Euro numérique, Agorá, Pontes, Appia, tokenisation, identité numérique. Pris séparément, ces projets ressemblent à des modernisations techniques. Mais mis bout à bout, ils dessinent une finance mondiale unifiée, programmable et interconnectée. Des banques centrales aux entreprises privées, les infrastructures s'alignent. Tout est public et pourtant presque personne ne regarde. Ce qui s'en dégage, c'est un ensemble cohérent qui change profondément le rapport entre l'individu, l'argent et le pouvoir. Depuis plusieurs années, nous documentons la numérisation du système monétaire et financier, ses dérives potentielles et, surtout, l'absence quasi totale de débat public à destination des citoyens. Il faut pourtant bien comprendre que ce qui se prépare dépasse largement une simple modernisation technique. Il s'agit de redéfinir ce qu'est l'argent, qui l'émet, qui le fait circuler, selon quelles règles, et jusqu'où son usage peut être conditionné. En bout de chaîne, c'est bien le rapport entre l'individu, la monnaie et le pouvoir qui se trouve redessiné en profondeur, à l'échelle européenne mais aussi mondiale. S'il y a l'euro numérique et l'identité numérique, dont on entend parfois parler (et encore, très peu), il existe aussi des projets beaucoup plus méconnus comme Agorá, Pontes et Appia. Il y a fort à parier que ces noms ne vous disent rien. Ce qui questionne, tant ils s'inscrivent dans une architecture où tout est conçu pour fonctionner ensemble. Pris séparément, chacun ressemble à un chantier technique, presque inéluctable, qui suivrait l'adage « il faut vivre avec son temps ». Mis bout à bout, vous verrez qu'ils racontent autre chose. La documentation est abondante, certes. Chaque pièce possède ses rapports officiels, ses pages, son calendrier, parfois déjà ses essais en conditions réelles, voire carrément sa mise en service. Mais, comme nous l'écrivions : « Quelle est la valeur d'une abondance qui ne se donne pas à voir ? Qui s'entasse dans des recoins numériques que personne ne fréquente, ne relaie, ne discute ? ». Dans tout ce qui est rapporté et discuté çà et là (lorsque ça l'est), ce qui manque cruellement, c'est la vision d'ensemble. L'édifice que toutes ces briques sont en train d'ériger. Car tout est interdépendant (institutions, marchés, particuliers, blocs économiques). C'est cet ensemble que nous allons reconstituer, pièce par pièce, à partir des documents officiels publiés par les acteurs concernés, pour les mettre en lumière et en mesurer les imp… Raphaël Lepilleur |
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