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« Le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré sera jugé en décembre à Paris pour «corruption d’agent public» au Togo entre 2009 et 2011, dans l’affaire dite des «ports africains», a appris l’AFP, confirmant une information du journal le Monde, selon lequel l’homme d’affaires sera également jugé pour et «complicité d’abus de confiance» au Togo et en Guinée sur la même période ».
Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?
En fait c’est très simple, pour asseoir la pérennité de son groupe en Afrique, comme ses concurrents le pratiquent, Vincens Bolloré a utilisé la corruption auprès des potentats locaux. Corruption directe et également financement de campagnes électorales, genre élection de Macron en 2017 avec les 600 millions d’euros disparus dans l’affaire Alstom, où l’apport de McKinsey reconnu par ses propres salariés. En France, tout ceci n’a jamais eu évidemment aucune espèce de conséquence judiciaire.
L’affaire avait commencé à l’époque les pays européens se piquaient de moralité publique, et où des soi-disant O.N.G., en général téléguidées par les États-Unis avaient dénoncé les sociétés françaises qui pratiquaient ce genre de sport. Histoire d’ouvrir des boulevards aux concurrents américains. La Françafrique, c’était mal. Mais comme il en restait quelques lambeaux, cela s’était arrangé et l’affaire avait pris la voie du « plaider coupable ». Une procédure étrangère au droit pénal français inquisitoire, mais importée par Sarkozy des États-Unis. En France on appelle ça « la procédure sur reconnaissance préalable de culpabilité ». Ce qui veut dire, pour être simple que la personne poursuivie reconnaît les faits qui lui sont reprochés, renonce à la procédure contradictoire et se met d’accord avec l’autorité de poursuite sur la sanction. Le parquet de Nanterre et Bolloré s’étaient arrangé, et avait formalisé un protocole. Mais toujours schématiquement, pour que ce protocole bénéficie de ce que l’on appelle « l’autorité de la chose jugée », il faut que le juge du siège l’homologue et lui donne force exécutoire. Tout avait fonctionné comme sur des roulettes jusqu’au pépin. Le juge du siège saisi considéra que Bolloré s’en tirait trop facilement et refusa cette homologation. Comme par exemple aux États-Unis le juge du Delaware refusa d’homologuer un accord totalement complaisant passé par un procureur américain avec le fils Biden, le très honnête garçon bien connu.
Bon, il arrive que même un accord bringuebalant ça passe quand même et que le juge du siège l’homologue. Par exemple, une petite anecdote qui concernait un magistrat du PNF. Celui-ci avait négocié avec une très, très, très grande banque d’affaires, un accord de plaider coupable pour de sombres histoires de fraude fiscale. À plus de 300 millions d’euros, la somme était coquette. Même si par la suite certains spécialistes particulièrement mauvaises langues ont trouvé que la banque s’en tirait bien. Le doute s’aggrava lorsque, peu de temps après, le procureur concerné demanda sa mise en disponibilité. Devinez pourquoi ? Pour devenir avocat, sollicité qu’il était paré-il par un grand cabinet anglo-saxon dont une bonne part de la clientèle était précisément les grandes banques internationales. Pas gêné il sollicita son inscription au barreau de Paris. Provoquant la fureur du conseil de l’ordre qui refusa catégoriquement de couvrir cette manipulation. Qu’à cela ne tienne, la solution fut trouvée et l’ordre des avocats du barreau de Nanterre, celui qui regroupe les grands cabinets d’affaires installées à la Défense lui ouvrit grand les bras. Lui permettant ainsi d’enfiler la robe d’avocat, d’apporter ses précieux conseils aux grandes banques et de multiplier ses revenus d’un chiffre important.
Mais cessons les méchancetés, et revenons à Vincent Bolloré. Le refus d’homologation imposa de reprendre les poursuites et de diligenter à son encontre une procédure contradictoire avec instruction. Avec cette caractéristique amusante, que l’homme d’affaires ne pouvait plus contester ce qui lui était reproché, puisqu’il en avait reconnu la véracité. Joli traquenard sur la motivation duquel, les mauvaises langues toujours actives s’interrogèrent. Nombreux furent ceux qui pensèrent que le tropisme politique avait joué un très grand rôle, et que Bolloré devait son infortune à sa réputation politique sulfureuse de catho intégriste d’extrême droite, et à son activisme dans le domaine des médias.
Le voilà donc maintenant renvoyé devant le tribunal correctionnel pour y être jugé comme nous l’annonce la presse. Le problème, c’est cette procédure de fond a pris un certain temps. Et que parallèlement Bolloré a constitué un pôle médiatique à la ligne éditoriale de droite dure voir de droite extrême. Il serait donc tout désigné pour être le Satan sur lequel la magistrature politique adorerait se passer les nerfs. Pas d’inéligibilité avec exécution provisoire pour lui, il n’est candidat à aucune fonction élective. En revanche le catalogue des peines principales, et accessoires est suffisamment fourni pour lui pourrir la vie. Nous pourrions avoir droit à un joli jugement en forme de tract politique dans lequel les magistrats s’adonneraient à leur péché mignon, c’est-à-dire les cours de morale pour justifier la sévérité des peines. No pasaran oblige, n’est-ce pas ?
Mais, sans que cela puisse apparaître comme un choix tactique par rapport à l’affaire judiciaire, Vincent Bolloré a donné à ce pôle médiatique une orientation pro-israélienne caricaturale. En particulier la chaîne Cnews qui illustre à merveille l’accusation de « télé poubelle ». Où sans désemparer des journalistes de seconde zone battent la mesure en organisant des débats avec des bandes d’improbables clochards intellectuels recyclés pour l’occasion. Deux thèmes privilégiés : d’abord « il y a trop d’arabes en France qui soit veulent nous imposer la charia, ou alors sont des délinquants avides de sang. Voire les deux à la fois ». Et comme ça « ces arabes, Israël, la seule démocratie du Proche-Orient a bien raison de les massacrer avec son armée la plus morale du monde. Et ceux qui ne sont pas d’accord sont rien que des antisémites ». Racisme, fake news, mensonges, inversions accusatoires, tout est bon. Tous les tenants du lobby israélien en France sont enchantés de pouvoir disposer ainsi d’un outil aussi dévoué. Qui finit par déteindre sur d’autres médias comme l’évolution de France Info le démontre.
Avec la campagne de répression de masse concernant les soi-disant infractions « d’apologie du terrorisme » déclenchée le 8 octobre 2023 avec la circulaire Dupond-Moretti, on a pu avoir une idée du côté où penchaient les magistrats français. Près de 700 condamnations sur l’ensemble du territoire national. Il n’a manqué personne. En revanche, probablement pour les mêmes raisons, les milliers d’infractions émanant des soutiens d’Israël n’ont provoqué strictement aucune réaction judiciaire. Double standard assez déshonorant quand on y pense mais qu’il est difficile de nier. Et qui a dû également combler les mêmes tenants du lobby israélien en France. Ravis qu’on ait fait taire les adversaires de la politique israélienne à Gaza. Alors qu’eux-mêmes bénéficiaient d’un sauf-conduit pour proférer toutes les horreurs possibles.
Lutte contre le retour de la bête immonde, du fascisme, et des heures sombres d’une part. Sympathie pour la cause du régime d’extrême droite de Benjamin Nétanyahou, défendue par les médias du groupe Bolloré et Cnews en particulier d’autre part. Le sort judiciaire de Vincent Bolloré relève d’un singulier mouvement de balancier.
Car il ne faut quand même pas s’imaginer que la décision va dépendre du contenu réel du dossier. La justice française, cela fait déjà un moment qu’elle ne fonctionne plus comme ça.
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