Goodyear: comité d'entreprise contesté sur la fermeture d'Amiens-Nord
Par Dominique SIMON | AFP
La
direction de Goodyear a prévu de clore jeudi la procédure d'information des
représentants du personnel de l'usine d'Amiens-Nord avant sa fermeture, avec un
Comité central d'entreprise (CCE) à Rueil-Malmaison, une démarche jugée
illégale faute de consultations suffisantes, selon des syndicats.
Le CCE a débuté peu
après 8H30, avant de faire l'objet d'une interruption de séance à la demande de
la CGT, a-t-on appris de source syndicale.
A l'aube, des ouvriers
d'Amiens-Nord ont, pour leur part, entrepris de bloquer l'accès à l'usine,
brûlant pneus et palettes, "dans le calme", a-t-on appris auprès de
la CGT, ultra-majoritaire sur le site. Il y avait "300 personnes sur le
parking, 450 au début du blocage" dès 04H00 et "personne n'était
entré dans l'usine" en début de matinée, a témoigné Franck Jurek (CGT).
Lors du CCE au siège
du fabricant de pneumatiques, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), la direction
souhaite recueillir l'avis des élus sur le projet de fermeture et la mise en
place du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), comprenant notamment les mesures
de reclassement, d'accompagnement ou de formation des salariés.
La fermeture
d'Amiens-Nord, qui emploie 1.173 salariés, a été annoncée le 31 janvier après
un bras de fer avec le personnel remontant à avril 2007.
Depuis, selon la
direction, la procédure d'information-consultation des Comités d'hygiène, de
sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sur la fermeture d'Amiens-Nord
"est arrivée à son terme", permettant la convocation de "la
dernière réunion de CCE".
La proposition de
l'américain Titan de reprise partielle et sous conditions de l'usine
d'Amiens-Nord ne devrait pas être évoquée, Goodyear Dunlop Tires France (GDTF)
n'ayant "pas reçu de nouvelle offre", selon un porte-parole.
"On ne peut être
que contre la fermeture d'une usine mais notre avis n'est que
consultatif", a assuré la secrétaire du CCE, Catherine Charrier,
représentante de la CFE-CGC. Elle a insisté sur le fait que la CFE-CGC avait
été "le seul syndicat à avoir demandé des améliorations des mesures
d'accompagnement des salariés" dont les postes sont supprimés.
Un CCE
"complètement illégal"
Mickael Wamen,
représentant de la CGT, majoritaire dans l'usine, a prévenu, mercredi: "ce
qu'on attend de la direction c'est qu'elle retrouve le bon sens et qu'elle
arrête de faire autant de bêtises parce que ce CCE est complètement
illégal".
"Sur quatre
CHSCT, il y en a trois qui n'ont pas été consultés valablement", a-t-il
expliqué. "Donc, on ne peut pas faire de réunion de CCE tant que cette
obligation-là n'a pas été respectée", a-t-il ajouté en évoquant "la
colère" des salariés.
Pour le représentant
de la CFDT, Didier Raynaud, "la direction va tenter de passer en
force" lors du CCE. Comme la CGT, il assure que les CHST des sites de Riom
(Puy-de-Dôme), Montluçon (Allier) et Amiens-Nord n'ont pas pu émettre un avis
faute d'informations suffisantes de la part de la direction sur le plan social
et ses conséquences.
"Tant que la
justice n'aura pas tranché la question de savoir si les CHSCT doivent donner
leur avis compte tenu des informations qu'ils ont obtenues, la procédure dans
son ensemble est bloquée", a renchéri l'avocat des salariés, Me Fiodor
Rilov, à l'origine d'une multitude de procédures judiciaires à l'encontre de la
direction de Goodyear.
Didier Raynaud a
prévenu qu'il demanderait aux représentants du personnel de voter des
délibérations "pour retourner en justice" lors du CCE qui réunira
deux délégués CGT, deux CFDT et la représentante de la CFE-CGC. "La
justice tranchera", a-t-il indiqué.
Des élus du personnel
ont, en outre, demandé une réunion extraordinaire le 21 novembre pour répondre
aux questions en suspens comme "l'affaire Titan".
Le PDG du fabricant de
pneus agricoles Titan International, Maurice Taylor, qui a tenté à plusieurs
reprises de racheter une partie du site d'Amiens a fait un retour inattendu en
octobre. Il a annoncé son intention de reprendre 333 emplois dans l'usine dont
le maintien serait garanti pendant quatre ans, mais seulement une fois le plan
social mis en oeuvre.