Une étrange affaire qui ne fait pas la une des merdias ! ( BV)
Une coach, des barbouzes, des francs-maçons... On vous raconte l'histoire des crimes commandités par la loge Athanor, qui arrive devant la justice le 30 mars
Vingt‑deux personnes vont comparaître à partir de lundi pendant trois mois et demi devant la cour d'assises de Paris.
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Le dossier est tentaculaire. La justice s'apprête à juger vingt‑deux hommes et femmes soupçonnés d'avoir participé, à des niveaux divers, à un vaste réseau criminel commandité par la loge maçonnique Athanor et impliqué dans plusieurs agressions, enlèvements, tentatives d'assassinat et un meurtre. Ce procès-fleuve, qui s'ouvre lundi 30 mars, doit se tenir jusqu'au 17 juillet devant la cour d'assises de Paris.
Au cœur de ce dossier, des francs‑maçons donc, mais aussi des agents du renseignement, un médecin, des chefs d'entreprise à l'origine d'agressions en série, des projets d'assassinat visant une coach ou un syndicaliste et le meurtre d'un pilote de rallye... L'affaire Athanor a tout d'un mauvais polar. "Si on faisait une série avec ce qu'il s'est passé, je pense qu'elle ne serait même pas crédible", confie Marie-Hélène Dini, partie civile, à France Télévisions, à quelques jours de l'audience.
Un contrat à 70 000 euros sur la tête
"Madame, vous avez été victime d'une tentative d'homicide." Marie‑Hélène Dini, figure du coaching en entreprise, se souvient parfaitement de cette phrase prononcée par un policier il y a près de six ans. L'affaire éclate en juillet 2020, à Créteil, dans le Val‑de‑Marne. Un riverain signale une Clio noire immobile à l'angle d'une rue. A l'intérieur, deux individus masqués. L'un porte des gants... en plein été. Lorsque la police intervient, elle découvre une arme chargée et une plaque d'immatriculation falsifiée.
Marie‑Hélène Dini a frôlé la mort. "J'ai appris que ma vie ne valait que 70 000 euros", relate-t‑elle, évoquant le tarif fixé pour son assassinat. Deux jeunes militaires d'une vingtaine d'années, agents dans un camp de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), avaient pour mission de la tuer. Carl Esnault et Pierre Bourdin, ou "Adélard" et "Dagomar" de leurs noms de code, l'attendaient en embuscade devant son domicile avant d'être interpellés. Ils étaient persuadés, à tort, qu'elle travaillait pour le Mossad. Une accusation totalement absurde, insiste la sexagénaire au carré blond ondulé et aux yeux bleus, qui précise n'avoir "jamais mis les pieds en Israël".
Une officine liée aux francs-maçons
Ces interpellations fortuites de Créteil vont permettre aux enquêteurs de démanteler un vaste réseau criminel présumé, selon l'ordonnance de mise en accusation que franceinfo a pu consulter. Celui-ci aurait secrètement pris forme entre différents membres d'une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, baptisée "Athanor", rattachée à la Grande loge de l'alliance maçonnique française (GLAMF). Au sein de la cellule criminelle, gravitent des profils bien insérés dans la société : agents ou ex-agents des renseignements, militaires, spécialistes de la sécurité privée, consultants, chefs d'entreprise...
Au fil de l'enquête, une série de projets plus ou moins violents sont révélés, portés par des commanditaires aux motivations diverses, allant de litiges financiers à des vengeances personnelles, en passant par des rivalités professionnelles ou même politiques. Parmi eux, l'assassinat du pilote de rallye Laurent Pasquali en 2018. Disparu, il a été retrouvé enterré neuf mois plus tard dans un bois de Haute-Loire, à des centaines de kilomètres de son domicile. Un couple, en conflit financier avec lui, est soupçonné d'avoir commandité l'opération.
L'élimination de Hassan T., syndicaliste de la CGT et salarié de l'usine de plastique Apnyl dans l'Ain, aurait aussi été envisagée par la cheffe d'entreprise, qui le considérait comme "gênant". Autre plan macabre : s'en prendre à un maire du Val-de-Marne et maquiller la disparition en accident. Les interpellations de Créteil et l'ouverture de l'enquête ont cependant coupé court aux activités de cette officine du crime. "Dans cette affaire, à chaque fois que l'on contrarie quelqu'un, la réponse est la violence", déplore Marie‑Hélène Dini.
Un coach suspecté d'être le commanditaire
Au total, dix-neuf hommes et trois femmes, nés entre 1952 et 1996, vont comparaître devant les assises. Leurs profils sont très variés : militaires, policiers, chefs d'entreprise, consultant, ingénieure, médecin biologiste, armurier, économiste, agent du BTP, gardien d'immeuble ou coach sportif. Plusieurs appartiennent à la loge maçonnique Athanor et la plupart n'ont pas de casier judiciaire. L'un des enjeux majeurs de ce procès, prévu pour durer trois mois et demi, sera de démêler la chaîne de responsabilités. Pour Joseph Cohen‑Sabban, l'avocat de Marie‑Hélène Dini, interrogé par l'AFP, il s'agit de "l'une des affaires les plus graves de ces dernières décennies", impliquant "des présumés honnêtes gens qui se comportent comme les pires des voyous".
Parmi les suspects figure Jean‑Luc Bagur, patron d'une école de coaching. Inquiet de voir émerger un syndicat pour encadrer les pratiques de la profession mené par sa concurrente et menacer ses intérêts, il est présenté comme le principal commanditaire de la tentative d'assassinat visant Marie‑Hélène Dini. Frédéric Vaglio, ancien journaliste devenu dirigeant d'une société de sécurité privée, est soupçonné, lui, d'être l'une des têtes pensantes de cette officine criminelle et d'avoir supervisé plusieurs missions et organisé la logistique.
Un procès attendu par les victimes
L'accusation vise également Daniel Beaulieu, ex‑agent de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui aurait lui aussi joué un rôle-clé dans le réseau, recruté des exécutants et coordonné les opérations. Sébastien Leroy, agent de protection rapprochée, suspecté d'avoir suivi certaines cibles et effectué des repérages, sera lui aussi à la barre. Celui qui se dit "passionné d'agents secrets", selon son avocat Antoine Ory, contacté par franceinfo, "reconnaît les faits, à la différence d'autres accusés, et va comparaître incarcéré".
Du côté des parties civiles, Marie‑Hélène Dini souffre depuis 2020 de stress post‑traumatique : tachycardie, évanouissements, problèmes de sommeil, agoraphobie... Ces années ont été, selon elle, "un tsunami" : tout s'est effondré très vite et la reconstruction est longue. Elle a vécu plusieurs mois sous la protection d'un garde du corps, a quitté Paris et a dû "retrouver un lieu de vie, un équilibre professionnel, une forme physique", pour rebâtir une vie "qui a volé en éclats". A l'approche du procès, elle oscille entre appréhension et volonté de tourner la page. Elle s'apprête à rencontrer les autres parties civiles et à faire face à l'homme soupçonné d'avoir commandité son assassinat. Elle se dit aujourd'hui "devenue intolérante à toute forme de violence".
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