Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | Encore une fois, Donald Trump s’est fendu d’un discours difficilement compréhensible dans la nuit de mercredi à jeudi. Ce qu’en perçoivent les Iraniens, c’est un mélange de désengagement américain et de menace ouvertement génocidaire. Siavosh Ghazi résume ainsi le fond du message : « il y a un désengagement progressif des États Unis dans ce conflit », Trump expliquant qu’il n’est plus question d’envoyer des troupes au sol pour détruire l’uranium enrichi, tandis que les munitions américaines s’épuisent. Mais ce retrait apparent se double d’une violence de langage rarement assumée publiquement par un chef d’État occidental : « Nous allons les frapper extrêmement fort dans les deux ou trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l’âge de pierre qui est leur place ». Régis de Castelnau y voit bien plus qu’une menace d’ordre militaire : « Je suis désolé, c’est une affirmation génocidaire ». Siavosh Ghazi souligne par ailleurs une crainte persistante au sein du régime des mollahs : celle de voir les États Unis utiliser une bombe nucléaire tactique de faible puissance sur une installation isolée, comme ultime moyen de pression pour « faire arrêter la guerre ». Au milieu de ce bras de fer, un autre basculement passe presque sous les radars : le nouveau guide suprême iranien refuse de reconduire la fatwa interdisant l’arme atomique, ce qui « veut dire que maintenant l’Iran a les mains libres » et prépare une loi pour sortir du traité de non prolifération et cesser toute coopération avec l’AIEA. Autrement dit, pendant que Trump menace de « ramener à l’âge de pierre » le régime perse, Téhéran glisse vers une doctrine nucléaire beaucoup plus dure, dans un silence quasi total des grands médias. Cette stratégie s’explique aussi par la pression croissante que fait peser Israël sur Téhéran. L’Iran vit une guerre à la fois externe et interne, où l’assassinat ciblé des dirigeants et les réseaux de collaboration nourrissent un climat de martyre et de division. M. Ghazi va jusqu’à estimer qu’Israël assassine des dirigeants pour saboter les tentatives de paix : « Je pense qu’il y a une volonté d’éliminer les personnalités modérées qui pourraient jouer les intermédiaires ou mener des négociations avec les Américains », dit il, en citant des figures comme Ali Larijani ou Kamal Kharazi, visés à plusieurs reprises. Le tout dans un contexte où les services de renseignement israéliens disposent d’une capacité redoutable à collecter les informations sensibles. Siavosh Ghazi évoque à la fois la surveillance électronique et le rôle d’espions ou de simples citoyens, dans un pays où « la vie est difficile » et où 10 000 ou 50 000 euros en cryptomonnaie suffisent à acheter des informations. Il évoque aussi les oppositions organisées : le fils de l’ancien shah revendiquant l’existence de « cellules dormantes de la garde impériale » prêtes à affronter les Gardiens de la révolution, et « plusieurs milliers de personnes » ayant été arrêtées récemment pour avoir fourni des renseignements via les comptes de l’armée israélienne. Pourtant, sur le terrain, le correspondant décrit une population qui, loin d’être écrasée, se vit déjà comme victorieuse : dernièrement, une femme non voilée venue de Karaj lui a déclaré lors d’une cérémonie pour un amiral des Gardiens : « Nous, on a déjà gagné la guerre (…) imaginez que même les citoyens Américains nous soutiennent. Quelle victoire plus importante que cela ». Ces cris de victoire ne font pas oublier à quel point la population civile iranienne est durement touchée. Siavosh Ghazi explique que les frappes actuelles visent méthodiquement le tissu civil iranien, ce que nos plateaux mainstream oublient souvent de préciser. Parmi les installations régulièrement ciblées : sidérurgies stratégiques, centre d’analyse de données satellitaires, installations météorologiques, et surtout des usines pharmaceutiques, dont « une usine de fabrication de médicaments pour les malades du cancer détruite ». Pour lui, « de plus en plus, les Israéliens touchent toutes les installations civiles pour désorganiser la vie et l’État iranien ». Il raconte également s’être rendu lui même devant l’ancienne ambassade américaine à Téhéran, transformée en musée, frappée par deux missiles à 5 h 30 du matin. Qu’il s’agisse des frappes militaires ou des déclarations officielles, on voit bien que cette guerre n’échappe pas à son lot de propagande des deux camps et qu’il est ô combien précieux de s’informer auprès d’un reporter sur place. |
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