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samedi 2 mai 2015

Soupçons de viols en Centrafrique : trois questions sur le "lanceur d'alerte" Anders Kompass

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Soupçons de viols en Centrafrique : trois questions sur le "lanceur d'alerte" Anders Kompass

D'après le quotidien britannique "The Guardian", ce cadre 

de l'ONU depuis trente ans est à l'origine de la fuite du 

document accusant des soldats d'avoir violé des enfants 

en Centrafrique.

                                Le Suédois Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits humains, le 24 avril 2014, à Genève (Suisse).

Le Suédois Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat des Nations
 unies pour les droits humains, le 24 avril 2014, à Genève (Suisse).
 (FATIH EREL / ANADOLU AGENCY / AFP)

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Mis à jour le  , publié le 
Au lendemain des révélations accusant des soldats français de viols sur des enfants en Centrafrique, certains se demandent comme ce scandale a éclaté.
D'après le quotidien britannique The Guardian, qui a mis l'affaire au grand jour,
 la personne à l'origine de la fuite est Anders Kompass, directeur des opérations
 de terrain au Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits humains, cadre
 de l'ONU depuis trente ans. Francetv info revient sur les circonstances de ces
 révélations qui lui ont valu d'être suspendu.

Pourquoi a-t-il fait fuiter l'affaire ?

L'ONU indique avoir lancé une enquête au printemps 2014. Anders Kompass a
 transmis aux autorités françaises, en juillet 2014, un rapport intitulé "Abus sexuels
 sur des enfants par les forces armées internationales" en réaction à l'inaction de
 l'ONU. En effet, The Guardian explique qu'il a contacté Paris "à cause de
 l'incapacité des Nations unies à faire cesser ces abus".
Mais d'après une source anonyme au sein de l'ONU, le responsable avait
 fait fuiter le rapport une semaine seulement après que le rapport a été finalisé.
 Difficile de voir dans son geste une action motivée par l'inertie des Nations unies,
 assure cette source.
"Ce fonctionnaire suédois n'est pas un téméraire, il a trente ans de carrière. (...)
 Il a dû agir ainsi parce que ça touchait la France : quand ça touche le Tchad,
 il n'y a jamais de suite. Là, ça touche la France, où il y a une justice indépendante, 
ça peut permettre de faire bouger les choses", a estimé Florent Geel, responsable
 du bureau Afrique à la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH). 
Selon lui, l'ONU se tait "en particulier sur la question des crimes sexuels commis
 par les Casques bleusLorsque cela arrive, ils mettent en place des process 
internes pour que ça se sache rarement ou jamais."
Ce n'est pas la première fois qu'Anders Kompass fait parler de lui. Le Monde
rappelle que "des câbles révélés par WikiLeaks avaient mis en lumière un 
conflit d'intérêts sur la question du Sahara occidental. Il était alors soupçonné 
d'avoir informé les Marocains sur la question, et d'avoir empêché des enquêtes
 sur la question des droits de l'homme sur place."

Pourquoi a-t-il été suspendu ?

Anders Kompass a été suspendu le 17 avril et fait actuellement l'objet d'une 
enquête de l'ONU, a indiqué le conseiller juridique du ministère suédois de la 
Justice. Farhan Haq, porte-parole adjoint du secrétaire général de l'ONU, a
 indiqué de son côté qu'il est placé "en congé administratif avec plein salaire".
L'ONU lui reproche "un grave manquement aux procédures", qu'il connaît
 pourtant parfaitement après plusieurs décennies au sein de l'instance. D'une
 part, il a transmis le document sans avoir informé sa hiérarchie. D'autre part, 
d'après les Nations unies, Anders Kompass a commis une faute grave en 
transmettant le rapport sans avoir retiré les noms des victimes, des témoins
 et des enquêteurs. Farhan Haq a expliqué que cela était susceptible de les
 "mettre en danger".
"La version préliminaire a été fournie de manière non-officielle par un membre 
de l'équipe aux autorités françaises à la fin juillet avant même d'être transmise 
à la direction du bureau du Haut commissaire aux droits de l'Homme", a confirmé
 un porte-parole de l'agence onusienne basée à Genève.

Est-ce un lanceur d'alerte ?

"Notre conclusion préliminaire est qu'une telle conduite ne peut pas être 
considérée comme celle d'un lanceur d'alerte", a souligné Farhan Haq.
De son côté, Bea Edwards, membre d'une association internationale qui soutient
 les lanceurs d'alerte, accuse dans le Guardian l'ONU de "chasse aux sorcières",
 rapporte Le Monde. Et d'ajouter : "En dépit de la rhétorique officielle, il y a
 très peu d'engagement à la tête de l'organisation [des Nations unies] pour 
protéger les lanceurs d'alerte et une forte tendance à politiser toutes les questions,
 peu importe le degré d'urgence."
L'ONG GAP, qui milite pour le soutien aux lanceurs d'alerte, ironise sur son
 site web(en anglais) : "Qu'obtenez-vous lorsque vous signalez et 
potentiellement arrêtez l'abus présumé d'enfants innocents ? Un prix ? La
 reconnaissance du public ? Essayez plutôt une suspension, une enquête 
fouillée sur votre vie et une possible révocation." 
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