Vendredi 17 avril – #106 : Je décroche
BONJOUR CHERS XOOMERS ! Comme vous sans doute, j’entends parler matin, midi et soir du décrochage de la France (et de l’Europe). Le mot est ambigu. Pas question ici de décrocher la timbale. Il faut comprendre le mot dans son sens intransitif : abandonner le champ de bataille (pour les militaires, il signifie bien se replier, reculer ou battre en retraite). Bref, en matière économique, face à la Chine ou aux Etats-Unis, nous perdons du terrain.
Recul. Journaliste au service économie de l’Opinion, Marc Vignaud m’a conseillé la lecture du livre d’Antonin Bergeaud, La prospérité retrouvée, auquel il a consacré un article : « Tu verras, c’est très pédagogie... » Le premier chapitre traite... du décrochage économique. Pourquoi s’intéresser à un indicateur comme le PIB par habitant ? Parce que son recul comparatif ou sa chute dans le temps ont de vraies conséquences. « Les salaires progressent plus lentement, les marges de manœuvre budgétaires se réduisent, les investissements dans la recherche, l'éducation ou les infrastructures deviennent plus difficiles à financer », liste l’auteur.
Ecarts. Au sein même de l’Europe, les écarts de niveau de vie sont importants. Et un mot les explique : la productivité. On s’attache beaucoup à la quantité de travail fournie, mais on oublie trop le poids de son efficacité. Un exemple : l’Italie et le Danemark ont un temps de travail par habitant en âge de travailler quasi identique (900 heures par personne et par an). Oui mais « un Danois produit en moyenne 18 euros de plus par heure travaillé qu’un Italien », explique l'économiste. C’est que le pays scandinave a consenti depuis longtemps des efforts soutenus en matière d’investissement dans la connaissance.
Productivité. Bergeaud a raison, hélas : « Trop souvent caricaturée, réduite à une idée de rendement ou à un slogan managérial, la productivité reste mal comprise. Il ne s’agit pas simplement de travailler plus vite ou de faire des économies. Il s’agit de créer plus de valeur, avec les mêmes ressources, grâce à une meilleure organisation, de meilleures technologies et une diffusion plus efficace des connaissances ».
Match. Prenez maintenant la France et les Etats-Unis, dont le PIB par habitant est presque une fois et demie plus élevé. Constat d’Antonin Bergeaud : « L'écart s’explique en grande partie par des différences marquées en matière de dépenses de recherche et développement, qui atteignent environ 3,5 % du PIB outre-Atlantique [1,5% dans l’Hexagone], et plus largement par des niveaux de productivité et d’efficacité supérieurs ». Non seulement un Américain produit plus de valeur en une heure de travail, mais en plus il travaille 200 heures de plus par an. Le match est plié.
Appauvrissement. Vous ne décrochez toujours pas ? Alors poursuivons. Et si les Européens avaient fait le choix d’un autre modèle social, de ceux qui prennent en compte le bien-être ? C’est un bon argument. Des études ont tenté d'évaluer le prix de nos valeurs et leurs bénéfices pour redresser le ratio PIB par habitant. « Cet équilibre a un coût économique qui interroge sa soutenabilité », lâche en des termes choisis notre jeune économiste. L’Europe, et la France avec elle, prépare un appauvrissement général dont elle aura du mal à se remettre.
Retard. Son retard dans les technologies du XXIe siècle va finir par être sans retour. « Ce décrochage ne semble pas se résorber, au contraire il s’accentue depuis les différentes crises économiques qui se sont enchaînées après 2008 », écrit l’auteur. L’Europe n’a pas su capitaliser sur ses avancées scientifiques pour faire émerger des champions industriels.
Réinvention. J’arrête là. Lisez Bergeaud ! Car malgré ce diagnostic sombre, il est persuadé que l’Europe a les capacités de se réinventer. Pour ma part, je décroche la semaine prochaine. Vacances. A dans quinze jours chers xoomers.
GénXO. GénXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans qui jamais ne décrochent. Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers.
XOOMERS, SI VOUS TROUVEZ CETTE EDITION UTILE, TRANSMETTEZ-LA A QUELQU’UN QUE VOUS ESTIMEZ !
Rémi Godeau, directeur de la rédaction de l’Opinion
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