejoints par des socialistes, des élus UMP réticents, et même le PCF. Deux ans plus tard, malgré l'opposition de 70 à 80 % des Alsaciens, François Hollande supprimait la région Alsace pour l'intégrer au Grand Est. Paris imposa cette réforme dans le cadre du redécoupage territorial de 2015, qui réduis… Raphaël Lepilleur |
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