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samedi 16 mai 2026

L'ECLAIREUR - [ Republication ] Actifs russes, affaire Alstom le retour ? - le 16.05.2026

 

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[ Republication ] Actifs russes, affaire Alstom le retour ?

Utiliser les actifs russes pour financer l'Ukraine, une nouvelle affaire Alstom en pire, la France étant l'actionnaire de référence d'Euroclear, qui détient ces actifs?

 
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Alors qu’un tribunal moscovite vient de condamner Euroclear à 250 milliards de dollars de dommages et intérêts du fait du gel des actifs de la banque centrale de la Fédération de Russie, il nous parait opportun de publier en accès libre notre article du 28 novembre 2025.

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Bart de Wever, ancien maire d’Anvers et actuel premier ministre belge, un nationaliste flamand, est à peu près le seul adulte en Europe en ce qui concerne les actifs russes. ”Derrière mon dos, ce qui se passe, c’est de mon cul” avait-il fameusement déclaré en 2011 lors d’obscures négociations gouvernementales, que même outre-Quiévrain on peine à saisir. Il reste - il faut le lui rendre - fidèle à sa devise qui consiste à ne pas “se la faire mettre”. Ni par devant, ni par derrière.

Si nous eussions cru qu’un jour nous en serions arrivés à féliciter Bart de Vlaming et à nous réjouir que la Belgique, pays du compromis (nous restons polis), dise non à la folie consistant à utiliser les actifs souverains de la Banque nationale de la Fédération de Russie pour aller encore irriguer l’Ukraine, nous aurions acheté vingt-cinq ans de production de sirop de Liège sans sourciller - et pas en stoemelings, mon ket!

L’UE, monstre bureaucratique qui ne sait que menacer, vient chercher des poux dans la tête de la Belgique au motif que - accrochez-vous - Euroclear étant une société commerciale de droit belge soumise à l’impôt sur les sociétés, elle tirerait des recettes fiscales pour avoir mis en œuvre les sanctions imposées par l’Union européenne. La rumeur selon laquelle la Belgique encaisserait 25% d’impôts sur l’ensemble des intérêts est fausse: Euroclear n’est pas propriétaire des titres qu’elle détient au nom de ses clients, des institutions et opérateurs financiers. Les plus-values et intérêts qu’ils dégagent sont intégrés dans leurs comptes et soumis à l’IS dans le pays de la société qui les détient. Pas en Belgique. Règles sur les transferts internes obligent.

Une semaine auparavant, Benjamin Haddad, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, tenait ce discours.

Le principe qui vaut en droit international est que les actifs d’un Etat souverain sont inaliénables. On ne peut les saisir ni les gager. Les Américains, dont les sanctions ne concernent que des entreprises (publiques comme privées) ou des personnes physiques liées à un Etat, se gardent bien de sanctionner l’Etat lui-même comme personne morale publique.

La finance, c’est comme les chasseurs. Il y a la bonne finance. Et il y a la mauvaise finance. Les chambres de compensation - ou pour être exact les Central Security Depositories, dépôts centralisés de titres - c’est la bonne finance. Une infrastructure neutre et transparente.

Les actifs de l’Etat russe gelés - illégalement - dans l’UE ne sont pas détenus par les banques ni même les banques centrales, BCE incluse. Les actifs russes gelés en Europe sont détenus au nom de l’Etat russe par des chambres de compensation, principalement Euroclear.

Lire l’interview de Valérie Urbain, la patronne d’Euroclear, réalisée par Le Monde, dans laquelle elle explique avec une clarté limpide les conséquences désastreuses, financières et systémiques, qu’aura immanquablement la décision de gager sur les marchés obligataires des actifs souverains dont nous ne sommes pas propriétaires.

Contrairement à ce qu’avance Le Monde, Euroclear ne “gère” pas les actifs russes. Le Monde se garde bien d’expliquer, soit par ignorance soit par calcul, ce qu’est une chambre de compensation, qui n’est pas un gestionnaire d’actifs, comme par exemple BlackRock. La différence est de taille, vous comprendrez pourquoi en lisant l’intégralité de cet article.

Avant les chambres de compensation modernes, les règlements d’opérations de marché se faisaient par des transferts physiques d’argent liquide et de titres - obligations et actions. Des palettes de billets, de certificats papier d’obligations et d’actions prenaient littéralement l’avion, le bateau, le train ou le fourgon blindé.

C’est la raison pour laquelle les banques possédaient d’énormes chambres fortes où étaient stockés tout cela - des infrastructures.

Maintenant imaginez que des institutions financières, lassées de devoir opérer la lourde, risquée et coûteuse logistique des transferts de fonds et de titres entre elles, décident de créer une entreprise commune dont le rôle sera de construire une gigantesque chambre forte centralisant leurs titres, dans laquelle chaque institution financière disposera d’un coffre fort pour les stocker. Mais n’en dispose pas de la clé, qui elle est détenue par la société commune chargée de transférer d’un coffre à l’autre, fonds et titres selon les ordres de règlements découlant des opérations de marché.

Pour illustrer, si la banque Tartempion a acheté 100 000 bons du trésor de l’Estonistan pour 100 000 euros à la banque Bidule, la société commune gérant l’immense chambre forte ira, une fois l’ordre de règlement reçu, sortir 100 000 bons du trésor de l’Estonistan du coffre de la banque Bidule pour les transférer au coffre de la banque Tartempion et prélèvera 100 000 euros du coffre de la banque Tartempion pour les transférer à celui de la banque Bidule.

Un autre avantage fondamental de la société commune gérant la chambre forte est que tous les titres des institutions financières participantes étant centralisés au même endroit, et parce que les institutions financières échangent entre elles de multiples titres, il suffit de comptabiliser le solde des achats et des ventes au niveau de chaque coffre fort - chaque compte - pour optimiser les transferts des titres. C’est là le mécanisme de la compensation: on ne fournit ou on ne reçoit que le solde de l’ensemble de ses opérations, la chambre de compensation compensant, c’est à dire ventilant les soldes entre les coffres tout en tenant les comptes de chaque coffre.

Bien évidemment, quiconque laisse la clé de son coffre à une tierce partie lui fait confiance et dispose à chaque instant de la possibilité de vérifier que la tierce partie agit en conformité aux ordres de règlements. En d’autres termes, les agissements de la société commune gérant la chambre forte sont parfaitement transparents à tout instant pour tous les acteurs y disposant d’un coffre.

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Les progrès des technologies de l’information et des télécommunication vers la fin des années 1960 ont permis de mettre progressivement un terme aux mouvements physiques des titres grâce aux chambres de compensation, des infrastructures pivots de la finance internationale, qui à leur tour ont permis la mondialisation des marchés financiers.

A moins que ce ne fut l’inverse: la centralisation des titres fut le prérequis du développement de marchés d’abord à l’échelle d’un continent, l’Europe de l’Ouest, puis de la planète. Euroclear a été créée en 1967 par ce qui est aujourd’hui la banque américaine JP Morgan Chase afin de répondre aux besoins du marché obligataire européen (bons du trésor inclus), à l’époque émergent. Euroclear n’a plus rien d’américain. Voir plus bas la liste de ses actionnaires.

Les chambres de compensations sont donc des tiers détenteurs de confiance centraux à l’exécution des opérations de règlement. Elles ont pour principale fonction de détenir au nom d’opérateurs certifiés leurs titres en un seul “endroit” et d’exécuter les transferts des soldes selon les ordres de règlement reçus. Elles recueillent également au nom de leurs mandants les produits de leurs titres - intérêts et dividendes. Les deux principales chambres de compensation dans le monde sont Clearstream et Euroclear. Elles sont européennes.

Il s’agit d’oublier les fantasmes propagés par Denis Robert et son “enquête” sur Clearstream. Les chambres de compensation ne sont pas les boîtes noires de la finance puisque transparentes pour tous les acteurs - banques centrales incluses - et ne sont pas des machines à blanchir de l’argent sale.

Pour blanchir, il suffit de contrôler ou d’avoir accès à une ou des banques permettant le “layering” - la ventilation - entre de multiples comptes sans être soumis à la transparence des chambres de compensation. Un exemple est la BCCI, un faux de nez la CIA, qui a permis de blanchir dans les années 1980 des masses colossales d’argent sale tout en finançant par le noircissement de fonds légaux des guerres “secrètes”, à commencer par celle menée contre l’URSS après son invasion de l’Afghanistan. Et d’opérer une corruption à très grande échelle.

L’affaire Clearstream fut une opération de manipulation réalisée de main de maître par de très grands professionnels qui ont utilisé un financier escroc amateur - Imad Lahoud - et un amateur d’escroquerie journalistique, une chèvre - Denis Robert.

Que ne comprend pas Benjamin Haddad dans “tiers détenteur de confiance”?

L’Union européenne, en expulsant les banques russes de Swift, la messagerie bancaire¹ européenne qui avant 2023 était la plus utilisée au monde, a provoqué la montée des messageries alternatives, principalement la chinoise. Qui serait assez fou pour faire confiance à un seul système qui a été littéralement militarisé, puisqu’il s’est agi de faire s’effondrer l’économie russe en s’attaquant directement aux banques russes - avec le succès qu’on connait puisque les Russes ont développé leur propre messagerie et système de cartes de paiement - MIR - et le reste du monde s’est bousculé pour adopter la messagerie chinoise.

Aujourd’hui, des dirigeants comme Merz, Macron et von der Leyen veulent utiliser les actifs de l’Etat russe pour financer l’Ukraine, en pleine déconfiture.

Pour ce faire, ils ambitionnent d’utiliser les fonds russes gelés en Europe pour garantir des emprunts obligataires levés sur les marchés financiers. Ils ambitionnent de créer un produit dérivé de la spoliation… Une sorte d’emprunt russe² 2.0.

Imaginez que nous, à L’Eclaireur, obtenions un prêt bancaire sans votre accord en mettant en hypothèque votre logement, dont vous êtes propriétaire. Si nous ne remboursons pas et si notre escroquerie n’est pas découverte, c’est vous qui serez saisi.

Même chose avec Euroclear, qui détient la majorité des actifs russes gelés en Europe, la bagatelle de 193 milliards d’euros, les deux tiers du budget de l’Etat français. Dans les comptes d’Euroclear sont affectés au passif la somme de 193 milliards d’euros et à l’actif l’ensemble des titres détenus par l’Etat russe et les intérêts dûs à l’Etat russe.

Que se passera-t-il le jour où les sanctions seront levées - ce n’est pas l’Union européenne qui le décidera mais les USA - et que la Russie réclamera le versement de ses 193 milliards d’euros ou le transferts des titres, coupons - intérêts -en sus ?

Si les actifs ont été gagés, ils ne pourront être ni vendus ni transférés à moins que le prêt soit soldé. Euroclear sera dans l’obligation de régler d’une manière ou d’une autre ces 193 milliards d’euros plus les intérêts cumulés. Qui donc va boucher ce trou de 193 milliards ? L’Union européenne, donc nous? En tout état de cause, cela signifiera la fin d’Euroclear.

Pire: qui donc désormais fera confiance à Euroclear ou Clearstream pour détenir ses titres puisqu’au moindre différend avec l’UE ou l’Occident les actifs seront susceptibles d’être gelés voire spoliés au mépris du droit international? Personne.

Penchons-nous sur qui sont les actionnaires d’Euroclear.

Ses deux actionnaires de référence sont français et détiennent 27% du capital d’Euroclear. Arrivent ensuite nos voisins belges avec un peu moins de 20%.

La Sicovam était le détenteur tiers historique français. Il a fusionné avec Euroclear en 2000. Les actionnaires de la Sicovam - qui existe toujours et est la holding détenant cette participation dans Euroclear - sont les grandes banques françaises, la Banque publique d’investissement (BPI) incluse.

A-t-on besoin de vous présenter la Caisse des dépôts et consignation, mastodonte financier cent pour cent public?

La question qui une fois de plus se pose est: cui bono, à qui profite le crime?

Pourquoi cet acharnement à vouloir financer une guerre perdue en torpillant un pivot fondamental de la finance internationale qui est européen et dont la France est le principal actionnaire?

Rappelez-vous du comportement d’Emmanuel Macron dans l’affaire Alstom, qui a organisé à vil prix le transfert aux Américains de technologies critiques aux intérêts fondamentaux de la France afin d’acheter le tout Paris et de faire financer sa campagne de 2017? Pas nous qui le disons mais feu le député Olivier Marleix et l’ancien ministre de l’économie Arnaud Montebourg.

Gardez à l’esprit que Benjamin Haddad est un agent de l’Etat profond américain, ayant fait toute sa carrière, avant d’être élu député, à Washington dans deux think-tanks néoconservateurs et globalistes, le Hudson Institute et l’Atlantic Council.

Pourquoi donc Emmanuel Macron est-il prêt à flinguer la plus grosse chambre de compensation obligataire au monde? Cui bono? BlackRock, société de gestion d’actifs dont les méthodes contestables - elle joue l’indice en influençant la gouvernance des sociétés qui le composent - se verrait-elle bien jouer ce rôle, de manière non transparente, et étendre ses opérations d’extorsion sur les marchés obligataires au motif de détenir de la dette de tous les pays?

Rappelons qu’en 2018, Emmanuel Macron avait privatisé le salon du conseil des ministres à l’Elysée, afin que BlackRock les “auditionne”.

Emmanuel Macron, pour garantir son prochain poste, serait-il prêt, comme il l’a fait avec Alstom, à brader une entreprise, Euroclear, d’une importance telle qu’elle constitue une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, et avec, les intérêts fondamentaux de certains de nos partenaires, voire du continent européen? Serait-il enclins à réduire à les infrastructures financières européennes, les plus robustes au monde, pour offrir ce marché aux gestionnaires d’actifs?

1

Une messagerie bancaire désigne tout service de communication sécurisé proposé par une banque à ses clients pour l’échange d’informations sensibles liées à leurs comptes et à leurs opérations financières.

2

Une série d’emprunts d’État émis par l’Empire russe, principalement entre 1888 et 1914, pour financer son industrialisation, ses infrastructures (chemins de fer) et, plus tard, l’effort militaire.
Ils furent massivement souscrits en Europe occidentale, surtout en France, où plusieurs millions d’épargnants y placèrent leurs économies.
En 1918, l’URSS répudia tous les emprunts tsaristes et leurs souscripteurs perdirent leur investissement.

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Directrice de la publication : Patricia Cerinsek

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