L’histoire du monde depuis 500 ans est celle de l’irruption de l’Europe dont les explorateurs déclenchent la troisième mondialisation. Dans laquelle ce qu’on appelle aujourd’hui l’Occident inscrira la « révolution industrielle » dont le levier sera le mode de production capitaliste, et qui va lui permettre d’asseoir, avec une brutalité sans nom sa domination du monde. D’abord en infligeant cette violence à ses propres populations, puis en se livrant à un pillage du monde à base d’extorsion de richesses, de massacres et de génocides. Et il ne faut pas l’oublier, en réglant ses contradictions internes par deux guerres mondiales de masse absolument monstrueuses. Pour finir par imposer à la planète une globalisation capitaliste néolibérale qui est la forme moderne de sa domination. Ce processus contradictoire a marié des progrès matériels stupéfiants accompagnés toujours d’une violence sans limite. Pour ne prendre qu’un exemple, celui de l’étude récente du Lancet première revue médicale du monde, il fait apparaître que les politiques de l’Occident, qu’elles soient directement militaires ou économiques ont provoqué la mort de 32 millions de personnes depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il serait ridicule de ne ramener la civilisation occidentale qu’à ce bilan meurtrier, mais il est tout aussi ridicule de le nier. Et de n’en pas mesurer le caractère constitutif. Dont nous voyons à l’œuvre les conséquences dans la crise mondiale à laquelle nous somment confrontés en ce début de XXIe siècle. Hegel et Marx à sa suite, nous ont appris la lecture dialectique de l’Histoire. Il faut l’utiliser pour comprendre la crise présente. En commençant par l’identification de ce que Mao Tsé toung appelait la « contradiction principale ». C’est-à-dire, pour être très sommaire, celle qui structure réellement la marche de l’histoire et à laquelle on peut rattacher toutes les autres. Pour l’appliquer à la période qui nous occupe, même si on trouvera des contradictions secondaires importantes qui s’expriment par exemple dans la guerre d’Ukraine, ou dans le conflit du Moyen-Orient, mais force est de constater la puissance de cette contradiction principale. C’est celle définie les autres ou plutôt, l’expression des autres. L’agression criminelle de l’alliance americano-israélienne contre l’Iran ne se comprend véritablement que lorsqu’on la rattache à cette contradiction principale. Petite incise concernant son caractère criminel, c’est simplement une analyse du droit international issu de la deuxième guerre mondiale et notamment des statuts du tribunal de Nuremberg. Le déclenchement de ces bombardements avec l’assassinat des dirigeants iraniens au moment même où se déroulaient des négociations sur le point d’aboutir entre les États-Unis et l’Iran, constitue bien un « crime contre la paix ». Et l’application de la jurisprudence de Nuremberg impliquerait que les auteurs de ce crime finissent au bout d’une corde comme leurs prédécesseurs nazis. La duplicité américaine est particulièrement immonde, mais ce n’est pas elle qui détermine la qualification juridique, c’est bien le déclenchement de la guerre lui-même qui le permet. Les grotesques baffouillis du profondément méprisable Thierry Breton interpellé par Rochebin sur le crime précédent de l’agression de l’Irak en 2003, n’y change rien, «dura lex, sed lex ». Revenons à cette fameuse « contradiction principale ». On entend fleurir dans le débat un florilège d’analyses sur les raisons de cet événement et sur l’incroyable et stupide décision de Donald Trump de reprendre à son compte le crime israélien. Pour se lancer dans une aventure que toutes les chances de se terminer pour lui par une catastrophe personnelle. On y trouve un éventail d’hypothèses particulièrement fournies, jusqu’à la volonté messianique d’aboutir à l’Armageddon, pour permettre la Parousie et la fin des temps avec le retour du Christ. Ça c’est pour les chrétiens. Pour les sionistes fous, il s’agit d’aboutir à la reconstruction du troisième temple et activer l’arrivée du Messie juif. Il ne faut pas se tromper, il existe suffisamment de cinglés de part et d’autre pour en rêver. Mais ce n’est pas le véritable problème. Ce sont des conséquences de l’affrontement fondamental que nous connaissons. Celui qui oppose un Occident finissant, et le reste du monde, tout simplement. Et tous les événements qui se déroulent depuis le 24 février 2022 avec l’intervention russe en Ukraine en forme d’étincelle qui a mis le feu à la plaine, se rattachent à cette contradiction principale. L’intervention russe elle-même, le 7 octobre, la dynamique dans l’émergence des Brics, le génocide de Gaza, les agressions israéliennes contre le Liban, les révolutions de couleur en Géorgie (échec), en Roumanie (succès), des dérives fascisantes de l’union européenne, la guerre des 12 jours contre l’Iran, l’épisode vénézuélien, le Groenland, le blocus de Cuba etc. etc., chacun de ces événements au-delà de ses spécificités, et aussi terrible soient-elles, ne peut se comprendre vraiment qu’en le rattachant à cet affrontement. Alors, qu’est-ce qui est en jeu dans l’agression americano israélienne du 28 février ? Le renversement du « régime des mollahs » qui sont trop méchants ? Pour instaurer en Perse un régime féministe organisant des Gay Pride ? Pour mettre à l’abri l’État théocratique génocidaire d’Israël parce qu’il serait « la seule démocratie du Proche-Orient » et disposerait de « l’armée la plus morale du monde » ? Parce que la mission de l’Occident doté d’une formidable supériorité civilisationnelle et morale serait bien d’imposer ses « valeurs extraordinaires » à des pays pour les mettre sur la voie du progrès ? Grotesques prétextes mis en avant pour masquer, aujourd’hui de façon dérisoire, un objectif très simple. Tout d’abord le contrôle américain sur l’Asie de l’Ouest, espace stratégique où se trouve de considérables ressources énergétiques, qu’il est essentiel de maîtriser. En donnant à Israël, entité purement occidentale et à visée coloniale, le rôle de gendarme direct. Tout en utilisant le prétexte de sa protection pour justifier à la fois la mainmise occidentale sur la zone et les exactions meurtrières qu’implique cette domination. Mais il y a plus, la domination de cette zone devant également servir de tremplin à la poursuite de la guerre menée contre la Russie caverne d’Ali Baba en matière de ressources dont l’Occident rêve depuis longtemps. Depuis 1978, l’Iran constitue un obstacle à la pérennité de cette mainmise. Il faut donc s’en débarrasser. C’est la seule véritable raison, tout le reste du bavardage. Ce qui le démontre encore un peu plus, c’est que les deux pilotes de l’affrontement Occident contre reste du monde, Chine et Russie le savent parfaitement. Et que par conséquent la question iranienne est décisive dans la stratégie qu’ils déploient pour cet affrontement. Bien sûr, qu’ils soutiennent l’Iran, même si c’est discrètement. Et on ne va pas l’affirmer pour se faire plaisir, ou pour se rassurer, mais simplement parce que cette conviction se déduit de cette réalité incontestable de l’affrontement et par conséquent de l’existence de cette « contradiction principale ». Cela ne veut pas dire que ces soutiens seront suffisants pour empêcher les États-Unis d’arriver à leurs fins, ça c’est l’Histoire qui va en décider. Mais on ne peut pas analyser ce qui se passe de façon pertinente sans intégrer ce facteur. Et c’est bien cette réalité qui explique tant des événements que nous assistons. Nous ne reprendrons pas ici les éléments que nous avons examinés depuis le 28 février, notamment sur les blocages intellectuels des élites occidentales qui ne comprennent plus grand-chose à ce qui se passe, qui refoulent tout ce qui est de nature à les gêner et les emmène de plus en plus souvent dans des décisions absurdes. La guerre contre l’Iran déclenché par Nétanyahou et Trump en est une de taille géante. Arrogance, sous-estimation de l’adversaire, absence d’objectifs concrets, absence de stratégie, absence de plan, erreurs tactiques grossières, l’affaire est plus que mal engagée. Le pire étant que tout ceci était parfaitement prévisible et que nombreux ont été ceux qui, en Occident, ont sonné l’alarme : « surtout ne faites pas ça ! » La riposte iranienne préparée et organisée depuis longtemps est redoutable, et l’évidence d’une possible « défaite » occidentale a rapidement sauté aux yeux. Avec ses conséquences en termes de rapports de force, et le risque existentiel qu’elle fait peser sur la pérennité du projet sioniste. Depuis les discours évoluent sans arrêt, les décisions absurdes succèdent aux décisions absurdes, les discours ineptes succèdent aux discours ineptes, jusqu’à basculer dans la dinguerie. Comme vient de le démontrer l’épisode religieux organisé à la Maison-Blanche. Ou les discours hallucinés d’Hegseth, le parfait abruti fanatique qui sert de « secrétaire à la guerre » des USA, parlant quasiment de la destruction de l’Iran par le feu. Le nihilisme et la brutalité américaine se déduisaient du soutien sans faille aux horreurs accomplies par l’État d’Israël. Désormais les États-Unis y participent sans complexe. Accompagnés des folies messianiques qui n’ont pas grand-chose à envier à celles qui animaient les fanatiques musulmans de Daech. L’Occident qui se voyait aux commandes pour 1 000 ans les après la chute de l’URSS, a amorcé son déclin depuis déjà un moment. Il n’a désormais plus les moyens économiques culturels et militaires d’imposer son hégémonie et les choses vont vraiment très vite. Il va devoir historiquement passer la main, à charge pour les pays qui le composent de le comprendre, et de travailler à trouver leur place, dans le Nouveau Monde qui se met en place. Pour ce qui concerne la France, la présence à sa tête d’un narcisse à la fois ridicule et incapable ne constitue pas un atout. Jusqu’à 2022, nous avions affaire à un Occident malade, mais inconscient de son état. À la défaite en Ukraine, va succéder une défaite au Moyen-Orient. Celle-ci risque de montrer au monde à quel point désormais le roi est nu. En mode animal blessé, sur une planète nucléarisée, les soubresauts de la bête seront particulièrement dangereux. Avant de partir, merci de m’offrir un café. 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