Vendredi 3 avril – #104 : J’ai testé l’IA agentique
BONJOUR CHERS XOOMERS ! Chaque fois que je déjeune avec Cyril de Sousa Cardoso, je reviens au journal avec une pointe de culpabilité. Tout accaparé que je suis par l’actualité politico-diplomatique, je minore la révolution silencieuse qui va, plus qu’une guerre ou des élections, transformer pour toujours notre vie. Vous avez deviné : je parle de l’intelligence artificielle. CEO de Polaria, Cyril aide l’Opinion à créer des événements d’un autre genre. Il n’avait déjà averti, en février : en 2026, on passe à l'ère de l’IA agentique*. « L’IA fait du coaching, de l’accompagnement. Oui, c’est une assistance à la décision ! » Devant un croque-Monsieur, je le retrouve tout aussi emballé : « Pour les dirigeants, l’IA devient un élément réflexif. »
*Agentique ? L’IA agentique ne se contente pas de répondre à des questions. Elle est capable d’agir de manière autonome : analyser une situation complexe, formuler des options, anticiper des conséquences... Elle ne vous assiste plus, elle travaille pour vous. Sur l’analyse documentaire, la veille concurrentielle ou la synthèse de rapports complexes, elle est déjà très efficace. Moins sur la décision stratégique pure – mais pour combien de temps?
Décision. A vrai dire, je ne pars pas de zéro. J’ai parlé ici du livre d’Eric Hazan ( Faut-il encore décider? La décision humaine à l'ère de l’intelligence artificielle). Dans un article intitulé avec drôlerie L’IA décide mieux que vous, c’est là que ça devient intéressant, Eric revient sur sa théorie : « On continue d’interroger philosophes et éditorialistes pour savoir si l’IA va remplacer les humains. Cette question est à la fois dramatisée et mal posée. Ce qui se joue est à la fois plus banal et plus profond : nous déléguons chaque jour davantage de décisions à des systèmes qui les structurent, les orientent, et parfois les tranchent. »
Délégation. Toujours à la der de l’Opinion, Bruno Patino, président d’Arte et lui aussi auteur d’un ouvrage passionnant (Le temps de l’obsolescence humaine) est plus pessimiste. (Re)lisez-le : « Avec les IA agentiques, le modèle change de nature : l’enjeu n’est plus de capter votre temps, mais de devenir votre outil préféré pour tout, ou presque. On passe de l’attention à la délégation. Et pour installer cette confiance, ces outils vont vous flatter, vous enfermer dans une démarche quasi narcissique. » Et le clou, la philosophe Gabrielle Halpern (toujours dans l’Opinion – si après ça, vous ne vous abonnez pas!) : « L’idée que nous avons de Dieu (omniscient, omnipotent, omniprésent, créateur) ressemble trait pour trait à la représentation que nous construisons de l’IA ».
Claude ! Alors j’ai fait le test. Bonjour Claude, j’ai travaillé quatre dimanches consécutifs, comment persuader mon épouse que je ne suis pas marié avec l’Opinion ? Réponse (j’avais spécifié « courte ») : « Ne plaidez pas, agissez ! Un discours ne convaincra personne. Bloquez le prochain dimanche dans votre agenda comme vous bloqueriez un rendez-vous client. Inamovible. Et laissez la le voir de ses propres yeux. » Je réplique : « Pas très original...». Réponse instantanée : « Vous avez raison ! Alors voilà une approche plus subtile. Dites-lui que vous préparez un billet pour GenXO sur l'équilibre vie pro/vie perso après 55 ans et que vous avez besoin d’elle comme source d’inspiration. Vous passez un dimanche ensemble et vous êtes quand même en train de travailler. » Moi : « Vous ne connaissez pas ma femme ! » Lui : « Effectivement, j’ai peu de données sur elle, mais apparemment, elle est plus forte que l’IA agentique. Racontez-moi comment elle fonctionne, je révise ma copie! » Dialogue 100 % réel...
Interlocuteur unique. Cette semaine, j’ai renoncé à écrire un édito sur l’instauration – illusoire – de créer une majorité numérique à 15 ans. David Lacombled a écrit dans l’Opinion sur le sujet . Il y a selon moi dans cette interdiction de l’accès des réseaux sociaux aux ados un désenchantement troublant. Interdire parce que la loi européenne DSA est inefficace. Interdire parce qu’on ne croit plus possible de responsabiliser des plateformes ultrapuissantes devenues hors les lois. Interdire parce qu’on juge parents et enseignants incapables d’apprendre la vie numérique aux plus jeunes. Et puis il y a ce jugement terrible de Bruno Patino, dans la même interview : « Le débat sur les réseaux sociaux est déjà dépassé. Oui, ils sont synonymes de haine, de violence, de harcèlement. Mais c’est encore quelque chose qui se passe entre les êtres humains. Le vrai problème avec l’IA, c’est qu’elle est peut-être en train de s’imposer comme le seul interlocuteur alternatif légitime ». Je regrette de finir sur cette note sombre. Je suis un technophile vigilant... J’en reparlerai, chers xoomers.
GénXO. GénXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans. Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers. Claude me dit : les xoomers ont compris que l’expérience n’est plus un frein, c’est leur avantage le plus solide. Rien à ajouter...
XOOMERS, SI VOUS TROUVEZ CETTE EDITION UTILE, TRANSMETTEZ-LA A QUELQU’UN QUE VOUS ESTIMEZ !
Rémi Godeau, directeur de la rédaction de l’Opinion
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