| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction Pourquoi il faut en finir avec le « retour des
années 30 »
Il semble désormais admis que nous sommes revenus dans les années 1930. Montée des « extrêmes », menaces sur la démocratie libérale, pulsions xénophobes et antisémites, le cocktail terrifiant ayant mené à l'apocalypse de la Seconde Guerre mondiale paraît à nouveau réuni pour précipiter l'Europe dans les abysses. C'est en tout cas ce que nous serinent à longueur de journée les pseudo-prophètes de malheur.
N'en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, si quelques points communs peuvent rapprocher la période contemporaine des vents mauvais des années 30, la comparaison ne tient pas la route dès lors qu'on prend la peine d'étudier avec un peu de sérieux ce que furent effectivement les fascismes et le communisme stalinien. Hitler et Mussolini théorisaient ouvertement la mise en place d'un Etat totalitaire en désignant la démocratie comme un ennemi à éliminer, et ont aboli les libertés dès leur prise du pouvoir ; le Parti communiste français prônait la dictature du prolétariat, il était aligné sur l'URSS de Staline, un régime de terreur de masse qui emprisonnait ses opposants au goulag.
Autant dire que malgré leurs outrances, la France insoumise et le Rassemblement national font presque figure de partis centristes en comparaison. Lorsqu'on observe les « antifascistes » d'aujourd'hui se prétendre les héritiers du Front populaire et de la Résistance, on pouffe devant une grandiloquence aussi grotesque.
Pourquoi cette obsession pour les années 30 ? Avant tout en raison de l'inculture historique généralisée. La période 1930-1945 est bien souvent la seule référence à la portée de ceux qui brandissent à longueur de journée les accusations envers les « fascistes », « collabos » et autres « munichois ». Elle a pour atout majeur son manichéisme : à la fin, les gentils (Alliés et résistants) ont triomphé du mal absolu (les nazis). Il est dès lors très confortable de se couler dans les habits d'une époque où les rôles étaient bien définis, loin des complexes nuances de gris qu'offrent les autres périodes historiques.
Le problème, c'est que la réalité ressemble rarement à un film Star Wars. Et surtout qu'elle ne repasse jamais les plats. Même si les comparaisons historiques ont leur utilité, elles conduisent trop souvent à plaquer artificiellement des grilles de lecture pré-établies sur le présent, au service de telle ou telle idéologie. Laissons donc le mot de la fin au grand historien Marc Bloch, qui nous rappelle dans L'Étrange défaite que « l’histoire est, par essence, science du changement. Elle sait et enseigne que deux événements ne se reproduisent jamais tout à fait semblables, parce que jamais les conditions ne coïncident exactement. Sans doute, reconnaît-elle, dans l’évolution humaine, des éléments sinon permanents du moins durables. C’est pour avouer, en même temps, la variété, presque infinie, de leurs combinaisons. » Twitter @hadrienmathoux
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