Plus complexantes que les influenceuses mode, plus culpabilisantes que les coachs « fitness », les « foodistas » m’angoissent. Chaque post montrant l’une d’elles en train de confectionner un repas « gourmand et équilibré » pour 15 personnes en « 10 minutes top chrono » dans une cuisine immaculée, déclenche chez moi une crise d’anxiété. Pourquoi suis-je incapable de faire sauter des patates sans déclencher l’alarme incendie ? Pourquoi n’ai-je jamais dans mon placard ce fameux ingrédient « magique » transformant une bonne vieille quiche en un festival de saveurs exotiques ? Et surout, pourquoi ont-elles l’air si confiantes en humant le contenu de leur cocotte, alors que je ne fais ce geste que dans l’inquiétude d’avoir tout râté ?
Longtemps, j’ai accusé ma mère, cette working girl des années 80, qui ne jurait que par Findus et que je n’ai jamais vu avec une cuillière en bois dans la main. Bien sûr, cette absence de transmission n’a pas aidé, mais depuis le temps - et grâce aux livres de recettes « Simplissime » que je me suis régulièrement offert - j’aurais pu progresser par moi-même. La naissance de mon premier enfant aurait pu changer la donne : passé la phrase biberon, il a bien fallu que je nourrisse ce petit être. Or, mes aventures au pays du baby-cook ont vite tourné court et disons-le tout net : heureusement que mes enfants ont eu un père, capable, lui, de confectionner des purées aussi colorées que savoureuses. Dans un esprit sororal, j’ai tenté de demander conseils à mes copines, mais à force d’entendre des phrases anxiogènes comme « c’est très simple, tu commences par déglacer au vin blanc...», j’ai préféré renoncer. Personnellement, ce que j’appelle « simple » consiste à jeter des pâtes dans l’eau bouillante - tout le reste relevant de la sophistication.
Je pourrais m’en balancer, et pourtant, j’ai toujours un peu honte d’avouer que couper un oignon me terrifie et que lorsque mon mec est absent, je réchauffe le plat qu’il a préparé la vieille. Peut-être parce que je continue malgré tout de croire à une conception vintage de la maternité ou parce que l’adage des « foodistas » - « la cuisine, c’est le langage de l’amour » me renvoie l’image d’une égoïste qui n’accorde pas assez d’attention aux autres. Pourtant, quand j’invite du monde à dîner, moi aussi, je me décarcasse ! Quand je commande des pizzas, je n’oublie jamais que Myriam aime celle au chèvre et Isa, celle au chorizo. Si c’est pas de l’amour...
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