Presque deux ans après la publication dans Libé de la série d’enquêtes «Les hommes de la rue du Bac», le silence de la société s’est considérablement fracturé sur la pédocriminalité, ouvrant un interstice vertigineux sur l’ampleur de ces actes. Désormais, la parole émerge, se libère, se propage, assaillant tous les milieux, même ceux restés les plus hermétiques jusqu’ici : les instituts éducatifs privés, les sphères entrepreneuriales, la haute bourgeoisie, et bien au-delà.
En juin 2024, Inès Chatin, 52 ans, dénonçait des sévices et des viols subis entre ses 4 et ses 13 ans, et désignait un groupe d’hommes proches de son père adoptif, le docteur Jean-François Lemaire, domicilié au 97 rue du Bac. Parmi ses agresseurs, elle nomme les éditorialistes Claude Imbert et Jean-François Revel, l’avocat François Gibault, et l’écrivain Gabriel Matzneff. Si les deux premiers sont décédés, les deux autres nient les accusations, les jugeant «inexactes» ou «extravagantes». Personne, néanmoins, n’a déposé plainte contre Libération à ce jour. Aujourd’hui, le témoignage d’une nouvelle femme pourrait relancer les investigations, et surtout interroger la prescription.
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