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Exécutions et des arrestations massives en Iran depuis le début de la guerre
Mort d'un 2ème soldat français au Liban, risques d’atteinte aux droits en France, dépôt de plainte contre Deliveroo et Uber, les réseaux sociaux interdits au moins de 15 ans en Turquie.
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Exécutions et des arrestations massives en Iran depuis le début de la guerre
Derrière le fracas de la guerre, la République islamique poursuit sa répression, sans relâche. Selon un décompte publié par l’ONG Iran Human Rights, au moins 3 646 personnes ont été placées en détention en Iran depuis le début du conflit déclenché par les Etats-Unis et Israël, le 28 février. Parmi ces arrestations, 767 ont eu lieu depuis le début du cessez-le-feu avec les Etats-Unis, le 8 avril. “Beaucoup sont de simples citoyens qui avaient des photos ou des communications avec l’extérieur sur leurs téléphones”, explique Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG. Cette nouvelle vague d’arrestations succède aux interpellations massives du début d’année, dans le sillage du soulèvement populaire contre le régime en janvier, dont la répression a aussi fait de nombreux morts.
Plus de 900 personnes ont été identifiées, voire arrêtées, pour avoir perturbé l’opinion publique, notamment en ligne, selon des propos d’Ahmad-Reza Radan, commandant de la police nationale, cités par l’IHR. Quelque 400 dossiers ont été ouverts contre des individus qui “ont collecté des images des lieux de frappe et transmis des informations”, et plus de 700 contre des “monarchistes”, une référence probable aux partisans de Reza Pahlavi, descendant du dernier chah d’Iran, contraint à l’exil par la Révolution islamique de 1979. Des procédures visent 200 utilisateurs du réseau satellitaire Starlink et d’autres outils, accusés de s’en servir en vue de “commettre des actes destructeurs” – internet est toujours coupé dans le pays, à l’exception de sites autorisés inscrits sur une “liste blanche”. Plus de 400 manifestants ont été interpellés, ainsi qu’une centaine d’individus accusés de liens avec des “groupes terroristes”, selon le chef de la police iranienne.
L'opposition reste réduite au silence. Plus de 110 militants de la société civile figurent parmi les personnes interpellées depuis début mars. Parmi eux, Nasrin Sotoudeh, lauréate du prix Sahkarov du Parlement européen, interpellée le 2 avril. Sa fille, Mehraveh Khandan, a annoncé sur Instagram que sa mère avait téléphoné à ses proches pour la première fois depuis son incarcération, précisant être détenue par le ministère du Renseignement. La Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi est toujours emprisonnée à Zanjan, après son arrestation en décembre, avant la guerre.
Les exécutions judiciaires, elles, ont repris le 18 mars, avec les pendaisons de trois émeutiers accusés d’avoir joué un rôle dans le meurtre de deux agents des forces de l’ordre. En un peu plus d’un mois, 18 exécutions politiques ont été rendues publiques : huit manifestants de janvier, deux hommes accusés d’espionnage et huit membres d’organisations classées comme terroristes. Il est difficile de savoir combien de personnes au total encourent actuellement la peine de mort pour des motifs politiques en Iran. Le régime diffuse régulièrement sur ses canaux des aveux filmés et obtenus sous la contrainte.
Amir Ali Mir Jafari a été pendu dans un lieu tenu secret. Il était accusé d’avoir incendié la mosquée principale de Gholak, un quartier de Téhéran, le 8 janvier, et d’avoir mené des actions pour le compte d’Israël et des Etats-Unis. Avant lui, Ali Fahim, un jeune homme de 23 ans, avait été exécuté dans la prison de Ghezelhesar, après avoir été mis en cause dans l’attaque d’une base des Gardiens de la Révolution à Téhéran, aux côtés de sept autres personnes. La plupart de ces dernières ont été condamnées à la peine capitale pour “moharebeh” (“hostilité envers Dieu”), ce qui fait craindre d’autres exécutions à venir dans ce dossier. Auparavant, six autres participants aux émeutes avaient été exécutés.
Dernier exemple en date, avec la pendaison d'un ancien responsable militaire. Cet homme avait été condamné “pour coopération avec le service d'espionnage terroriste Mossad”, est-il indiqué, sans aucun détail sur la date de son procès. Il avait été arrêté le 1er juin 2024, avant d'être condamné à dix ans de prison, puis à la mort. Deux hommes arrêtés en mai 2025 avaient été pendus pour une série d'accusations, dont leur appartenance supposée à l'Organisation des moudjahidines du peuple.
Le chef du pouvoir judiciaire, le redouté Gholamhossein Mohseni Ejei, a demandé aux procureurs de traiter au plus vite, et avec toute la fermeté requise, les dossiers des personnes interpellées au début de la guerre, ou lors des manifestations de décembre et janvier. Le cadre général, en tout cas, n'a pas évolué. “Les personnes sont soumises à la torture pour obtenir des aveux et l'Etat de droit est absent”, souligne Mahmood Amiry-Mogghaddam. Mais désormais, “il est encore plus facile d'appliquer le verdict”.
Cette énième vague de répression s’inscrit dans le contexte encore durci par les frappes de la coalition israélo-américaine. “Les Iraniens ont conscience que cette guerre n’a rien à voir avec leur quête pour les droits civils”, poursuit Mahmood Amiry-Moghaddam. La question, fait-il observer, était d’ailleurs absente des négociations organisées entre Iraniens et Américains à Islamabad, il y a une dizaine de jours.
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Mort d’un deuxième soldat français au Liban
Il y a “un faisceau d'indices qui suggère la responsabilité du Hezbollah”, estime Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix à l’ONU. Il réagit à la mort d'Anicet Girardin, caporal-chef du 132e régiment d'infanterie cynotechnique de Suippes, dans la Marne. Le militaire est mort des suites de ses blessures, après une attaque dans le sud du Liban, qui a également coûté la vie à l’adjudant Florian Montorio. Ils opéraient pour la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).
“Ce que nous savons, c’est qu’il s’agissait d’une patrouille afin d’ouvrir une voie d’accès, une route sur laquelle se trouvent des engins explosifs, des mines”, détaille Jean-Pierre Lacroix. D’après le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix à l’ONU, une enquête se poursuit pour déterminer la responsabilité de cette attaque. Il souligne que “ceux qui ont tiré sur les casques bleus ne sont pas des éléments d’une armée, pas des personnels en uniforme. C’est un groupe armé, dans une zone où, traditionnellement, il y a une forte présence du Hezbollah, où d’ailleurs de nombreuses caches d’armes ont été trouvées”. De leur côté, les autorités libanaises ont lancé une enquête.
Selon Jean-Pierre Lacroix, les soldats de la Finul sont pris entre plusieurs feux dans le sud du Liban : “Ces derniers temps, nos casques bleus ont été à la fois la cible de groupes armés du Hezbollah, mais aussi de l’armée israélienne. Nous poursuivons des enquêtes sur des incidents où les premiers éléments font apparaître des tirs de char émanant de l’armée israélienne”, explique Jean-Pierre Lacroix. Il rappelle que la Finul n’a qu’un rôle de soutien.
La Défenseure des droits alerte sur les risques d’atteinte aux droits
Les équipes de la Défenseure des droits, Claire Hédon, interpellent la classe politique sur les “risques d’atteinte aux droits” des usagers dans le cadre du renforcement de la lutte contre la fraude sociale.
Leur rapport se donne pour objectif “d’apporter une contribution au travail des organismes de sécurité sociale et de l’opérateur France Travail contraints de répondre à une double injonction : industrialiser les contrôles en accroissant leur nombre et leur efficacité, tout en garantissant les droits des usagers”. Sa parution intervient alors que les députés ont largement approuvé un nouveau projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, en première lecture, début avril. Un texte “dont les dispositions en discussions portent des atteintes importantes aux droits des usagers”, estiment les équipes de la Défenseure des droits.
L’institution dit observer, depuis “plus de dix ans, une industrialisation de la lutte contre la fraude sociale, encouragée par les pouvoirs publics”. Les organismes responsables du versement des prestations sociales ont pour cela “recours à des outils technologiques de plus en plus perfectionnés”, comme l’intelligence artificielle, qui permet de déterminer des “scores de risque” de fraude selon le profil des allocataires, et ainsi de cibler plus efficacement les contrôles.
Mais “cette évolution appelle à une vigilance accrue pour protéger les droits des usagers”, poursuivent les auteurs du rapport. S’ils évitent les biais humains, les algorithmes présentent “des risques spécifiques de discrimination, liés à un possible surcontrôle de certaines catégories d’usagers”, par exemple les femmes, qui ont “statistiquement des emplois plus précaires que les hommes”.
L’intensification des contrôles ne doit pas non plus “conduire les organismes à qualifier les simples erreurs de déclaration en fraude”, poursuit le rapport. Le document déplore “le manque d’informations claires et accessibles” données aux allocataires par les organismes de sécurité sociale et par France Travail, qui peut conduire à “de la non-réponse” ou à des “erreurs” de déclaration.
Face à ces constats, le rapport propose “un effort de clarification et de transparence des procédures” afin de recentrer l’action des organismes sur “la prévention, plutôt que sur le contrôle et la répression”. Elle conseille également de simplifier la réglementation, dont la complexité est “source d’erreurs dans sa mise en œuvre”. Enfin, alors que les outils technologiques sont utilisés pour lutter contre la fraude, elle souligne qu’ils pourraient aussi être mobilisés pour remédier au “non-recours aux prestations sociales”, encore massif.
Quatre associations de livreurs portent plainte contre Deliveroo et Uber
Quatre associations d'entraide aux livreurs ont porté plainte auprès du parquet de Paris, contre Deliveroo et Uber pour traite d'êtres humains. Elles dénoncent le modèle économique de ces plateformes qui repose, selon elles, sur l’exploitation d’une main-d’œuvre précaire avec des conditions de travail et des revenus indignes.
Selon leur avocat, Maître Thibault Laforcade, les livreurs travaillent jusqu’à 60 heures par semaine, “dans des conditions dangereuses, pour des rémunérations largement inférieures au Smic horaire, sans protection sociale, et sous la menace constante de perdre leur compte et donc leur seul revenu”. Il dénonce l’engrenage des algorithmes des plateformes qui exploitent sans fin la vulnérabilité des travailleurs. “À partir du moment où le système économique est allé jusqu’à piocher dans une main-d’œuvre qui n’a pas d’autre choix que d’accepter des conditions que tout autre être humain ne pourrait pas accepter, seule la justice peut y mettre un terme”, argumente l’avocat.
Parallèlement à cette plainte au pénal, Me Thibaut Laforcade engage également une action de groupe pour discrimination devant la justice civile. Une démarche elle aussi inédite au terme de laquelle l‘avocat espère que chaque livreur sera indemnisé pour les préjudices subis au quotidien.
La Turquie a adopté une loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Un texte interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adopté par le parlement turc. Selon cette loi, les moins de 15 ans ne pourront pas s’inscrire sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques seront tenues de mettre en place des systèmes de vérification de l’âge.
Les parents disposeront d’outils pour contrôler le temps passé devant les écrans et les dépenses en ligne, tandis “qu’en cas d’urgence” les principales plateformes de réseaux sociaux devront intervenir dans l’heure suivant la diffusion de contenus préjudiciables. La loi entrera en vigueur six mois après sa publication dans le journal officiel.
Plusieurs pays débattent d’une interdiction d’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux. Emmanuel Macron a appelé la semaine dernière à instaurer une “journée sans connexion” mensuelle pour les jeunes, afin qu’ils retrouvent la lecture ou le sport, “la vitalité de la vie réelle”, avant une réunion de “coordination” européenne sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans.
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