Entre le FN et Dieudonné, des liens en accordéon
Par Guillaume DAUDIN | AFP – il y a 5 minutes samedi 11 janvier 2014
AFP/AFP/Archives - Haine en 1997, idylle en 2007, distanciation en 2014: le Front national et Dieudonné entretiennent une relation complexe et fluctuante
Haine
en 1997, idylle en 2007, distanciation en 2014: le Front national et Dieudonné
entretiennent une relation complexe et fluctuante.
Dreux, Eure-et-Loir,
élections municipales de 1997. Face à la candidate frontiste Marie-France
Stirbois, Dieudonné résume sa candidature ainsi : "Le seul parti qui
m'inquiète et contre lequel je m'engage, c'est le FN". Dix ans plus tard,
Jean-Marie Le Pen est devenu parrain de Plume, la fille de l'humoriste.
Le patron du FN de
l'époque ne tarit alors plus d'éloges sur Dieudonné. Ainsi dit-il de lui, deux
jours après avoir assisté au fameux spectacle de la fin décembre 2008 où le
négationniste Robert Faurisson figurait en invité d'honneur : "Ce n'est
pas seulement un chansonnier de talent. C'est aussi un homme qui a du
coeur".
Car entre temps, les
spectacles de Dieudonné ont pris une tournure chaque fois plus politique avec
des critiques d'Israël et du sionisme qui se radicalisent. "Il a viré sa
cuti, si j'ose dire", commente pour l'AFP Bruno Gollnisch.
Mais en 2014, alors
que Jean-Marie Le Pen a laissé à sa fille Marine la présidence du FN, la
position vis-à-vis de Dieudonné est moins favorable. Marine Le Pen s'est dite
mardi "choquée" et "heurtée" par des propos de Dieudonné,
tout en cognant vendredi contre la "censure" dont il serait victime
et "l'hystérisation du débat organisé par Manuel Valls".
"Il a dit
beaucoup de mal de moi à de multiples reprises. Du jour où il a fait sa
"liste antisioniste" (ndlr: aux européennes de 2009), j'ai compris
qu'il avait des ambitions politiques. Et son discours communautariste est
radicalement à l'opposé de celui du Front", assure-t-elle à l'AFP.
Louis Aliot,
vice-président du FN, fait un même distinguo : "Ceux qui fréquentent les
spectacles de Dieudonné ne correspondent pas au canon de l'électeur moyen du
FN".
"L'amitié"
du "Menhir" pour Dieudonné, quant à elle, est qualifiée de
personnelle.
"L'antisionisme
de Dieudonné est loin des conceptions de Marine Le Pen", estime Nicolas
Lebourg, historien spécialiste de l'extrême droite interrogé par l'AFP.
"Les électeurs du FN sont-ils antisémites ? Non", assure aussi le
vice-président du parti Florian Philippot. Certains sont-ils antisionistes ?
"Peut-être, chacun pense ce qu'il veut", relativise-t-il.
"Quenelle"
de Gollnisch et Le Pen
Pourtant, il reste au
sein du FN un "certain nombre de proximités avec Dieudonné mais aussi avec
toute la galaxie qui l'entoure", déclarait mardi sur France Culture Joël
Gombin, doctorant spécialiste du FN. Nombre de jeunes militants y
"partagent" notamment "les idées d'Alain Soral", ex-membre
du comité central du FN et vieux compagnon de route de Dieudonné, estime aussi
Nicolas Lebourg.
Dans une partie du FN,
il y a notamment "tout un discours "républicain" sous influence
soralienne, pour pointer le poids d'un certain communautarisme", d'après
lui.
Dénonciation d'un
communautarisme qu'on retrouve aussi dans la bouche de Jean-Marie Le Pen et
Bruno Gollnisch, souriants en train de faire une "quenelle" chère à
Dieudonné sur une photo prise début octobre.
Dans une vidéo début
janvier, Jean-Marie Le Pen assure que lorsque le ministre de l'Intérieur dans
sa circulaire "évoque la notion de troubles à l'ordre public, c'est
probablement parce qu'il a déjà préparé des agressions des séances
humoristiques de Dieudonné avec des petites bandes: les "jeunesses
israéliennes" (...) ou la "défense juive"".
Le député européen
Bruno Gollnisch s'insurge lui contre une "manoeuvre" : "Tout à
coup", après une interview du président du Crif Roger Cukierman le 16
décembre, "tout le pouvoir médiatique, politique, judiciaire, financier,
fiscal s'est mis en tête : "A mort Dieudonné !"".
"Le FN est un peu
mal à l'aise dans cette affaire", résume Joël Gombin. "Soutenir
Dieudonné" est difficile, "c'est mettre en cause la
"dédiabolisation" engagée par Marine Le Pen. Mais dans ses rangs
nombreux son "sensibles" à son discours.
Cette contradiction
explique la "position assez minimaliste" du parti sur le sujet. Tout
en faisant mine de voir dans cette polémique la main du gouvernement pour s'en
prendre au parti de Marine Le Pen.