Le problème du monsieur, c’est qu’il a la tête de l’emploi, à savoir qu’il ressemble comme deux gouttes de pétrole à Clint Eastwood. On ne sait pas son nom, on ne connaît pas sa fonction, on ignore son âge ; on croit juste comprendre qu’il est actionnaire de Total et qu’il hurle sur une militante écologiste qui bloque l’assemblée générale du pétrolier parce que 1. C’est une « connasse » (ce qu’il est impossible de vérifier sur les images) 2. Elle contraint sa « liberté » de se déplacer et donc d’assister à l’assemblée générale de l’entreprise susmentionnée.
Cette vidéo
a été tournée par un militant d’Alternatiba, mercredi dernier lors d’un blocage mené par diverses associations engagées pour le climat. Le sosie de Clint Eastwood, pas gêné par la caméra, poursuit son argumentation en expliquant que le réchauffement climatique, eh bien il s’en tamponne globalement le coquillard parce que son fils travaille dans le pétrole, hé connard. Bien sûr, on pourrait rappeler à ce monsieur que 1. Un monde plus chaud de trois ou quatre degrés devrait avoir de (très) légères conséquences sociales 2. Que la responsabilité de pétroliers qui
ont tout fait pour minimiser les dangers de leurs activités et continuent
d’investir dans des pipelines géants va devenir de plus en plus claire pour tout le monde 3. Qu’il découle des points précédents que son fils pourrait très vite rencontrer des problèmes de voisinage.
Mais non, ce dont on voudrait discuter avec le monsieur, c’est du beau terme de « liberté », presque incongru dans cette esclandre verbale. Ces dernières années, de nombreux philosophes ou économistes en sont arrivés à la conclusion que - en plus du taux de rendement attendu du capital - le nœud du problème était là : notre compréhension de ce que veut dire être libre. Comment sommes-nous parvenus à cette conception hors-sol, rapetissée sur la consommation (l’avion, l’iPhone) et l’intérêt financier ? Comment se fait-il que de toute notre tradition intellectuelle, et de ses riches débats sur l’autonomie, nous n’ayons retenu que Guizot (et son « enrichissez-vous ») ? Que la perspective d’une planète devenue invivable ne nous fasse pas haïr le free-rider ? Citons parmi les gens qui cogitent à ces questions (et malgré leurs différences) : Aurélien Berlan, Pierre Charbonnier, Lucas Chancel et quelques vénérables anciens, comme Karl Polanyi ou Cornelius Castoriadis. Si le double de Clint a gagné des sous, il serait merveilleux qu’il les investisse dans ces lectures.
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