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dimanche 3 décembre 2023

Rue 89 avec L'OBS - Que reste-t-il des paysages de mon enfance ? - le 3.12.2023

 


Dimanche 3 décembre 2023

Que reste-t-il des paysages de mon enfance ? C’est la question que je me suis posée après avoir vu au cinéma le dernier film de Dominique Marchais, « La Rivière ».

Vous ne l’avez pas encore vu ? Alors courez-y. Dans ce documentaire, le réalisateur nous promène le long des gaves, ces rivières qui dévalent les montagnes des Pyrénées-Atlantiques pour se jeter dans la mer. On y entend des pêcheurs, des hydrogéologues, des naturalistes, des étudiants en sciences du climat faire tous le même constat : le niveau des eaux baisse, la biodiversité s’effondre. « Si on m’avait dit qu’un jour je traverserais le gave en bottes… », lâche, effaré, un membre de la direction du parc national des Pyrénées, alors qu’il arpente un cours d’eau qu’il a connu enfant.

L’endroit où j’ai grandi n’a pas grand-chose à voir avec les lieux sauvages que l’on aperçoit dans le film. J’ai passé mon enfance à des centaines de kilomètres plus au nord, en Normandie, près de Rouen, un territoire plutôt marqué par la présence de l’industrie chimique et pétrolière. Mon village ? Ce n’était pas vraiment la campagne, ce n’était pas la ville non plus, mais on n’appelait pas encore ce genre d’endroit le périurbain. La biodiversité y était probablement déjà bien malmenée, mais je me suis dit en sortant de la salle de cinéma que les choses n’avaient pas dû s’arranger.

Depuis que j’ai quitté ce village, il y a 18 ans, de nouveaux lotissements sont sortis de terres, les supermarchés sont devenus des hypermarchés, et tout un urbanisme de « boîtes à chaussures », faits de zones d’activités et de zones commerciales, n’en finit plus de gagner du terrain. Et l’on parle même de la construction, dans des villages voisins, d’un contournement autoroutier qui devrait avoir la peau des toutes dernières haies et terres agricoles.

Déprimant ? Oui. Mais si je vous parle de « La rivière », c’est justement parce ce film, en dépit du tableau très sombre qui y est dépeint, m’a étonnement fait du bien, sans que je parvienne à expliquer vraiment pourquoi. Peut-être cela tient-il à l’absence totale de cynisme qui se dégagent des témoignages qui défilent à l’écran. Pas un seul intervenant ne se résigne à laisser la catastrophe se poursuivre sans rien faire, et l’on ressort avec l’envie de les rejoindre.

Sébastien Billard

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