Translate

vendredi 17 avril 2026

L'actualité littéraire Hebdo avec BIBLIOBS - Vendredi 17 avril 2026

 

 
Vendredi 17 avril 2026
Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
Le nouvel ordre du jour

Par  Elisabeth Philippe

Ces derniers temps, on a envie de citer la phrase bien connue de Karl Marx : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’Histoire se produisent pour ainsi dire deux fois, mais il a oublié d’ajouter : la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide. » Une farce sordide, avec un sale air de déjà-vu, c’est exactement ce à quoi on assiste. Le 8 avril, mes confrères du « Nouvel Obs » Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat révélaient que Marine Le Pen, potentielle candidate d’extrême droite à la présidentielle si elle n’est pas rattrapée par ses affaires judiciaires, dînait la veille avec la crème des dirigeants français : Bernard Arnault, le PDG de LVMH, Patrick Pouyanné, puissant patron de TotalEnergies, Catherine MacGregor, la directrice générale du groupe énergétique Engie…

Sans vouloir donner dans le point Godwin facile, cette scène m’en a aussitôt rappelé une autre, décrite avec son implacable précision par Eric Vuillard dans « l’Ordre du jour » (Actes Sud), son livre sur l’Anschluss, couronné du prix Goncourt en 2017 et actuellement adapté pour la scène, au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris. Le texte de Vuillard s’ouvre en effet sur la parade des vingt-quatre prédateurs en costume, « le nirvana de l’industrie et de la finance », invités par Goering et Hitler à participer à la caisse du Parti national-socialiste en 1933 :

« Les vingt-quatre ne s’appellent ni Schnitzler, ni Witzleben, ni Schmitt, ni Finck, ni Rosterg, ni Heubel, comme l’état civil nous incite à le croire. Ils s’appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Sous ces noms, nous les connaissons. Nous les connaissons même très bien. Ils sont là, parmi nous, entre nous. Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radios-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre. »

Détail cocasse (et sordide là aussi), le dîner durant lequel la fille de Jean-Marie Le Pen et les huiles du CAC 40 ont pu joyeusement deviser se déroulait au premier étage de Drouant, le restaurant parisien où est remis chaque année le prix Goncourt. Autre détail gouleyant (et funeste bien sûr), se trouvait aussi dans cette belle assemblée Cyrille Bolloré, le troisième fils du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Hachette, qui vient de limoger Olivier Nora, le patron de Grasset, l’une de ses maisons phare. Par ce geste, Bolloré met au pas l’édition, comme il l’a fait avec ses journaux et ses chaînes de télévision. Une machine de guerre pour remporter la bataille culturelle.

Notre sélection
Informez-vous sans modération.
Abonnez-vous pour consulter tous nos articles en illimité et recevoir nos newsletters réservées à nos abonnés.
 
Découvrez l’application du Nouvel Obs
Suivez toute l’actualité décryptée par nos journalistes dans une expérience de lecture intuitive et immersive.
 
 
 
 
 
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire