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dimanche 1 novembre 2020

Une intervention thérapeutique ciblée et précoce, permettant de prévenir le développement des formes sévères ou critiques de Covid-19, est aujourd’hui possible, affirment, dans une tribune au « Monde », trois médecins et chercheurs hospitaliers. le 1.11.2020

 


Sources : LeMonde.fr 

Une intervention thérapeutique ciblée et précoce, permettant de prévenir le développement des formes sévères ou critiques de Covid-19, est aujourd’hui possible, affirment, dans une tribune au « Monde », trois médecins et chercheurs hospitaliers.

Publié aujourd’hui à 14h54 

Une intervention thérapeutique ciblée et précoce, permettant de prévenir le développement des formes sévères ou critiques de Covid-19, est aujourd’hui possible, affirment, dans une tribune au « Monde », trois médecins et chercheurs hospitaliers.

Publié aujourd’hui à 14h54 

Tribune. En Europe, le nombre des patients hospitalisés avec une Covid-19 ne cesse d’augmenter. Les gouvernements renforcent les « mesures barrières » et appellent à la responsabilité individuelle des citoyens, alors que les confinements et couvre-feux localisés ou nationaux restent toujours une option.

Nous assistons donc, sept mois plus tard, au même phénomène qui a conduit au confinement généralisé dont la population subit le coût social, psychologique et financier. Le système de santé publique saura-t-il faire face à l’afflux des patients ? Sommes-nous contraints aux confinements à répétition ?

Majorité asymptomatique ou non grave

Si la recherche d’un vaccin et d’un traitement antiviral est intense, rien ne dit aujourd’hui qu’il sera efficace et disponible dans un avenir proche. En mars, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie l’infection par le SARS-CoV-2 de « pandémie » et classe la Covid-19 en trois niveaux de gravité : maladie sévère, maladie critique et forme non grave. Qu’en est-il, sept mois plus tard ? En rester à ces catégories serait dédaigner les récentes recherches.

Aujourd’hui, nous savons que la majorité de la population infectée est asymptomatique ou présente la forme non grave de la Covid-19. Environ 15 % des personnes atteintes développent une maladie sévère nécessitant une hospitalisation et 5 % des patients présentent une maladie critique qui nécessite une admission en unité de soins intensifs (USI).

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Nous savons aujourd’hui que l’aggravation de l’état clinique des patients est liée à la réponse inflammatoire exagérée, à l’hypercoagulabilité sanguine et à l’activation des cellules endothéliales (cellules qui tapissent la surface interne de vaisseaux) et nous disposons des médicaments pour inhiber chacune de ces voies.

Une donnée réconfortante à prendre en compte est le taux de mortalité chez les patients atteints d’une Covid-19 critique, supérieur à 50 % au début de la pandémie, il a progressivement diminué pour atteindre environ 35 %, montrant bien une amélioration substantielle des protocoles thérapeutiques.

Profil à risque

Nombreuses sont les études qui ont établi le profil des patients à risque d’une Covid-19 sévère ou critique. Environ 65 % des patients avec une Covid-19 critique, hospitalisés en USI et 40 % des patients atteints de Covid-19 sévère hospitalisés en salle conventionnelle présentent une pathologie cardiovasculaire (maladie coronarienne, artériopathie des membres inférieurs, artériopathie carotidienne, accident ischémique cérébral, etc.).

Les citoyens de plus de 65 ans avec des comorbidités (notamment vasculaires), les personnes atteintes d’une maladie chronique ou fragilisant leur système immunitaire, les femmes enceintes avec des comorbidités sont également à risque élevé d’une Covid-19 sévère. Ces données permettent de cibler les groupes de citoyens les plus vulnérables en cas de contamination par le SARS-CoV-2.

Une relation étroite existe entre les facteurs environnementaux (pollution atmosphérique), sociaux (pauvreté, accessibilité aux services de soins médicaux) et la gravité du Covid-19. Cette corrélation doit aider à identifier les zones qui, sans prise en charge précoce et adéquate des malades de la Covid-19, se retrouveront débordées par l’afflux de patients.

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Est-il possible de diminuer les risques d’aggravation de l’état d’un patient atteint de Covid-19 ? Oui, indiquent les études. Il faut notamment contrôler l’hypertension artérielle et le diabète au niveau de la population. Les patients présentant des pathologies cardiovasculaires doivent respecter strictement leurs traitements avec les agents antithrombotiques, les médicaments antilipidémiques, antihypertensifs, antidiabétiques, sous le contrôle strict et régulier de leur médecin.

« Prévention-Détection-Anticipation »

En outre, de simples tests hématologiques (comme l’hémogramme et les tests de coagulation) et biochimiques (comme la ferritine), associés à certains paramètres cliniques, peuvent fournir d’importantes informations pour anticiper les risques d’aggravation. Une intervention thérapeutique ciblée et précoce, suivant les recommandations des experts, est aujourd’hui à notre portée.

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Face à l’ampleur et la durée de la pandémie, il est urgent d’élaborer des stratégies visant à prévenir le développement d’une Covid-19 sévère ou critique.

Améliorer les conditions sanitaires dans les zones sensibles, détecter les populations à risque d’aggravation et offrir des soins médicaux ciblés le plus rapidement possible sont les solutions à déployer pour anticiper la détérioration. « Prévention-Détection-Anticipation » est la nouvelle stratégie recommandée par la communauté scientifique, complémentaire aux « mesures barrières », qui repose sur le développement d’un plan d’action autour de trois axes :

  • Organisation du réseau Covid-19 au niveau du système de soins de santé primaire [l’OMS définit les soins primaires comme « des soins de santé essentiels universellement accessibles à tous les individus (…) par des moyens qui leur sont acceptables, avec leur pleine participation et à un coût abordable. »] ciblant en priorité les citoyens avec des pathologies ou des facteurs de risque d’aggravation de la maladie. L’amélioration du suivi médical de ces citoyens, et notamment des populations urbaines les plus défavorisées, devient une action clé dans cette nouvelle phase de l’épidémie.

  • Elaboration d’une méthodologie simple et applicable au niveau du système de soins de santé primaire pour une identification précoce de patients à risque élevé d’aggravation de la Covid-19 et priorisation de ces patients aux soins médicaux plus spécifiques et ciblés.

  • Augmentation des effectifs au niveau du système de soins de santé primaire et au niveau hospitalier et formation des médecins généralistes pour une prise en charge précoce et ciblée des patients atteints de Covid-19.

La médecine dispose des outils pour le faire. Encore faut-il que les autorités lui demandent de s’en saisir et que la formation comme l’information sur les dernières recherches circulent au plus vite à tous les niveaux, des généralistes aux spécialistes, pour appliquer cette stratégie au service de la collectivité. C’est ainsi que la médecine pourra éviter de revivre, en automne, ce qu’elle a subi au printemps.

Signataires : Grigoris Gerotziafas, hématologue MCU-PH/HDR, Sorbonne-Université, Inserm UMR_S 938, CRSA, Centre de thrombose, GHU Tenon-Saint-Antoine ; Michèle Sabbah, directrice de recherches, Sorbonne-Université, Inserm UMR_S 938, CNRS, CRSA ; Patrick Van Dreden, hématologue, directeur manager département de recherche clinique, Stago, chercheur associé, Inserm, UMRS 938, CRSA.

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