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jeudi 1 septembre 2016

La Tribune des Travailleurs - Le fil des informations - jeudi 1 er septembre 2016


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                                   La Tribune des travailleurs

31 août 2016 – Au Havre, dès que la nouvelle de l’interpellation de deux dockers à leur domicile pour des violences commises le 14 juin à Paris lors de la manifestation nationale est connue, les dockers et ouvriers portuaires cessent le travail, stoppant de facto l’activité du port. Les porte-conteneurs déjà dans le port cessent d’être chargés ou déchargés, et ceux qui arrivent sont détournés vers d’autres ports. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT déclare : «il ne s’agit pas d’un hasard mais d’une attitude revancharde et scandaleuse» pour qualifier l’arrestation des deux dockers le jour de sa venue à l’assemblée générale organisée au Havre. Il confirme que la mobilisation contre la loi Travail va continuer : «Une mauvaise loi ne doit pas s’appliquer » Les deux dockers « ont été relâchés vers 19h15 après toute une journée de garde à vue à Paris et le mouvement a été suspendu », a indiqué le secrétaire général adjoint de la fédération CGT des ports et docks Anthony Tétard. TOUTES NOS INFOS, JOUR APRÈS JOUR, EN CLIQUANT ICI.


le fil des informations

LA LIBRE PENSEE : A propos de l’affaire du Burkini (3)....

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1 septembre 2016

Communiqués

En direct avec Pascal-Eric Lalmy

Secrétaire national chargé de la laïcité au Parti Radical de Gauche

A propos de l’affaire du Burkini


Communiqué de presse  du PRG du vendredi 26 août 2016

Pascal-Eric Lalmy, Secrétaire national du PRG à la laïcité, prend acte de la décision du Conseil d’Etat sur l’arrêté « anti-burkini ». Le Conseil d’Etat a rendu une décision conforme aux principes de droit de notre République démocratique et laïque. Les Radicaux de gauche n’ont aucune sympathie pour les manifestations de pudibonderie et de bigoterie, pour autant, l’Etat laïque ne peut ni dire ce qu’est ou n’est pas une religion, ni imposer ou interdire une tenue vestimentaire, au motif qu’elle serait porteuse d’un message politique.
La polémique stérile lancée par la droite et l’extrême-droite sur ce sujet vise uniquement à créer un écran de fumée pour détourner le futur débat présidentiel des vrais enjeux politiques de 2017 : la transition écologique, la compétitivité de l’économie française, la poursuite de la refondation de l’Ecole, la préservation de notre modèle social ou encore l’équilibre des comptes publics.
La lutte contre les cléricalismes et les projets ultra-conservateurs inspirés par les grandes religions monothéistes est enjeu majeur pour la gauche du XXIe siècle. En effet, ils remettent en cause l’égalité des sexes, et les libertés individuelles ; ils prétendent aussi imposer un ordre moral réactionnaire, Cette bataille ne sera pas gagnée en voulant faire le bien des gens malgré eux. « La gauche doit reconstruire un projet politique émancipateur et libéré des dogmes en revivifiant la pensée des Lumières pour reconquérir les territoires perdus de la République » ajoute Pascal-Eric Lalmy.

* * *

La Libre Pensée :   L’actualité récente a été marquée par ce que l’on a appelé le « Burkini ».  Plusieurs municipalités ont pris des arrêtés clairement liberticides avec une forte consonance sous-jacente  xénophobe. Quelle est votre analyse comme Secrétaire national chargé de la laïcité au PRG ?

Pascal-Eric Lalmy : On peut comprendre qu’à Nice la présence de « Burkini » sur les plages ait été vécue comme une insupportable provocation. Cependant qu’il s’agisse d’une provocation délibérée de la part de quelques militantes ou simplement de quelques « idiotes utiles » d’un islamo-conservatisme qui n’a pas grand-chose à envier à Christine Boutin, cette affaire n’aurait pas connu le retentissement qu’elle a eu si les médias étaient un peu plus mesurés, si le contrôle de légalité en préfecture fonctionnait un peu mieux  et si l’équipe de Nicolas SarkozyChristian Estrosi en tête, n’y avait pas vu l’occasion de lancer la campagne de leur champion. Ces arrêtés municipaux démontrent surtout la profonde méconnaissance du principe de laïcité chez nos Elus. Je ne suis pas convaincu que le ressort « xénophobe » soit l’élément déclencheur, mais comme dans l’antisémitisme du début du siècle, j’ai l’impression qu’il soit devenu de bon ton d’être un peu« antimusulman » dans les dîner en ville.
La droite surfe sur cette vague faite pour partie d’intolérance vis-à-vis de ce qui semble étranger, et d’inquiétude dans une France qui change. On a eu une Garde des Sceaux qui s’appelait Rachida, on a une ministre de l’Education nationale qui s’appelle Najat et une ministre du Travail qui s’appelle Myriam, tout cela montre bien que les choses bougent, que la France change et on le sait bien les gens ont horreur du changement. Le contexte de la crise alimente les parallèles funestes, celui ou celle qui a du mal à finir ses fins de mois ne fait pas le lien avec la crise financière mondiale, l’optimisation fiscale ou encore le turbo-capitalisme et ses ravages, il ou elle constate juste qu’il y a concomitance entre les visages d’une France qui change et ses propres difficultés. Si vous ajoutez à cela que nous n’avons jamais soldé totalement notre histoire coloniale et l’histoire des traites négrières, avec le sentiment de déclassement chez les classes moyennes traditionnelles qui voient monter une concurrence sociale du côté des enfants d’immigrés, le cocktail devient explosif. Evidemment, la droite et l’extrême-droite s’engouffrent dans la brèche avec les dégâts que nous connaissons.


L.P : Pour vous, les rues, les plages, les piscines, les magasins, les cinémas font-ils partie de la sphère ou de l’espace public dans lesquels devrait s’appliquer la laïcité ?

P.E.L : La laïcité est un principe juridique, elle s’applique à l’Etat pour garantir la liberté de conscience des citoyens. On peut en tirer une vision philosophique ou un projet politique, mais stricto-sensu la laïcité est un rempart qui doit protéger l’espace public, au sens de l’espace qui dépend directement de l’Etat, des influences et exigences religieuses. Ensuite, l’exemple scolaire montre bien comment s’applique la laïcité : les fonctionnaires ont une interdiction totale d’afficher leurs croyances religieuses, les élèves ont des limites à leur liberté religieuse, car ils sont mineurs et dans un espace particulier pour recevoir un enseignement, mais les parents par exemple ont la totale liberté d’exprimer leurs convictions.
L’administré, le citoyen n’est pas assigné à la neutralité religieuse, c’est l’Etat qui est laïque, pas la Nation. En conséquence de quoi dans la rue, sur la plage, dans un magasin ou au cinéma l’application du principe de laïcité ne peut pas conduire à proscrire telle ou telle attitude ou tel ou tel vêtement. Cela est aussi valable pour les usagers/clients que pour les opérateurs, si l’Eglise catholique entend faire une campagne pour le denier du culte en 4 par 3 dans les rues ou si un gérant de cinéma veut passer la « Passion du Christ » de Mel Gibson ou « La dernière tentation du Christ » de Martin Scorsese rien ne s’y oppose. Le seul espace pour lequel j’introduirai une nuance c’est celui de la piscine. Selon que l’on parle d’une piscine municipale ou d’un centre aquatique privé, les choses ne s’appliquent pas de la même manière. Ainsi, les Radicaux de gauche sont totalement opposés aux créneaux communautaires dans les piscines municipales et à tout ce qui y remet en cause le principe de mixité.


L.P : Il est quelque peu  surprenant que des hommes politiques comme Nicolas Sarkozy, Eric Ciotti, Marine Le Pen et d’autres aussi à « Gauche » se déclarent très laïques quand il s’agit des musulmans, mais plus du tout quand il s’agit de l’Eglise catholique. On a même vu Nicolas Sarkozy faire des signes de croix chrétiens dans l’exercice de sa fonction présidentielle. Comment expliquez-vous cette schizophrénie politique ?

P.E.L :  Il y a deux questions en une qui sont en fait plus différentes qu’il n’y paraît, mais qui sont bien liées l’une à l’autre. La droite et l’extrême-droite sont sur une démarche identitaire, elles se sont lancées dans une course folle pour agréger un électorat de « Français moyen » fantasmé dont « super-Dupont » serait la caricature. Leurs attaques répétées contre le droit du sol, leur tentation systématique de réhabiliter le colonialisme, leur volonté farouche de définir un « en-dehors » pour mieux cerner un « en-dedans » qui déterminerait en creux ce que sont les Français, les conduisent assez logiquement à s’en prendre aux Français de confession musulmane qui veulent vivre leur foi sans raser les murs. A gauche, le ressort est différent. D’abord une partie de la gauche et de l’extrême-gauche a confondu, par paresse intellectuelle, les musulmans et le prolétariat. Partant du constat, factuel, que beaucoup de musulmans étaient ouvriers, cette frange de la gauche a jugé plus facile de parler aux « musulmans » qu’aux ouvriers au moment où, à partir des années 1980 une partie des classes populaires s’est tournée vers le Front national. Le problème c’est que cela a conduit à des démarches de clientélisme électoral« communautariste », parfois avec de vieux relents de colonialisme, quand les acteurs publics décident de prendre en main la construction des lieux de culte laissant penser que les musulmans seraient incapable de conduire seuls ce type de projets. Cela a agacé une autre partie de la gauche, au moment où certains commençaient à penser que « le FN pose les bonnes questions, mais donnent les mauvaises réponses ».
La collision de ces deux erreurs d’appréciation a conduit certains de nos amis à penser qu’il fallait brandir l’étendard de la laïcité contre toute velléité des musulmans pieux de vivre leur foi. Au final, les jupes plissées bleue marine et les serre-tête de « Marie-Chantal » à Versailles se sont installés de longue date dans le paysage et personne ne songe à y voir un signe religieux, pourtant les catho « tradi » qui sont le fonds de commerce de Marion Maréchal-Le Pen, sont tout aussi déterminés que les Frères musulmans ou les islamistes à imposer leur dogme et leur ordre moral contre la République. S’agissant de Sarkozy, j’espère, sans trop d’illusion, que c’est le dernier tour de piste de ce clown pathétique qui marche dans les pas de Donald Trump et deGeorges W. Bush. Le personnage n’est motivé que par le goût de l’argent et du pouvoir, il n’a aucune conviction et aucun projet politique structuré, c’est d’ailleurs ce qui fait la difficulté à le combattre. Il n’a aucune hésitation à assumer les pires contradictions.
D’une manière générale, j’ai depuis longtemps la conviction que la confusion qui agite la vie politique française depuis le début des années 1990 vient du fait que l’on a jamais tiré les conclusions du referendum sur le traité de Maastricht. Cela peut paraître éloigné de notre sujet, mais depuis 1992 le clivage gauche/droite n’est plus opérant. Malheureusement, les institutions de la Ve République ne permettent pas une recomposition profonde et une redéfinition claire de ce que sont la gauche et la droite sur les questions européennes, mais aussi sociétales, économiques ou encore de positionnement par rapport au fait religieux.


L.P : Que pensez-vous de l’attitude de Manuel Valls qui se déclare « laïque intransigeant » quand il s’agit de l’Islam, mais plus du tout quand il va au Vatican assister à la canonisation de deux papes ? Quelle analyse faite vous de la visite de François Hollande au Vatican récemment ? N’exprime-t-il pas une sorte d’allégeance et de reconnaissance au mépris de la loi de 1905 ?

P.E.L : Manuel Valls veut donner un corps politique à un principe juridique, il a en cela une proximité d’idée avec les Radicaux de gauche. Ainsi, la sénatrice Françoise Laborde est intervenue pour permettre à un employeur d’assurer la neutralité religieuse dans son entreprise, quand il est confronté à des situations qui mettent en cause l’égalité des sexes ou le bon fonctionnement de l’entreprise. Peut-on imaginer un garçon boucher qui refuserait de servir de la charcuterie, un vendeur de vêtement qui refuserait de servir les femmes ou encore un employé qui refuserait d’obéir à sa supérieure au motif qu’elle est une femme ? Pourtant, il ne s’agit pas de laïcité, mais bien de neutralité et cette dernière ne doit porter atteinte ni aux libertés syndicales, ni aux libertés politiques.
L’ambiguïté de nos gouvernants vis-à-vis du Vatican n’est pas nouvelle, les uns et les autres jouent en permanence sur le double statut du pape chef d’Etat et chef spirituel pour contourner le principe de laïcité. Au final, on pourrait juger tout cela un peu folklorique ,  si cela ne donnait pas le sentiment d’un deux poids deux mesures pour les autres religions. J’ai le même sentiment pour la visite de François Hollande au Vatican, sur le principe, c’était une visite privée et un prêtre avait été assassiné, dans les faits la médiatisation de cette visite pose problème. Je n’oublie pas que François Hollande a sur de nombreux points résisté à l’Eglise catholique, il a imposé le mariage pour tous, il n’a pas pu imposer Laurent Stefanini comme ambassadeur auprès du Saint-Siège, mais il a résisté autant que possible et laissé le poste vacant 15 mois. Je pense que fondamentalement le Chef de l’Etat se porte bien aussi longtemps qu’il évite l’Eglise catholique, mais sa fonction et les événements l’oblige à avoir parfois des contacts directs avec une institution qui est aussi un fait social important en France et qu’il ne peut pas totalement ignoré, pour autant il sous-traite autant que possible le sujet à son Premier ministre qui se retrouve dès lors obligé d’assister à la canonisation de deux papes. Au PRG, nous aimerions quand même une attitude plus rigoureuse, mais sur ce sujet comme sur beaucoup d’autre, le Président de la République est bien plus un pragmatique qu’un « dogmatique ».


LP : Comment  envisagez-vous l’avenir juridique de ces arrêtés liberticides, le Conseil d’Etat ayant jugé en référé, mais par encore sur le fonds ?

P.E.L :  Je ne suis pas juriste, ce que je vois en revanche c’est la tentation très forte chez une partie de la droite de remettre en cause l’état de droit et l’ordre républicain pour y substituer une forme d’arbitraire de circonstance. Nous avons bien vu de quelle manière Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012 a gouverné « à l’émotion » ; je crains que lui et ses amis veuillent passer à l’étape suivante. Le dynamitage de l’ordre judiciaire, la remise en cause des grands principes constitutionnels sont au cœur d’une stratégie populiste très dangereuse. Il faut revenir à plus de raison, la dérive droitière de LR ouvre un boulevard au centre de l’échiquier politique, il suffit de voir comment le Parti Démocrate domine la campagne présidentielle aux Etats-Unis alors même qu’Hillary Clintonn’incarne ni le renouveau politique ni une gauche conquérante, elle profite juste du vide laissé par la droite au centre.
Autant, on le sait depuis longtemps les socialistes français gagnent à gauche et gouvernent au centre, autant je pense que la droite fait une erreur en pensant qu’elle peut gagner à l’ultra-droite et gouverner ensuite au centre. La campagne de 2017 sera intéressante de ce point de vue. En revanche, comme je l’ai écrit dans mon communiqué, il ne faudra pas laisser les médias et la droite détourner le futur débat présidentiel des vrais enjeux politiques de 2017 : la transition écologique, la compétitivité de l’économie française, la poursuite de la refondation de l’Ecole, la préservation de notre modèle social ou encore l’équilibre des comptes publics… Autrement la stratégie de Sarkozy sera une stratégie gagnante.


L.P : Cher Pascal-Eric Lalmy, merci d’avoir répondu à nos questions.

Propos recueillis par David Gozlan

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Les Crises.fr - La provocation d’une guerre nucléaire par les médias, par John Pilger

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                               Les Crises - Des images pour comprendre
1
Sep
2016

La provocation d’une guerre nucléaire par les médias, par John Pilger


Source : Le Grand Soir, John Pilger, 25-08-2016
Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité
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John Pilger
La disculpation d’un homme accusé du pire des crimes, le génocide, n’a pas fait les manchettes. Ni la BBC ni CNN n’en ont parlé. The Guardian s’est permis un bref commentaire. Un tel aveu officiel et rare fut, sans surprise, enterré ou occulté. Cela révélerait trop de choses sur les dirigeants du monde.
Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a discrètement blanchi le feu président serbe, Slobodan Milosevic, de crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995, y compris du massacre de Srebrenica.
Loin d’avoir conspiré avec le leader des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, qui a été condamné, Milosevic avait en réalité « condamné le nettoyage ethnique », s’était opposé à Karadzic et a tenté d’arrêter la guerre qui a démembré la Yougoslavie. Enterré vers la fin d’un arrêt de 2,590 pages sur Karadzic, publié au mois de Février dernier, cette vérité démolit un peu plus la propagande qui justifia l’assaut illégal de l’OTAN sur la Serbie en 1999.
Milosevic est mort d’une crise cardiaque en 2006, seul dans sa cellule à La Haye, au cours de ce qui équivaut à un procès bidon par un « tribunal international » inventé par les États-Unis. Une intervention chirurgicale, qui aurait pu lui sauver la vie, lui fut refusé et son état s’est empiré et il fut surveillée et maintenu au secret par les autorités US, comme WikiLeaks l’a révélé depuis.
Milosevic a été victime de la propagande de guerre qui aujourd’hui coule à flots sur nos écrans et journaux et signale un grand danger pour nous tous. Il était l’archétype du démon, vilipendé par les médias occidentaux comme le « boucher des Balkans » qui était responsable de « génocide », en particulier dans la province yougoslave sécessionniste du Kosovo. Le Premier ministre Tony Blair l’a dit, a invoqué l’Holocauste et a demandé des mesures contre « ce nouveau Hitler ».
David Scheffer, l’ambassadeur itinérant des crimes de guerre [sic], a déclaré que jusqu’à « 225.000 hommes albanais ethniques âgés de 14 à 59 ans » ont pu être assassinés par les forces de Milocevic.
Ce fut la justification des bombardements de l’OTAN, dirigés par Bill Clinton et Blair, qui tuèrent des centaines de civils dans des hôpitaux, des écoles, des églises, des parcs et des studios de télévision et détruisirent l’infrastructure économique de la Serbie. Ce fut un geste manifestement idéologique ; à une fameuse « conférence de paix » à Rambouillet, en France, Milosevic a été confronté par Madeleine Albright, la secrétaire d’Etat US, qui allait entrer dans les annales de l’infamie avec sa remarque sur la mort d’un demi-million d’enfants irakiens qui « en valait la peine ».
Albright a communiqué une « offre » à Milosevic qu’aucun leader national ne pouvait accepter. À moins de convenir d’une occupation militaire étrangère de son pays, avec des forces d’occupation « en dehors d’un processus juridique », et de l’imposition d’un « marché libre » néo-libéral, la Serbie serait bombardée. C’était contenu dans une « Annexe B », que les médias n’ont pas lue ou ont censurée. L’objectif était d’écraser le dernier Etat « socialiste » indépendant de l’Europe.
Une fois que l’OTAN a commencé à bombarder, il y eut une ruée de réfugiés kosovars « fuyant un holocauste ». Quand tout fut terminé, les équipes internationales de police se sont rendues au Kosovo pour exhumer les victimes. Le FBI n’a pas réussi à trouver une seule fosse commune et ils rentrèrent chez eux. L’équipe médico-légale espagnole a fait de même, son chef dénonçant avec colère « une pirouette sémantique par les machines de propagande de guerre ». Le décompte final des morts au Kosovo est 2788. Cela inclut les combattants des deux côtés et les Serbes et les Roms assassinés par le pro-OTAN Front de libération du Kosovo. Il n’y a pas eu de génocide. L’attaque de l’OTAN fut à la fois une fraude et un crime de guerre.
Tous sauf une fraction des tant vantés missiles à « précision guidée » des Etats-Unis ont touché non pas des cibles militaires mais des civils, y compris les studios de la Radio Télévision de Serbie à Belgrade. Seize personnes ont été tuées, dont des cameramen, des producteurs et une maquilleuse. Blair qualifia les morts, de manière profane, comme « le commandement et le contrôle » de la Serbie.
En 2008, le procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, a révélé qu’elle avait subi des pressions pour ne pas enquêter sur les crimes de l’OTAN.
Ceci devint le modèle pour les invasions futures par Washington de l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et, de manière furtive, la Syrie. Toutes ces invasions pouvaient êtres qualifiées de « crimes suprêmes » selon la norme établie à Nuremberg ; toutes dépendaient de la propagande des médias. Alors que le journalisme à sensation a joué son rôle habituel, c’était le journalisme sérieux, crédible, souvent progressiste qui a fut le plus efficace – la promotion évangélique de Blair et de ses guerres par le Guardian, les mensonges incessants sur les armes de destruction massive inexistantes de Saddam Hussein dans The Observer et le New York Times, et les battements de tambours ininterrompus de la propagande du gouvernement par la BBC dans le silence de ses omissions.
Au plus fort des bombardements, Kirsty Wark de la BBC a interviewé le général Wesley Clark, le commandant de l’OTAN. La ville serbe de Nis venait d’être pulvérisé par des bombes à sous-munitions états-uniennes, tuant femmes, personnes âgées et enfants dans un marché ouvert et un hôpital. Wark n’a pas posé une seule question sur ce sujet, ni sur tous les autres morts civils.
D’autres furent plus effrontés. En Février 2003, au lendemain de l’écrasement de l’Irak par Blair et Bush, le rédacteur en chef politique de la BBC, Andrew Marr, se trouvait à Downing Street [Bureaux du Premier Ministre Britannique – NdT] et prononça ce qui équivaut à un discours de victoire. Il déclara avec enthousiasme à ses téléspectateurs que Blair avait « dit qu’ils seraient en mesure de prendre Bagdad sans bain de sang, et qu’en fin de compte les Irakiens allient célébrer. Et sur ces deux points, il a eu totalement raison ». Aujourd’hui, avec un million de morts et une société en ruines, les interviews de Marr à la BBC sont recommandées par l’ambassade des Etats-Unis à Londres.
Les collègues de Marr s’alignèrent pour qualifier les actions de Blair de « justifiées ». Le correspondant à Washington de la BBC, Matt Frei, déclara : « Il ne fait aucun doute que la volonté d’apporter le bien, les valeurs américaines au reste du monde, et en particulier au Moyen-Orient … est désormais de plus en plus liée au pouvoir militaire. »
Cette prosternation devant les États-Unis et leurs collaborateurs comme une force bienveillante qui « apportent le bien » est profondément ancrée dans le journalisme occidental moderne. Il veille à ce que la catastrophe actuelle en Syrie soit exclusivement de la faute de Bachar al-Assad, contre qui l’Occident et Israël conspirent depuis longtemps, non pas pour des considérations humanitaires, mais pour consolider le pouvoir agressif d’Israël dans la région. Les forces jihadistes déchaînées et armées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie et leurs mandataires de la « coalition » sont là pour ça. Ce sont eux qui dispensent la propagande et les vidéos qui deviennent des informations aux États-Unis et en Europe, et qui fournissent un accès aux journalistes et garantissent une « couverture » partisane de la Syrie.
Aux informations, on parle de la ville d’Alep. La plupart des lecteurs et téléspectateurs ne seront pas au courant que la majorité de la population d’Alep vit dans la partie occidentale contrôlée par le gouvernement. Le fait qu’ils souffrent quotidiennement des bombardements d’artillerie d’al-Qaida parrainé par l’Occident n’est pas mentionné. Le 21 Juillet, les bombardiers français et américains ont attaqué un village du gouvernement dans la province d’Alep, tuant jusqu’à 125 civils. Cela a été rapporté en page 22 du Guardian ; il n’y a pas eu de photos.
Après avoir créé et soutenu le djihadisme en Afghanistan dans les années 1980 dans le cadre de l’Opération Cyclone – une arme qui visait à détruire l’Union soviétique – les États-Unis sont en train de faire quelque chose de similaire en Syrie. Comme les moudjahidin afghans, les « rebelles » syriens sont les fantassins de l’Amérique et de la Grande-Bretagne. Beaucoup combattent pour al-Qaida et ses variantes ; certains, comme le Front Nosra, se sont rebaptisés pour se conformer aux sensibilités américaines post-11 Septembre. La CIA les dirige, avec difficulté, comme elle dirige des djihadistes partout dans le monde.
L’objectif immédiat est de détruire le gouvernement de Damas qui, selon le sondage le plus crédible (YouGov Siraj), est soutenu par la majorité des Syriens, ou tout au moins qui se retournent vers lui pour sa protection, quelle que soit la barbarie qui peut régner en coulisses. L’objectif à long terme est de nier à la Russie un allié clé du Moyen-Orient dans le cadre d’une guerre d’usure de l’Otan contre la Fédération de Russie qui finirait éventuellement par détruire cette dernière.
Le risque nucléaire est évident, bien qu’occulté par les médias du « monde libre ». Les éditorialistes du Washington Post, ayant promu le mensonge sur les Armes de destruction massive en Irak, demandent à Obama d’attaquer la Syrie. Hillary Clinton, qui se réjouissait publiquement de son rôle de bourreau lors de la destruction de la Libye, a indiqué à plusieurs reprises que, en tant que présidente, elle « ira plus loin » qu’Obama.
Gareth Porter, un journaliste basé à Washington, a récemment révélé les noms de ceux qui sont susceptibles de faire partie du cabinet Clinton, qui planifient une attaque sur la Syrie. Tous ont des passés de belligérants de la guerre froide ; l’ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, a déclaré que « le prochain président devra envisager d’envoyer des forces spéciales supplémentaires sur le terrain ».
Le plus remarquable dans la propagande de guerre qui bat actuellement son plein est son côté absurde et familier. J’ai visionné des films d’archives des années 1950 à Washington, à l’époque où des diplomates, des fonctionnaires et des journalistes étaient traqués et ruinés par la chasse aux sorcières déclenchée par le sénateur Joe McCarthy contre ceux qui contestaient les mensonges et la paranoïa au sujet de l’Union Soviétique et de la Chine. Comme une tumeur renaissante, le culte anti-Russe est de retour.
En Grande-Bretagne, Luke Harding du Guardian entraîne ses lecteurs qui détestent la Russie dans un flot de parodies journalistiques qui attribuent à Vladimir Poutine tous les malheurs de la terre. Lorsque la fuite des Panama Papers fut publiée, la première page du quotidien mentionna M. Poutine, et il y avait une image de Poutine ; peu importe si le nom de Poutine n’était mentionné nulle part dans les documents.
Comme Milosevic, Poutine est le Diable en chef. C’est Poutine qui a abattu un avion de ligne Malaisienne au-dessus de l’Ukraine. Le titre auquel on a eu droit est le suivant : « En ce qui me concerne, Poutine a tué mon fils. » Pas besoin de preuves. C’est Poutine qui est responsable du renversement du gouvernement élu à Kiev en 2014, organisé (et financé) par – documents à l’appui – Washington. La campagne de terreur qui a suivi, déclenchée par les milices fascistes contre la population russophone de l’Ukraine était le résultat de « l’agression » de Poutine. Prévenir que la Crimée de devienne une base de missiles de l’OTAN et protéger la population majoritairement russe qui s’était prononcée par référendum pour son intégration à la Russie – à la suite de quoi la Crimée fut annexée – étaient autant d’exemples de « l’agression » de Poutine. La calomnie par les médias devient inévitablement une guerre par les médias. Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité.
Aux Etats-Unis, la campagne anti-Russe s’assimile à la réalité virtuelle. Paul Krugman du New York Times, un économiste lauréat du prix Nobel, a appelé Donald Trump le « candidat Sibérien » parce que Trump est l’homme de Poutine, dit-il. Trump a osé suggérer, dans un moment rare de lucidité, qu’une guerre avec la Russie pourrait être une mauvaise idée. En fait, il est allé plus loin et a retiré les livraisons d’armes US à l’Ukraine de son programme. « Ne serait-ce pas merveilleux si nous nous entendions avec la Russie, » a-t-il dit.
C’est pourquoi l’establishment libéral belliciste des Etats-Unis le déteste. Son racisme, sa démagogie et ses rodomontades n’ont rien à voir avec ça. En matière de racisme et d’extrémisme, Bill et Hillary Clinton n’ont rien à envier à Trump. (Cette semaine marque le 20e anniversaire de la « réforme de la protection sociale » de Clinton qui a été une guerre contre les Afro-Américains). Quant à Obama : tandis que les armes de la police US abattent ses frères afro-américains, le grand espoir de la Maison Blanche n’a rien fait pour les protéger, rien fait pour soulager leur misère, tout en menant quatre guerres rapaces et une campagne d’assassinat sans précédent.
La CIA a demandé que Trump ne soit pas élu. Des généraux du Pentagone ont demandé qu’il ne soit pas élu. Le pro-guerre du New York Times – pendant les pauses de leur campagnes anti-Poutine – demandent qu’il ne soit pas élu. Il y a quelque chose qui se mijote. Ces tribuns de la « guerre perpétuelle » sont terrifiés que le business de plusieurs milliards de dollars de la guerre par laquelle les Etats-Unis maintiennent leur domination serait compromis si Trump trouvait un accord avec Poutine, puis avec Xi Jinping de la Chine. Leur panique devant la possibilité d’une grande puissance parlant de paix dans le monde – ce qui est peu probable – serait une farce macabre si l’avenir n’était pas aussi sombre.
« Trump aurait aimé Staline ! » hurla le vice-président Joe Biden lors d’un rassemblement de soutien à Hillary Clinton. Avec Clinton hochant la tête, il a crié : « Nous ne nous inclinons jamais. Nous ne plions jamais. Nous ne nous agenouillons jamais. Nous ne cédons jamais. La victoire est à nous. Voilà qui nous sommes. Nous sommes l’Amérique ! »
En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn a également provoqué l’hystérie des faiseurs de guerre du Parti travailliste et d’un média qui se consacre à lui rentrer dedans. Lord West, ancien amiral et ministre du Travail, l’a bien formulé. Corbyn prenait une position anti-guerre « scandaleuse » « parce que cela lui attire le vote des masses irréfléchies ».
Lors d’un débat avec son challenger à la direction du parti, Owen Smith, le modérateur a demandé à Corbyn : « Comment réagiriez-vous en cas de violation par Vladimir Poutine d’un Etat-membre de l’Otan ? »
Corbyn a répondu : « Vous voudriez d’abord éviter que cela n’arrive. Vous établiriez un bon dialogue avec la Russie … Nous pourrions tenter une démilitarisation des frontières entre la Russie, l’Ukraine et les autres pays frontaliers de la Russie en l’Europe de l’Est. Ce que nous ne pouvons pas faire c’est de laisser une série d’accumulations de troupes calamiteuses de chaque côté, ce qui nous conduit inéluctablement vers un grand danger »
Pressé de dire s’il autoriserait la guerre contre la Russie « s’il le fallait », Corbyn a répondu : « Je ne veux pas faire la guerre – ce que je veux c’est parvenir à un monde où on n’aurait pas à faire la guerre ».
Poser une telle série de questions doit beaucoup à la montée des libéraux bellicistes en Grande-Bretagne. Depuis longtemps, le Parti travailliste et les médias leur ont offert des opportunités de carrière. Pendant un certain temps, le tsunami moral du grand crime commis contre l’Irak a provoqué un flottement, leurs contre-vérités flagrantes sont devenues un fardeau embarrassant mais passager. Indépendamment du rapport Chilcot et de la montagne de faits qui l’incriminent, Blair est toujours leur source d’inspiration, parce qu’il est un « gagnant ».
Le journalisme et enseignements dissidents ont depuis été systématiquement bannis ou accaparés, et les idées démocratiques vidées pour être remplacées par la « politique identitaire » qui confond genre et féminisme, l’angoisse de la société et libération, et qui ignore volontairement la violence d’Etat et le mercantilisme des armes qui détruisent d’innombrables vies dans des pays lointains, comme le Yémen et la Syrie, et qui invitent la guerre nucléaire en Europe et à travers le monde.
La mobilisation de personnes de tous âges autour de la montée spectaculaire de Jeremy Corbyn peut constituer une certaine résistance. Il a passé sa vie à dénoncer les horreurs de la guerre. Le problème pour Corbyn et ses partisans est le Parti Travailliste. Aux Etats-Unis, le problème pour les milliers d’adeptes de Bernie Sanders est le Parti Démocrate, sans parler de l’ultime trahison de leur grand espoir [son ralliement en rase-campagne à H. Clinton – NdT].
Aux Etats-Unis, pays des grands mouvements pour les droits civiques et contre la guerre, ce sont les mouvements comme Black Lives Matter et CODEPINK qui constituent les graines d’une version moderne.
Seul un mouvement qui grossirait à chaque coin de rue, qui déborderait des frontières et qui n’abandonnerait pas pourrait arrêter les fauteurs de guerre. L’année prochaine, cela fera un siècle que Wilfred Owen a écrit ce qui suit. Chaque journaliste devrait le lire et le retenir.
Si vous entendiez, à chaque cahot, le sang
Qui gargouille et s’écoule de ces poumons empoisonnés,
Cancer obscène, tel le reflux amer de plaies
Infectes et incurables sur des langues innocentes,
Mon ami, vous mettriez moins de zèle à répéter
À des enfants en mal de gloire désespérée,
Le vieux mensonge : Dulce et decorum est
Pro patria mori.
(Traduction française par Georges Gernot)
John Pilger
Traduction “quand organiserons-nous un nouveau Nuremberg ?” par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles
Journaliste, cinéaste et auteur, John Pilger est l’un des deux journalistes à avoir remporté deux fois la plus haute distinction du journalisme britannique. Pour ses documentaires, il a remporté un Emmy, un British Academy Award, un BAFTA. Parmi de nombreux autres prix, il a remporté un Prix du meilleur documentaire du Royal Television Society. Son épopée de 1979 ,Cambodge année zéro, est classé par le British Film Institute comme l’un des dix documentaires les plus importants du 20e siècle.
Source : Le Grand Soir, John Pilger, 25-08-2016

12 réponses à La provocation d’une guerre nucléaire par les médias, par John Pilger

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AilleretLe 01 septembre 2016 à 02h04
« Si la guerre avec la Russie éclate, […] les journalistes en porteront une grande part de responsabilité. »
Un nom me vient à l’esprit : celui de Marc Crépin, correspondant de Radio-France à Moscou.
Le 2 mai 2014, il avait minimisé le massacre d’Odessa, simple « dérapage de la violence », en dissimulant qui avait mis le feu à l’immeuble des syndicats. Pire : interrogé sur France Info le 18 juillet 2014, au lendemain du drame du vol MH 17, il prétendait avec une joie non dissimulée que le chef des milices rebelles du Donbass s’était félicité d’avoir abattu l’appareil.
Pour ce qui est du bombardement de la RTS à Belgrade, le 23 avril 1999, j’ai retrouvé deux références intéressantes dans le petit livre de David Mathieu, Bombes et bobards (L’Age d’Homme, 2000, p. 69-70) :
« Les Alliés sont unanimes, la télévision serbe est une cible légitime » (JT de France 3)
« Il faut savoir que les bâtiments de la télévision serbe étaient un objectif stratégique » (Claire Chazal, sur TF 1)
Pour ces journalistes « alliés », les journalistes serbes n’étaient visiblement pas des confrères, mais des cibles légitimes. Alors, les journalistes russes opérant au Donbass ou ailleurs…