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dimanche 15 mars 2026

RUE 89 avec le NouvelObs - Pourquoi j’aime autant regarder la série « Industry » ? - le Dimanche 15 mars 2026

 

 
Dimanche 15 mars 2026
Chaque dimanche, une question existentielle qui nous a traversé l’esprit et une sélection des meilleurs articles, séries, entretiens et témoignages qui explorent nos vies intimes.
Pourquoi j’aime autant regarder la série « Industry » ?

Par  Constance Daulon

Chaque hiver depuis quatre ans, je trépigne avant la diffusion de cette fiction britannique avec une impatience coupable, que je n’ai pas éprouvée depuis « Succession ». Ces deux séries ont en commun de dévoiler les arcanes des milieux de pouvoir. Produite par HBO, « Industry » scrute les outrances de la finance londonienne. On y suit de jeunes traders cruels et opportunistes, dans des décors d’une froideur extrême. Sexe et drogues y tiennent une place prépondérante – tout comme l’art de la trahison.

On y parle bien sûr des marchés financiers, dans un jargon que je ne maîtrise absolument pas, mais qu’importe. Ce n’est pas mon ignorance des cours de la Bourse qui me rend un peu honteuse d’aimer cette série. Mais plutôt ce mélange de fascination et d’aversion qu’elle me fait éprouver pour le monde des puissants et ses caricatures des dérives du capitalisme – racontées sans le moindre recours au registre de la satire. C’est peut-être pour cette raison que cette série, pourtant formidable, peine à trouver le public qu’elle mérite. Comme le disait récemment « Télérama », « Industry » n’a plus à prouver qu’elle est la meilleure série que personne ne regarde.

Déformation professionnelle oblige, certains sujets abordés me ramènent à l’actualité. Dans la troisième saison par exemple, la banque d’investissement pour laquelle travaillent les personnages doit lancer l’entrée en Bourse d’une entreprise d’énergies renouvelables. Pour y parvenir, tous les moyens sont bons : accepter des normes écologiques tout en tirant un maximum de revenus, vendre des produits financiers à une conférence mondiale sur le climat… Ce cynisme – qui règne en maître tout du long – ne cesse jamais de me surprendre.

Mieux encore, dans la dernière saison qui vient de s’achever, le spectre s’élargit à la politique et aux médias. Le personnage de Yasmin, interprétée par la fantastique Marisa Abela, y ressemble de plus en plus à une certaine Ghislaine Maxwell, la complice du pédocriminel Jeffrey Epstein. Plus que la toxicité de l’argent roi, c’est ce casting implacable qui me tord l’estomac à chaque visionnage. Si Kit Harington (« Game of Thrones ») et Max Minghella (« The Handmaid’s Tale ») m’avaient déjà convaincue, mes yeux n’en ont que pour Myha’la Herrold qui joue la meilleure ennemie de Yasmin, Harper. Qu’on lui donne tous les Emmys, même si elle a déjà obtenu celui de mon cœur.

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