Pays turripinois Gilets jaunes : « On est solidaire dans la détresse »

Habituellement, ils sont un petit groupe. Ce samedi 17 octobre, le noyau dur de gilets jaunes du rond-point de la zone de Saint-Jean-de-Soudain a vu ses rangs grossir. À la suite d’un appel à la mobilisation nationale, ils étaient un peu plus de 70 personnes à s’être rassemblés.
De nombreuses revendications
Anne fait partie de ces gilets jaunes investis depuis plusieurs années. Ce samedi, elle voit de nouveaux visages et elle n’en n’est pas étonnée. « Aujourd’hui, il faut qu’on communique ensemble. Ce n’est pas une histoire de gilets jaunes mais de société dans sa globalité. On ne résoudra jamais rien avec cette haine qui monte. On est tous dans les mêmes galères. Les mouvements lycéens et étudiants ont mis un coup de boost car on peut s’épuiser dans la lutte, c’est difficile ».
Pour Claude, également habitué des manifestations turripinoises, les effectifs des gilets jaunes ne sont pas l’information principale à retenir. « Ce ne sont pas les chiffres qui sont importants mais le fait qu’on marque le coup que la colère n’est pas redescendue. » Gérard a connu Mai-68 et il trouve qu’il est difficile de mobiliser. « Ça chauffe dans les villes mais ici on est un peu un petit bled. Je trouve qu’on n’a jamais bien réussi à motiver les troupes à La Tour-du-Pin ».
Bernard, militant LFI et gilet jaune habituel du samedi matin, prend le micro pour exprimer les revendications que le groupe a pu lister : le partage des richesses, la VIe République, l’égalité salariale, la retraite, la gratuité de l’eau, le rejet de l’emprise américaine, la reconnaissance d’un véritable État palestinien et bien d’autres… « C’est un mouvement national et cela correspond aussi à l’anniversaire des gilets jaunes qui était une première révolte citoyenne. Le pays traverse un moment de protestation contre la confiscation de la démocratie par le gouvernement ».
« J’ai envie que le système change »
Jules, qui va bientôt avoir 18 ans, est venu sur le rond-point surtout pour passer du temps avec son père et son grand-père qui manifestent. « Je comprends qu’ils fassent ça et je trouve que la forme que cela prend à Saint-Jean-de-Soudain, c’est bien. Moi je suis étudiant à Marseille et, à cause des blocus, je n’ai pas pu aller en cours. C’est bien de faire les choses sans violence. C’est plus convivial ici que dans les villes ». Marie est venue en famille. Elle tient une pancarte dans la main et son petit garçon n’est pas très loin. « Je suis là car j’en ai marre. J’ai envie que ça change, que le système change. Tout le monde en pâtit. On est tous dans le même bateau. Il faut qu’on se réunisse et qu’on aille vers un autre monde que celui-là. Surtout pour les jeunes générations ».
À Saint-Jean-de-Soudain, le rassemblement s’est déroulé dans le calme. Les militants ont effectué plusieurs tours de ronds-points, ralentissant un peu la circulation mais sans jamais entraver complètement le passage des véhicules avec des automobilistes nombreux à les klaxonner en soutien. Ils ont aussi chanté, partagé un café, demandé la démission d’Emmanuel Macron et rendu hommage à « l’un des premiers gilets jaunes du Sud de la France, décédé récemment ». Anne a les bons mots pour ce 17 octobre : « On est solidaire dans la détresse ».
Il a cofondé le site 17octobregiletjaune.net
C’est un jeune homme très grand qui habite « vers La Bâtie-Montgascon ». S’il nous donne son prénom, il indique ne pas vouloir le voir apparaître dans nos colonnes car il tient à son anonymat. Le surnom qu’il utilise, c’est celui de Patoche. C’est ce même nom qui l’identifie dans le groupe GJ2026 qui rassemble plusieurs milliers de personnes et qu’il a lancé avec quelques autres jeunes de son âge. « Lors du premier mouvement des gilets jaune, on était très jeunes mais, là, quand on a vu l’essence à 3 euros dans certaines stations, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose ». Nait le groupe WhatsApp puis une autre initiative : le site 17octobregiletjaune.net qui cartographie les rassemblements et manifestations qui ont eu lieu ce samedi. Dans cette organisation où tout le monde est anonymisé, Patoche est devenu le référent de la « section Ara », c’est-à-dire de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Je dois dire que j’ai un peu saoulé ma copine avec tout cela et plein d’appels à 2 heures du matin », plaisante le jeune homme pendant que sa compagne, à ses côtés, confirme. « On a mis le rond-point de Saint-Jean-de-Soudain sur la carte car même si c’est petit, on savait qu’il y aurait quelques personnes ici. On voulait faire une opération péage gratuit mais les gendarmes étaient déjà très présents. On voudrait aussi que les gens ne consomment pas avec leur carte bleue au Village des marques ».
Il regrette la politisation du mouvement (dans le pays turripinois on peut voir des affiches et des badges LFI, un drapeau Confédération paysanne). « Ce n’est pas du tout ce qu’on veut. On est ni de gauche, ni de droite. On ne veut surtout pas de récupération. Ici, c’est un différent. On les croise depuis des années quand on fait nos courses le samedi… ». Le jeune homme dénonce le manque de pouvoir d’achat mais indique aussi « être en détresse », notamment à l’approche de la présidentielle. « J’ai l’impression d’avoir connu Macron toute ma vie. Il faut que ça change. Cela me fait peur cette élection. Je suis jeune et je ne sais pour qui je vais voter. Je ne suis pas perdu mais rien ne me convient. Je ne veux pas voter pour quelqu’un et me rendre compte une fois élu qu’il nous a trahis ».
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