La vie est faite de plaisirs simples et la fréquentation des forums Reddit dédiés aux problèmes de voisinage fait partie des miens. Le plus souvent, quel que soit le sujet – un streamer de jeux vidéo réveillant l’intégralité des voisins de son étage plusieurs fois par nuit parce qu’il hurle dès qu’il perd ; une femme vivant les fenêtres ouvertes, qui confond son studio avec le plateau de « The Voice » –, les internautes sont coincés dans une impasse dont ils pourraient sortir en faisant un geste simple, qui demeure cependant d’une extrême difficulté pour quiconque vit dans une grande ville : sortir de chez soi pour aller parler avec un inconnu.
Si bien que j’ai été ému, cette semaine, en lisant le post de l’internaute lyonnais qui a publié le texte suivant : « Bonjour, je m’installe dans un immeuble. Est-ce bien vu d’aller sonner chez mes voisins pour me présenter ? » Vertige de la gentillesse. Stupeur face à la contingence. Frisson d’angoisse en imaginant la teneur du small talk : « Vous êtes là depuis longtemps ? Oui, moi aussi, c’est plus près de mon travail. Joli, ce paillasson. » Les trois premières secondes sont un concentré de gêne potentielle, je vous l’accorde, et l’abîme de perplexité dans lequel cette idée me plonge me fait dire qu’on ne sait plus vivre ensemble.
Raison pour laquelle, sympathique internaute (je présume de ta sympathie, omettant sciemment le scénario dans lequel tu serais un tueur en série en repérage), il faut que tu saches que tu es le gentil de ton histoire. Et que la bizarrerie que d’aucuns te trouvent est une qualité qui doit être louée, car on ne perd jamais quand on parie sur la bienveillance. Ainsi, n’écoute pas l’internaute qui te suggère d’éviter de teinter d’affects tes relations de voisinage, considérant la froideur comme un outil qui t’autoriserait plus tard à pouvoir « recadrer » quiconque, « sans avoir à mettre les formes que t’aura imposées un premier contact cordial ». Ne cède pas, ton âme est pure, tu es du bon côté de la force.
Je te lis et je pense à ces articles que nous avons publiés pendant le Covid. Il était question d’une « copro du bonheur » qui, dans le tumulte des confinements, organisait des apéros joyeux. Cet immeuble était situé à Lyon, où tu vis. Et je sais de source sûre qu’il fait toujours bon y vivre. Peut-être sont-ce les prémices d’une histoire réjouissante que tu nous raconteras bientôt, qui sait ?
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