Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | Alors que le sommet américano-chinois de Pékin vient de s’achever, l’image est trompeuse : derrière les sourires, c’est un rapport de force renversé qui se joue entre une Chine sûre d’elle et des États-Unis en plein doute. Trump arrive affaibli, lesté par l’échec de sa guerre commerciale et l’enlisement militaire, là où Pékin déroule un protocole impeccable sans rien céder sur le fond. Comme le résume l’un de nos invités, « Trump est venu en Chine pour demander une sorte d’armistice dans la guerre économique », au moment même où l’industrie chinoise pèse « le double de celle des États-Unis ». Les grands patrons de la tech qui l’accompagnent donnent à la visite des allures de diplomatie-spectacle : « les 200 Boeing, c’est bien, mais l’action de Boeing a chuté le jour même », signe qu’on est plus dans la mise en scène que dans la reconquête. Au cœur des échanges, Xi Jinping convoque le « piège de Thucydide », cette idée qu’une puissance montante et une puissance dominante seraient vouées à la confrontation. En le citant devant Trump, il envoie un signal très clair : la Chine se pose en acteur responsable, soucieux d’éviter l’engrenage, mais parfaitement conscient de sa nouvelle centralité. L’un des invités rappelle que cette doctrine, popularisée aux États-Unis, conclut déjà à la suprématie économique chinoise et à l’absurdité d’une guerre ouverte entre Pékin et Washington. Dans ce cadre, la formule frappe : « la Chine n’a aucunement l’intention de se laisser entraîner dans la folie d’une nouvelle destruction mutuelle », tout en rappelant que l’Occident a, lui, perdu jusqu’au sens élémentaire de la diplomatie, préférant les coups de com’ aux compromis. Ce renversement apparaît avec une netteté particulière sur la question de Taïwan, nerf à vif de la relation entre les deux capitales. Sur Fox News, Trump décrit l’île comme « une petite île » à 95 kilomètres de la Chine, avant de lâcher : « Taïwan ferait très bien de se calmer un petit peu. La Chine aussi devrait se calmer un petit peu. Ils devraient tous se calmer ». Cette phrase, en apparence anodine, acte en creux la limite de l’engagement américain : l’un des intervenants y lit « un message de Trump confirmant publiquement ce qu’il a sans doute dit en privé à Xi Jinping : les États-Unis n’interviendront pas militairement ». En face, Pékin fixe une ligne rouge sans ambiguïté : « l’indépendance de Taïwan et la paix dans le détroit sont incompatibles comme le feu et l’eau », montrant que la Chine se voit désormais en garant de la stabilité, à condition que ses intérêts fondamentaux ne soient plus contestés. La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz donnent enfin la mesure de ce basculement géopolitique. Au moment où Trump s’affiche à Pékin, « trente navires chinois franchissent le détroit d’Ormuz avec la bénédiction de l’Iran », contournant de fait la présence militaire américaine et révélant l’inefficacité des sanctions. Cette séquence accélère une « dédollarisation progressive » d’une partie du commerce mondial, avec des contrats énergétiques de plus en plus libellés en yuan, tandis que Pékin, qui a diversifié ses sources et dispose de plusieurs mois de réserves, peut tenir la distance sans céder. Au fond, ce sommet ne raconte pas seulement une rencontre bilatérale : il met en scène un changement d’époque, où la Chine dicte le tempo et où les États-Unis découvrent, parfois brutalement, ce que signifie ne plus être la seule puissance à écrire les règles du jeu. |
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