A qui dois-je confier ma procuration ? Dimanche 9 juin dans la soirée, alors que les résultats des élections européennes venaient de tomber et qu’Emmanuel Macron annonçait la dissolution de l’Assemblée, un vent de panique m’a saisie.
Par flemme, mais aussi parce que j’ai déménagé de multiples fois dans ma vie de jeune adulte, je suis toujours rattachée aux listes électorales de la petite ville de lointaine banlieue dans laquelle j’ai grandi. N’ayant pas prévu de m’y rendre prochainement, la question du vote par procuration s’est imposée à moi, comme à des millions d’autres Français – le mot « procuration » était en tête des recherches Google dès dimanche soir.
Seulement voilà : la personne qui vote habituellement en mon nom sera en vacances pendant la période des législatives. Et si trouver un mandataire (le nom officiel de celui ou celle qui vote pour vous) en qui avoir confiance est déjà une affaire délicate en temps normal, la perspective de voir l’extrême droite arriver au pouvoir rend la démarche plus périlleuse encore.
Une collègue en quête elle aussi d’une âme fiable pour glisser un bulletin dans l’urne en son absence m’expliquait ainsi comment elle avait approché une vague connaissance : « C’était bizarre, on s’est échangé plusieurs SMS, jusqu’à ce qu’elle finisse par m’assurer qu’elle ne voterait jamais pour le Rassemblement national. » Désormais, cette drague étrange peut même se dérouler via une appli : « Mon plan procu », une sorte de Tinder de la procuration lancé par une association de lutte contre l’abstention, qui reprend tous les codes des sites de rencontre, en mettant en contact deux parfaits inconnus.
Mais comme dans une vraie relation amoureuse, vous n’avez aucune certitude que votre partenaire respectera sa parole. Cela dit, même quand celui ou celle à qui vous confiez votre voix est un proche, le geste n’a rien d’anodin, comme en atteste un collègue. Plusieurs mois après avoir délégué son vote à sa mère, en 2012, à l’occasion du second tour de la présidentielle, cette dernière lui faisait encore ce reproche : « Ton vote a annulé le mien. C’est comme si je n’avais pas voté. »
Bérénice Rocfort-Giovanni
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