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dimanche 11 janvier 2026

Rue 89 avec Nouvel OBS -Dois-je vraiment devenir un vieux con ? - Dimanche 11 janvier 2026

 

 
Dimanche 11 janvier 2026
Chaque dimanche, une question existentielle qui nous a traversé l’esprit et une sélection des meilleurs articles, séries, entretiens et témoignages qui explorent nos vies intimes.
Dois-je vraiment devenir un vieux con ?

Par  Gurvan Le Guellec

Etre journaliste éducation est, croyez-moi, un beau métier. Non seulement parce que notre pays compte 68 millions de Jules Ferry toujours prêts à vous challenger. Mais aussi parce qu’à l’approche de mes 50 ans, cela me donne l’occasion de converser régulièrement avec les jeunes générations en appliquant les nobles principes de la profession : écouter, s’efforcer de penser avec mon interlocuteur, voire contre moi-même. Ce que mon autre moi, celui du père de famille, ne ferait peut-être pas aussi naturellement dans sa vie privée.

Cette hygiène intellectuelle, pardon, cette « discipline épistémique », me souffle Perplexity, est d’autant plus salvatrice que la fameuse « Gen Z », ces enfants du millénaire, nés à la fois sous le signe du capitalisme pulsionnel et de l’« anxiété collapsologique », me souffle Le Chat Mistral, souffre d’une image déplorable dans les médias mainstream lus essentiellement par leurs parents. Flemmards, incultes, jamais contents et revenus de tout mais idéologues quand ça les prend… Le dilettantisme révolté qu’on leur prête transformerait en vieux con le plus complaisant des animateurs socioculturels.

En reportage mardi 6 janvier dans une très grande école de commerce, accusée il y a peu dans « le Figaro » d’être « infiltrée par l’écologie radicale » (mais oui, vraiment !), j’ai pu me confronter aux dangereux zadistes adeptes de la taqiya en costard-cravate. Devant leur indolence bonhomme, je me suis projeté, avouons-le, dans le trouble de leurs parents qui auront déboursé 62 000 euros pour les entendre ironiser sur la supposée indigence de leurs études. Devant leur regard interrogatif à l’évocation de notre actionnaire Xavier Niel, j’ai pu mesurer ces lacunes en culture G dont se plaignent régulièrement leurs enseignants.

Devant leur recours décomplexé à l’IA générative, je me suis dit que je devais définitivement m’y mettre. Mais devant leur esprit critique affûté de petits Gaulois réfractaires, absolument pas dupes des immenses contradictions de notre temps, j’ai pensé à ces mots du président de la Société française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent (SFPEADA) Bruno Falissard qui, dans une interview que je publierai bientôt, prend la défense de ces générations, peut-être plus fragiles scolairement que les nôtres, mais qui lui paraissent bien plus intelligentes que nous ne l’étions à leur âge. Plus intelligentes, je ne saurais dire, mais moins déférentes, plus malignes, oui et assurément plus libres. Ceci expliquant peut-être leurs fragilités. Et les passions auxquelles elles savent encore se laisser aller.

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