Mon cerveau adore donner du sens à des signes qui n’en ont peut-être aucun. On appelle ça l’effet barnum : vous reconnaître dans des définitions vagues, des symptômes que l’on peut tous avoir. C’est ainsi que vous trouvez que votre horoscope colle à vos préoccupations du moment. Voyez la nouvelle « épidémie » de « neuroatypies » : de nombreuses personnes sont, sans le savoir, atteintes du trouble du spectre de l’autisme ou encore du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), et l’apprennent sur le tard. A 58 ans, l’animatrice Maïtena Biraben vient de se découvrir autiste, TDAH et HPI (haut potentiel intellectuel) - un tsunami selon elle. En gros, les cerveaux humains peuvent avoir des fonctionnements différents les uns des autres, vécus comme un handicap, ou pas, selon la sévérité du trouble. 5 % des enfants sont concernés, 3 % des adultes.
Les filles sont sous-diagnostiquées. Et me voici plongée dans un abîme de perplexité. Et si moi aussi j’étais TDAH ? Bon sang mais c’est bien sûr ! Quelques-unes des questions posées par une amie pédiatre, en guise de préquestionnaire : chipotais-tu à table ? TDAH. Avais-tu des tics ? TDAH (sachant que 10 % des 7-10 en ont). Je repense à la petite blonde que j’étais, triant les aliments, me nourrissant du grand air, reniflant sans cesse… Elle est anxieuse ? (Compenser les effets du TDAH rend anxieux.) « Donnez-lui du magnésium », entendait ma mère. Et je me souviens de ces ampoules goût orange à avaler tous les matins… J’ai mené ma scolarité en me baladant pour apprendre. Toujours en mouvement.
Suis-je TDAH ou pas ? Je regarde d’un œil circonspect les « autodiags » qui fleurissent en ligne, prise de l’envie d’essayer (ça doit être l’impulsivité). Je les ignore encore. Mais maintenant, je vois le TDAH dans tous mes comportements : dans ce téléphone que je cherche trente fois par jour dans mes 60 m² (mon fixe me sert essentiellement à retrouver mon portable), ce pied que je bouge sans arrêt pour rester concentrée en réunion, cette fichue manie de finir les phrases de mes interlocuteurs… C’est forcément ça. Je le vois aussi chez les autres : une amie qui ne sait jamais où elle a mis les choses, l’enfant d’une collègue qui n’arrive pas à se mettre à ses devoirs… Je lis tout ce que je trouve sur le TDAH et je me reconnais. TDAH peut-être ; effet barnum de toute évidence.
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