Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | D’emblée, François Martin a employé une image forte pour qualifier la situation : « L’Iran a la mâchoire à portée de la gorge du monde. » Cette « gorge du monde » n’est autre que le détroit d’Ormuz, qui tient en otage les pays du Golfe et par lequel transite un cinquième des flux pétroliers mondiaux. Nos deux invités distinguent deux types d’actions qui détermineront l’avenir du conflit : « le réversible et l’irréversible. » Tant que Téhéran « frappe des bases américaines » ou « interdit le détroit », le dialogue demeure possible ; mais si l’Iran s’en prend « aux usines de dessalement d’eau » ou « mine le détroit d’Ormuz », alors « on entre dans l’irréversible » : un scénario de chaos durable, où la réparation des dégâts se comptera en années, voire en décennies. Jean-Bernard Pinatel nuance : pour l’instant, « le détroit d’Ormuz ne pèse pas le poids qu’on lui attribue dans les médias. » Sous-entendu : si des négociations diplomatiques intelligentes sont menées, le détroit pourrait se rouvrir en quelques minutes. Pourtant, sur le terrain, trois à quatre mille navires marchands demeurent immobilisés, et l’Agence internationale de l’énergie alerte sur le risque de déclencher « la plus grave crise énergétique mondiale depuis des décennies. » Plus largement, François Martin s’inquiète pour sa civilisation : « J’assiste sous mes yeux, à la chute de l’Occident. » Pour lui, l’épisode iranien n’est qu’une nouvelle étape de cette déroute géopolitique. Tandis que Téhéran avance méthodiquement ses pions, Washington et Tel-Aviv réagissent dans la précipitation, prisonniers de leur propre calendrier politique. D’ici quelques jours, Trump devra obtenir l’aval du Congrès pour poursuivre la guerre, et s’il subit de lourdes pertes militaires, l’impeachment le guette en fin d’année. De son côté, Benyamin Netanyahou remettra son poste en jeu lors des élections législatives de juin ; il ne peut se permettre un mois supplémentaire de bombardements sur l’État hébreu. François Martin dénonce un « regard occidental totalement autiste » face à des puissances qui ont appris la guerre du temps long, à la Sun Tzu : « Ils misent sur la patience… dans une stratégie de victoire sans combat. ». Jean-Bernard Pinatel abonde dans le sens de son confrère et souligne l’incapacité de l’ensemble des belligérants à produire suffisamment de missiles pour soutenir le conflit à une telle intensité. Enfin, ce conflit se joue aussi sur un autre plan : le glissement monétaire. Clémence le résume ainsi : « Ce n’est pas qu’une question de pétrole, c’est une question de pétrodollar. » Dans le chaos d’Ormuz, seuls les navires chinois et indiens continuent de passer — et « ce ne sont que des contrats en yuan qui sont signés. » François Martin y voit un basculement discret mais décisif : « Les Saoudiens comprennent qu’il faut désormais s’appuyer davantage sur la Chine que sur les États Unis. ». Cependant, il ne faut pas y voir la volonté des BRICS de faire s’effondrer l’empire américain : tant la Chine que l’Inde détiennent trop d’avoirs en dollars pour risquer une telle manœuvre. Nos deux invités citent l’ancien ambassadeur américain Charles Freeman : « Ni la Russie ni la Chine ne souhaitent la chute des États Unis ; ils veulent simplement qu’ils descendent de quelques marches. » Ce réalignement prudent mais implacable annonce le déclin du dollar roi au profit d’un système multipolaire, où les puissances non occidentales imposent désormais le tempo. |
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