Vendredi 6 mars – #100 : Décision artificielle
BONJOUR CHERS XOOMERS. DEJA 100 BILLETS ! ON CONTINUE ENSEMBLE ? Qu’est-ce que décider ? J’avoue, à froid, la question à de quoi déstabiliser... D’autant que vous êtes, amis xoomers, des Monsieur Jourdain, des décideurs qui décident sans le savoir. Il n’empêche. Lisiez sans plus attendre Faut-il encore décider ? (Flammarion, 235 pages, 15 euros). Dans cet ouvrage érudit, Eric Hazan et Olivier Sibony décryptent la décision humaine à l'ère de l’intelligence artificielle. Passionnant et instructif.
Radical. Attention, ce n’est pas un énième livre consacré à l’IA. Le point de départ des auteurs est radical : « Nous sommes entrés dans un monde où la machine peut prendre de meilleures décisions que nous ». La « décision artificielle » nous surclasse déjà pour lire des radios, anticiper les fraudes, prévoir les retards de transports ou les défauts de paiement. « Pas parce qu’elle est “plus intelligente” au sens anthropologique du terme. Mais parce qu’elle dispose de plus de données, de plus de mémoire, de plus de constance ».
Ersatz. Donc, avec l’IA, nous avons moins d’erreurs médicales, moins de gaspillage énergétique, des transports plus fluides, des budgets publics plus justes... Pire, en matière de décision, « l'équipe humain-machine fait souvent moins bien que la machine seule ». Preuve qu’il est vain de se rassurer avec des principes du genre « l’humain doit garder le contrôle », comme si la décision artificielle ne serait jamais « qu’un ersatz, qu’une approximation de la décision “naturelle”, la vraie, la nôtre, l’humaine. »
Abîme. Ces constats débouchent sur des interrogations abyssales. Et d’abord celle-ci : si l’IA peut vraiment décider mieux que moi, faut-il encore décider ? Je vous laisse relire cette phrase. Mettre nos décisions entre les mains de l’IA ouvre d’autres questions aussi redoutables, notent les deux experts : « Qui en assume alors la responsabilité, devant ses pairs ou devant les juges ? [...] Comment faire confiance à des machines qui sont dépourvues de conscience, incapables d’empathie ou de tout sentiment humain ? »
Optimisation. Je connais Eric Hazan. Il n’est pas technophobe. Il reconnaît d’ailleurs, c’est tout l’intérêt de l’ouvrage, que « la plupart des questions que pose l’IA aux décideurs se posaient déjà quand l’IA n’existait pas » : « Les révolutions philosophiques et scientifiques qui ont permis de considérer la décision comme un exercice d’optimisation dans un espace d’incertitudes quantifiables sont les mêmes qui ont permis d’imaginer, puis de réaliser, des machines pensantes ».
Inspirations. Alan Turing s’interrogeait déjà : « I propose to consider the question: can machine think? » C'était en 1950. Plus tôt encore, en 1859, John Stuart Mill : « Celui qui laisse le monde ou une partie de celui-ci choisir le cours et le sens de sa vie à sa place n’a pas besoin d’autre faculté que celle, simiesque, de l’imitation. » Montaigne, en 1595 : « Puisque je ne suis pas capable de choisir, je prends le choix d’autrui. » Et Isaac Asimov (1978): « Nous arrivons à un stade où les problèmes que nous devons résoudre deviendront insolubles sans ordinateurs. Je ne crains pas les ordinateurs. Je crains leur absence. » Maintenant, à vous de décider...
GénXO. GénXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans qui savent décider (avec et/ou sans IA). Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers. Partagez X’O, suivez-nous sur LinkedIn !
Rémi Godeau, rédacteur en chef de l’Opinion
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