On était cinq ce soir-là. Des femmes, entre 32 et 45 ans. C’est Alice, la benjamine, qui a posé la question : « Mais pourquoi on s’attache toujours à des connards ? » Laura venait de raconter sa dernière relation foireuse avec un type brillant et charmeur qui, après un premier date presque parfait, n’avait cessé de lui reprocher tout et son contraire. Elle était « trop investie », « pas assez engagée », « trop sensible », « pas très sociable »… Tantôt enthousiaste, tantôt fuyant, souvent goujat, la relançant dès qu’elle faisait mine de s’éloigner, il a fini par la ghoster après des semaines de montagnes russes. Drôle, entourée d’amis, indépendante, Laure se demandait encore pourquoi elle avait été si affectée par cette relation aussi médiocre… Que celle à qui ce n’est jamais arrivé lève le doigt ! Marie, réalisatrice à succès, a alors raconté sa longue liaison avec un homme marié qui débarquait chez elle à l’improviste, parlait de son boulot et de ses angoisses pendant des heures sans jamais lui poser la moindre question, ni trouver le temps de l’inviter au resto. Alice, elle, a rappelé comment dix ans plus tôt, elle avait offert à l’homme qu’elle devait épouser un week-end à Florence, durant lequel elle a découvert qu’il menait une double vie…
Qui sont ces types ? Pas des salauds, non, ni des abrutis. Juste des « connards » : des hommes narcissiques, égoïstes, manipulateurs, non disponibles, toxiques, pour lesquels ces femmes brillantes et cartésiennes ont perdu leur temps, leur confiance en elles et leur joie de vivre. Confondant anxiété et attirance, elles ont ignoré tous les red flags, persuadées d’être le problème… Rien de neuf, une abondante littérature existe sur le sujet. Une pièce intitulée « Pourquoi les femmes aiment les connards ? » cartonne en ce moment même à Paris.
Après quelques recherches, les algorithmes m’ont repérée : des armées de psys, de coachs et d’influenceurs, d’astrologues et de magnétiseuses se sont mises à me bombarder de conseils dans lesquels il était question de « soigner son enfant intérieur », de « réparer un syndrome d’abandon », et mille autres trucs plus ou moins dingos pour échapper à l’emprise des « connards ». J’avoue que je n’ai pas tout lu, mais j’en ai quand même retenu un, balancé par un influenceur mauricien, très cash et plutôt drôle : « Dès le premier reproche, dès la première remarque déplacée, il n’y a qu’une chose à faire : dites-lui en toute gentillesse et avec la plus grande des bienveillances d’aller de toute urgence se faire f… »
« Pourquoi les femmes aiment les connards ? » Une comédie de Patrick Hernandez à la Grande Comédie (Paris-9e), jusqu’au 15 octobre 2026.
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