J’avais 15 ans quand la canicule de 2003 a frappé la France et tué 15 000 personnes. Etrangement, je ne garde aucun souvenir précis de cet évènement tragique. Ni les fortes températures qui se sont abattues sur le pays, ni la catastrophe sociale qui a suivi n’ont laissé de trace dans mon esprit. A l’époque, à aucun moment non plus je n’ai vu dans cette vague de chaleur une préfiguration du monde de demain, avec ses étés de plus en plus insupportables et meurtriers. Était-ce du déni ? Ou simplement une forme d’insouciance, propre à l’adolescence ? Sans doute un peu des deux. Cet été-là, l’ado que j’étais se passionnait davantage pour la lutte entre Michaël Schumacher, Juan-Pablo Montoya (un pilote colombien dont j’étais un fan absolu) et Kimi Räikkönen pour le titre de champion du monde de F1, plutôt que pour les rapports du Giec ( je me suis rattrapé depuis). Le changement climatique représentait, pour moi comme pour la plupart de mes amis et camarades, une menace encore lointaine et abstraite. Entre nous, nous en parlions peu voire pas du tout, comme si le combat de notre génération n’était pas là. Presque 20 ans ont passé et pour les adolescents d’aujourd’hui cette insouciance doit probablement apparaître, au mieux comme incompréhensible, au pire comme révoltante. Impossible pour un jeune garçon de 15 ans d’ignorer la menace, ou de la sous-estimer, comme je l’ai fait. Les vagues de chaleur frappent désormais la France presque tous les étés. Au point qu’il serait plus juste de parler de « génération canicule » à la place de « génération climat ». Assez logiquement, une partie de ces ados nourrit un sentiment d’éco-anxiété croissant. Et ce mal-être gagne aussi certains enfants. Dans un débat, au Festival international de journalisme à Couthures, j’ai été stupéfait d’entendre le témoignage d’une maman racontant les angoisses écologiques de sa fille. Celle-ci n’a pourtant que 7 ans… C’est à ce genre de témoignages que l’on mesure combien notre monde est en train de basculer – et que je réalise que mon adolescence est définitivement bien loin. Chers lecteurs et lectrices, si vous ou votre enfant souffrez d’écoanxiété, écrivez-nous, vos témoignages nous intéressent (temoignagesrue89@gmail.com). Merci ! |
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