Si le printemps ramène le doux parfum des fleurs, il réveille aussi un effluve bien plus nauséabond, celui du sexisme à vélo. Vélotaffeuse depuis près de dix ans, j’ai la désagréable impression qu’à chaque retour des beaux jours, il est de plus en plus prégnant. Ainsi, il y a peu, au feu rouge, alors que je conduisais mon fils à l’école, un cycliste m’a lancé : « J’espère que vous faites attention avec lui derrière. Que vous ne grillez pas les feux, qu’il porte toujours son casque… Si vous saviez le nombre de mamans qui font n’importe quoi à vélo. » Décontenancée par cette remarque ô combien misogyne, j’ai rétorqué : « Bien évidemment, mais dites-moi, est-ce que vous formulez les mêmes critiques aux pères ? » Le feu étant passé au vert, j’ai donné un coup de pédale un brin énervée, puis j’ai filé, sans attendre sa réponse.
Malheureusement, cette désobligeante interaction n’est pas rare. Selon une enquête réalisée par l’institut Flashs publiée en janvier dernier, plus de quatre femmes sur dix déclarent avoir déjà été confrontées à des comportements agressifs et/ou sexistes – insultes, intimidations ou gestes déplacés – de la part d’usagers de la route ou de piétons, « faisant du vélo une pratique à la fois exposée et socialement dissuasive ». Pas étonnant, donc, que plus de la moitié des hommes utilisent le vélo pour leurs déplacements (54 %) contre seulement 38 % des femmes… C’est d’autant plus désolant quand on sait que le vélo a joué un rôle majeur dans l’émancipation des femmes à la fin du XIXe siècle, leur permettant de se déplacer librement – et de s’affranchir de la jupe.
Derrière la remarque proférée par cet inconnu, se lit aussi l’idée que j’ai un comportement dangereux avec mes enfants – que je suis une « mauvaise mère ». Pourtant, une étude du ministère de la Transition écologique de 2024 dévoilait que les femmes étaient deux fois moins nombreuses que les hommes à avoir eu un accident au cours de l’année écoulée. Le soir venu, j’ai demandé à mon compagnon, adepte du grillage de feux occasionnel – y compris avec enfant –, s’il lui était déjà arrivé d’écoper de remarques moralisatrices. « Jamais », m’a-t-il répondu. A vrai dire, le contraire m’aurait étonnée. Pour ma part, enfourcher mon vélo à la fin d’une journée de travail avant d’enchaîner sur le tunnel du soir – laver/manger/coucher – avec mes enfants est une soupape de décompression quasi vitale. Alors tant pis pour les rabat-joie sans cervelle, je continuerai de pédaler.
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