Des spaghettis enroulés autour d’une fourchette, claquant sur un fond rouge sauce tomate couleur Libé, pimentés de cette question : «Vous reprendrez bien un peu de cadmium ?» Jeudi 26 mars, notre journal consacrait sa une iconique à ce métal toxique qui s’invite dans les pâtes, le pain, le riz, les pommes de terre ou les céréales du matin.
Sitôt cette une partagée sur les réseaux sociaux, certains internautes ont râlé : rien de neuf, ce n’est pas si grave, et si le cadmium peut favoriser certains cancers, c’est surtout parce que les feuilles de tabac ont tendance à l’absorber, ce qui accroît le niveau d’exposition des fumeurs. Pendant ce temps, d’autres lecteurs, effrayés par la lecture de l’article consacré au rapport de l’Anses alertant sur les risques de long terme – atteintes rénales, fragilisation osseuse – se demandaient comment réduire le cadmium dans leur assiette. Comme souvent avec une question complexe, la réponse n’est pas simple. L’Anses recommande de diversifier notre alimentation, avec une plus grande place accordée aux légumineuses.
Mais à lire cette publication et d’autres à travers le monde, une certitude apparaît : si le cadmium n’est pas un «scandale sanitaire», au sens d’un danger découvert du jour au lendemain, il y a bien une urgence politique à agir. La Commission européenne encadre déjà ce contaminant, a fixé des teneurs maximales dans plusieurs denrées et pousse depuis des années à réduire les niveaux de cadmium dans les aliments. En France, l’Anses met, elle aussi, plusieurs pistes sur la table : outre l’évolution de nos menus, la réduction de l’usage ou de l’importation d’engrais phosphatés parmi les plus chargés en cadmium, ainsi qu’un changement de pratiques agricoles. Et l’histoire du plomb nous rappelle qu’une bataille sanitaire peut être gagnée. Une étude scientifique publiée début février aux Etats-Unis a montré, à partir d’échantillons de cheveux, l’effondrement de l’exposition à cet autre métal toxique après les grandes régulations environnementales et la sortie progressive de l’essence plombée. 
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