| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction Villepin, à moitié gaulliste, 100 % chiraquien
Le discours de Dominique de Villepin sur « le moment français », le 27 mars à la Sorbonne, a donné la mesure de ce qu'il y a de plus respectable et de plus crispant chez l'ancien Premier ministre, candidat putatif à la prochaine élection présidentielle. Le meilleur, d'abord : une incontestable hauteur de vue, une culture foisonnante (combien de responsables politiques actuels peuvent citer dans un même discours Antoine de Saint-Exupéry, Blaise Cendrars, Immanuel Kant et Vassili Grossman sans paraître réciter une fiche préparée par leur directeur de cabinet ?), une stature d'homme d'État qui exhale un réconfortant parfum de France d'avant, à l'époque où la Ve République n'était pas encore dirigée par de ternes comptables et des pantins impuissants.
Cette médaille a son revers : fidèle au personnage du ministre des Affaires étrangères qu'il a inspiré dans la formidable bande dessinée Quai d'Orsay, Villepin parle, parle, parle… mais on peine à savoir ce qu'il pense, ce qu'il souhaite, ce qu'il préconise. Cet homme est capable de disserter une demi-heure sur un sujet sans que l'on sache, à la fin, quelle est sa position. De la capacité de synthèse au don pour l'enfumage, il n'y a qu'un pas.
Le fondateur de la « France humaniste » a toutefois précisé son positionnement politique en donnant un nom au « redressement républicain » qu'il appelle de ses vœux : « le gaullisme ». « Ni idéologie, ni nostalgie », nous dit Villepin, mais une « fidélité à des principes », une « fidélité à la République », « l'autorité de l'État », le « rassemblement de la Nation ». En somme, « un souffle. Une certaine idée de la France, de l'homme, de la République ». Mi-mars, Libération notait déjà que le « pari du gaullisme de gauche » effectué par Dominique de Villepin le plaçait sur « un créneau singulier, mais historiquement significatif dans notre pays ».
Le hic ? À y regarder de plus près, l'ancien du RPR et de l'UMP se situe en décalage avec certains fondamentaux du gaullisme. Son ode sans nuances à « l'État de droit », ses vitupérations contre les « tentations populistes », ses curieuses théories sur la « multitude de souverainetés enchevêtrées — planétaire, européenne, nationale, personnelle et même intérieure — » tranchent avec la vision de Charles de Gaulle. Tout comme ses propositions, qui consistent pour l'instant en la création d'une multitude de « fonds », « conseils » et autres comités Théodule, loin du volontarisme du fondateur de la Ve.
Gaulliste incomplet, Dominique de Villepin est en réalité un authentique chiraquien : ce fut tout le talent de Jacques Chirac d'éloigner progressivement le RPR des piliers idéologiques gaullistes pour le rapprocher du libéralisme de la droite européenne, tout en conservant la faconde du général. Forme gaullienne, fond centriste : voilà l'essence du chiraquisme, dans lequel Dominique de Villepin semble vouloir s'inscrire. Twitter @hadrienmathoux
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