| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction Dissuasion nucléaire : le patriotisme tardif
d'Emmanuel Macron
Dans la troisième saison de la série télé politique Baron noir, Amélie Dorendeu, présidente de la République fortement inspirée par Emmanuel Macron, crée un énorme scandale lorsqu'est révélé son accord secret avec le chancelier allemand concernant le partage du siège de la France au Conseil de sécurité de l'ONU. Le chef d'État de la vie réelle s'est bien gardé de telles audaces sur un autre sujet sensible engageant la souveraineté nationale, à savoir l'arme nucléaire.
Au contraire, avant, pendant et après son grand discours de ce lundi 2 mars sur la doctrine de dissuasion française, Emmanuel Macron et ses équipes n'ont cessé de déminer le terrain, balayant les alarmes déclenchées par les oppositions. Tout « partage de la définition des intérêts vitaux de la France » a été écarté, et l'on martèle que la décision d'appuyer sur le bouton déclenchant le feu nucléaire reviendra toujours « au seul président de la République ». Ni les exercices en coopération avec d'autres pays européens, ni le déploiement de chasseurs français chez nos alliés, ni le renforcement de la contribution nationale à la défense de l'Europe ne remettent en cause les fondamentaux de la doctrine française.
Qu'ils semblent loin, les accents lyriques du discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017, où Emmanuel Macron ne jurait que par son concept de « souveraineté européenne », et déployait des projets fédéralistes tous azimuts, qu'il s'agisse du budget, des frontières ou de la défense. À l'époque, le président se positionnait clairement dans une optique post-nationale, ne cessant de décrire la France comme une puissance rabougrie, n'ayant pour seul avenir que la dissolution dans « une souveraineté plus grande que la nôtre » pour exister dans le monde contemporain.
C'est dire si le contraste est saisissant avec l'esthétique ouvertement « patriote » développée par le chef de l'Etat autour de son discours de l'Île Longue : discours prononcé devant un sous-marin nucléaire lanceur d'engins, Marseillaise martiale entonnée à pleins poumons, escorte du Falcon présidentiel par quatre Rafale volant en surplomb du mont Saint-Michel. Cet « esprit français » sur lequel glose aujourd'hui l'Elysée aurait pu être taxé de « nationalisme » étriqué par les fidèles du macronisme il y a quelques années…
Entretemps, c'est moins la rhétorique d'Emmanuel Macron que l'environnement qui l'entoure qui a changé. Le président ne peut que constater que depuis dix ans, le monde enchanté du macronisme est mort trois fois. Une première fois avant même l'élection du président, lorsque le Brexit et la première victoire de Trump annoncèrent le reflux de la mondialisation néolibérale à l'endroit même — l'espace anglo-saxon — où elle était née dans les années 1980. Une deuxième fois en 2020 avec le Covid, qui a montré à quel point déléguer notre production industrielle à d'autres pays était une folie ; une troisième fois avec la renaissance d'empires belliqueux (Russie, Chine, États-Unis), n'ayant que faire du droit international et asseyant leur soif d'expansion sur la force. Nous entrons dans une nouvelle ère, celle du retour des nations, où la puissance est la condition de la souveraineté. Dans ce cadre, ce sont bien les fondamentaux posés par le général de Gaulle — indépendance nationale, dissuasion nucléaire autonome, État fort —, et non les billevesées fédéralistes, qui doivent servir de boussole à la France. Twitter @hadrienmathoux
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