Voulons-nous vraiment « être vrais » ? C’est ce que je me suis demandé lorsque le téléphone portable d’une amie a sonné en plein dîner pour lui rappeler qu’elle avait deux minutes pour prendre une photo d’elle et de ce qui se trouvait dans son champ de vision. « Tu connais pas BeReal » ? Ben non. Je suis passée à côté de ce concurrent d’Instagram et Tik Tok baptisé « SoyezVrais » et qui a remporté le mois dernier le prix de l’application de l’année d’Apple, pour avoir dépassé la barre des 50 millions de téléchargements. « Ce sont des photos de toi mais en vrai : en tant réel, garantie sans triche, ni filtre, ni mise en scène », m’explique-t-on. Il s’agit de poster sur le réseau social, à des moments aléatoires de la journée, une photo prise sur le vif à la fois avec vos caméras avant et arrière. Avons-nous déjà inventé une meilleure analogie de l’angoisse ? D’abord, je n’ai pas l’espace mental (et encore moins de stockage sur mon téléphone portable) pour un énième réseau social. Ensuite, et surtout, je ne suis pas certaine d’adhérer au projet. Oui, c’est irritant de constater que les photos de vacances de votre voisin sont plus réussies que les vôtres alors que vous êtes partis au même endroit. Oui, c’est douloureux de voir des visages et des corps à peine humains auxquels notre inconscient nous contraint à nous comparer. Oui, c’est même mauvais pour la santé mentale de voir l’apparente réussite familiale de ces gens qui s’entendent à merveille avec leurs quinze cousins (je parle bien évidemment des Kardashians, dont il faut en réalité jalouser la famille plus que la fortune). Mais n’est-ce pas pire de s’abreuver de la triste banalité de la vie quotidienne ? Non, je ne trouve pas ça chouette d’apprendre que mon N +1 un brin cerné marche à deux rues de moi à 15h02 le samedi ou que ma nièce a commandé un double expresso saveur orange sanguine au café du coin. Et puis, de quelle vérité parle-t-on ? A priori, pas celle de Descartes. Peut-on être « vrai » quand on s’observe se faire observer ? Pour retrouver espoir en l’humanité, le mieux reste encore de participer à la master class de L’Obs avec Paul B. Preciado, philosophe et écrivain, auteur du magistral « Dysphoria Mundi » ce mercredi 14 décembre. La rencontre sera animée par notre fabuleux journaliste du service Idées : Xavier de La Porte. |
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