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jeudi 29 novembre 2012


Rue89



Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89


Mélenchon : « Je suis prêt à être Premier ministre »







« C’est pas de la drague, c’est de la cohérence intellectuelle. » Le leader du Front de Gauche s’appuie sur l’écologie pour « proposer une majorité alternative de gauche ».


Jean-Luc Mélenchon, durant une interview à Paris, le 25 septembre 2012 (V. WARTNER/20 MINUTES/SIPA)
Jean-Luc Mélenchon portait des idées rouges. Le revoici avec un discours très vert. Après les « morts » successives du communisme d’Etat et de la social-démocratie, il propose de refonder la doctrine socialiste dans l’écologie politique. Le résultat est baptisé « écosocialisme » et des assises lui seront consacrées samedi 1er décembre.
Cet « écosocialisme » est une tentative de modernisation idéologique. C’est aussi un pari stratégique, qui devrait, Mélenchon l’espère, lui permettre de rallier derrière lui une grande partie du mouvement écologiste et constituer « une majorité alternative à gauche ».
Convaincu que la crise joue en sa faveur, le coprésident du Parti de Gauche annonce le « blocage » du pays. Et fait une offre de services à François Hollande : « Je suis prêt à être Premier ministre. »
  1.  « Le capitalisme ne peut pas être vert »
  2. « Quelque part, quelque chose va se bloquer »
Rue89 : Vous revoici en chantre de « l’écosocialisme ». En quoi est-ce différent de la « social-écologie » défendue par le PS ?
Jean-Luc Mélenchon : Heureux d’apprendre que le PS défend une idée ! Mais quand vous parlez de social-écologie, vous envisagez une écologie avec le souci du social. Ou bien du social avec une sensibilité écologiste. Ça reste en surface, sans toucher au fond du système. L’écosocialisme, c’est le socialisme. C’est la nouvelle définition de la démarche socialiste.
Les deux grands modèles d’organisation de la pensée et de l’action socialiste se sont effondrés. Le premier, le communisme d’Etat, avec un fracas dont on entend encore l’écho. Le second, la social-démocratie, beaucoup plus suavement, si bien que beaucoup de gens croient que ce n’est toujours pas fini. Pour faire de la social-démocratie, il faut un lien organique entre le parti et le syndicat et construire l’Etat social. Or aucun des partis dits sociaux-démocrates de l’Europe du Nord n’a plus de lien privilégié avec les syndicats. Et non seulement ils ne construisent pas l’Etat social mais ils le détruisent. La capitulation devant la finance de Papandréou en Grèce a terminé le cycle social-démocrate.
Cette machine-là est morte, c’est un astre mort, une configuration électorale qui tient par la peinture et les oripeaux qui vont avec mais qui n’a plus de contenu ni subversif ni émancipateur.
La « démarche socialiste », comme vous dites, n’a jamais brillé par son souci écologiste...
Le communisme ayant commencé, pour la première fois dans l’histoire, à s’appliquer dans un pays sous-développé, la dimension du développement des forces productives a fini par occuper tout l’espace, au point qu’on a confondu le socialisme avec le développement des forces productives sans aucun regard critique sur le contenu, ni ce qu’on produisait, ni comment on le produisait, ni à quel prix pour le métabolisme homme-nature.
Quant à la social-démocratie, elle a une incapacité radicale à être écologiste puisque elle se donne comme objectif de partager les fruits de la croissance. Non seulement elle ne compte pas toucher au cœur du gâteau principal mais comme elle propose de partager ce qui va venir, elle ne peut rien faire sans croissance permanente et infinie. Or l’écosystème est limité.
En fait, le rapport de l’homme à la nature était un impensé du socialisme. Pourtant on avait toutes sortes de matériaux pour y réfléchir.
A quoi pensez-vous ?
Au marxisme ! Ça a d’ailleurs été un moment de mon parcours intellectuel assez excitant quand je me suis replongé dans Marx. D’autres l’avaient fait avant moi mais je n’avais pas suivi leurs travaux.
J’essayais de me rappeler comment Marx posait les rapport de l’homme et la nature. Je ne me rappelais que d’une expression : il définissait la nature comme « le corps inorganique de l’homme ».
Grâce aux merveilles des moteurs de recherche, je suis retombé pile sur le texte où Marx décrit longuement le fait que l’homme et la nature constituent une seule et même entité vis-à-vis de laquelle le capitalisme exerce le même effet d’épuisement.
L’écosocialisme n’est rien d’autre que la doctrine du mouvement socialiste refondée dans le paradigme de l’écologie politique.
La grande différence avec le passé, c’est qu’on va s’intéresser au contenu : ce qu’on produit, pourquoi on le produit, comment on le produit.
Comment prend-on ces décisions ?
Avec la « règle verte ». Une règle toute simple : ne jamais s’avancer dans la voie où on dépense plus que ce qui peut se reconstituer. Une dette souveraine ou privée sont de simples jeux d’écriture. La dette écologique, elle, a une réalité objective.
Ce cheminement intellectuel, vous l’avez commencé quand ? Vous venez d’un univers productiviste, nucléophile...
Oui, ce qu’on appelait autrefois la première gauche. Mon cheminement a commencé avec le nucléaire. Avec Tchernobyl. Bien sûr, il y avait eu Three Mile Island, mais pour moi, ça restait un peu théorique. Tchernobyl, c’est une secousse majeure. Comme je suis élu de la région parisienne, à l’époque, je pose une question sur la centrale de Nogent. Puis je demande à y aller. Je suis très bien reçu. Et je prends conscience de la fragilité de tout ça. Le mur de mes certitudes s’ébranle.
Pour moi, jusque-là, ça fonctionnait, c’était contrôlé. Je n’avais même pas compris comment marchait une centrale. Comme beaucoup de gens, je croyais que le gros machin qui fume, c’était l’essentiel de la centrale. Je ne m’y étais pas intéressé.
Je me rapproche d’écologistes, je lis des documents que je voulais pas lire, et, une chose en entraînant une autre, je prends conscience de la crise écologique. Mais toujours sous un angle conquérant et progressiste.
C’est-à-dire ?
Le volontarisme du socialisme est intact en moi. Je prends tout ça comme un défi intellectuel et technique : si on ne fait pas de nucléaire, qu’est-ce qu’on fait, comment ? J’ai une prédilection pour les techniques les plus rustiques, celles qu’on va le plus facilement pouvoir mettre en partage dans l’humanité universelle : une centrale de géothermie profonde, c’est un trou dans la terre. Alors que le nucléaire suppose un niveau de sophistication monstrueux...
Vous croyez vraiment que vos amis communistes vont se laisser verdir ?
La chance qu’on a eu, quand on a créé le Parti de Gauche, c’est qu’on recommençait un parti. Venaient là ceux qui s’y reconnaissaient. Donc on a pu prendre un parti-pris écologiste dès le début. Le plus gros défi pour nous, c’était de pas faire, à l’ancienne, une couche de socialisme, une couche d’écologie, une couche de République et je recommence.
Ce n’était pas seulement un travail pour se verdir, comme vous dites. Ceux d’entre nous qui venions du rameau socialiste et républicain devions nous écologiser ; ceux qui étaient écolos devaient se républicaniser.
Il a fallu mettre à distance les caricatures : la République, c’est pas que la colonisation et l’armée ; les écolos ne sont pas forcément des gens qui s’éclairent à la bougie et refusent le progrès.
Ma question portait sur vos alliés communistes...
La position communiste est complètement étalée entre les deux bornes du possible en matière d’écologie politique : un fondamentalisme assez radical à un bout, une indifférence crasse à l’autre. Cependant, collectivement, il y a une prise de conscience que c’est un ressourcement de l’idéal communiste, de bien commun de l’humanité. Regardez comme on a réglé la question du nucléaire...
Vous avez renvoyé tout ça à un grand débat national comme l’aurait fait François Hollande.
Non ! Non ! Non ! On s’est d’abord mis d’accord sur la nécessité de sortir des énergies carbonées. Est-ce que vous vous rendez compte ? Tout ce qui nous entoure fonctionne avec des énergies carbonées. Ça veut aussi dire pas de gaz de schiste.
Sur le nucléaire, tout le monde est divisé. L’avenir désirable, c’est convaincre que nous avons raison de vouloir sortir du nucléaire. Comment savoir si nous y sommes parvenus ? Par le vote. D’où l’idée d’un référendum. Ça n’a rien à voir avec le fait de botter en touche dans un grand débat national.
En termes stratégiques, est-ce que vous posez ce thème sur la table aussi pour draguer les Verts ?
N’importe quelle position est destinée à convaincre et à attirer. Mais pas de manière fallacieuse. Le fondamental de notre adhésion au paradigme de l’écologie politique, c’est pas la drague, c’est la cohérence intellectuelle.
Comment veut-on être pour l’émancipation de l’humanité et considérer, entre autres fadaises des sociaux-libéraux :
  • que le changement climatique n’est pas le sujet majeur ;
  • que le nucléaire, on verra une autre fois ;
  • que les modes de production et de consommation, tout ça est bien dommage mais c’est la liberté individuelle ;
  • sans oublier la politique de l’offre désormais défendue par le chef de l’Etat.
Qu’avez-vous contre la politique de l’offre ?
On ne peut pas être de gauche et défendre une politique de l’offre. C’est-à-dire produire n’importe quoi, n’importe comment, du moment qu’on en vend à tout le monde parce qu’ils ont adopté l’idée que le vrai moteur de l’économie, c’est d’exporter.
J’ai eu de longues discussions sur ce sujet avec des camarades au Venezuela ou en Uruguay qui s’étonnaient de mes positions. A quoi ça leur sert de redistribuer la richesse si c’est pour copier le mode de vie des Américains. C’est faire avancer l’idéal d’émancipation humaine ou étendre le champ de la frustration ? Il y a de moins en moins de pauvres là-bas, mais baladez-vous dans les rues : tout le monde a des appareils dentaires à 40 ans, se fait refaire les seins et achète des bagnoles grosses comme des tanks pour se déplacer dans des rues qui ne sont pas faites pour ça.
Tout ça pour vous dire que nous, les partisans de la politique de la demande, ne pouvons pas passer à côté du débat sur le contenu de ce que nous produisons. Dans la vision matérialiste de l’analyse du réel, chaque chose a une valeur d’échange et une valeur d’usage. Les socialistes sont concentrés sur la valeur d’échange, nous sommes concentrés sur la valeur d’usage. Ce sont des concepts de base du marxisme. Ceux qui les utilisent ne sont peut-être pas au courant... Vous me direz, on trouve aussi ça chez Saint Augustin, alors chacun peut en faire son miel.
Vous avez évoqué vos amis latino-américains. Qu’avez-vous appris d’eux quand vous êtes allé à leur rencontre ces derniers mois ?
Pour moi la principale source d’enseignement de l’Amérique latine, c’est la gestion de la conflictualité et son utilisation comme méthode de gouvernement dans un cadre démocratique.
Mais sur le plan écologique, ça n’a pas été un lieu de grandes révélations. Ou plutôt : j’ai vu qu’il peut en coûter très cher de ne pas avoir pris le temps de mener une réflexion écolo assez approfondie.
On a un exemple d’immaturité écologique au Venezuela : ça m’ennuie de le dire mais c’est la vérité. En Bolivie, on est plus dans les rapports de force, c’est toute l’histoire de la Pachamama, à laquelle je n’adhère pas du tout. Quant aux Argentins, ils me font l’effet, comme les Uruguayens, dans le meilleurs des cas, d’être indifférents.
C’est certainement les Equatoriens qui ont été le plus loin dans une vision militante de l’écologie politique. Ils ont quand même inventé le dossier Yasuni ITT – cette volonté de ne pas exploiter de pétrole et demander une partie de la valeur de ce pétrole à la communauté internationale comme contribution à la non-émission de gaz à effet de serre.
C’est une idée que je trouve plus performante que les droits à polluer, une escroquerie qui n’a produit qu’une seule chose : un marché de spéculation et plusieurs désastres industriels. C’est la fumée du prétendu capitalisme vert. Or le capitalisme ne peut pas être vert. Jamais.

Plan Gallois : chronique d’un gâchis assuré ! par Jean-Luc Mélenchon

De quoi Pascale est-elle le nom ?

A lire sur le blog de Jean-Luc Mélenchon :http://www.jean-luc-melenchon.fr

 Plan Gallois : chronique d’un gâchis assuré !

Hollande et Ayrault ont décidé de faire un cadeau de 20 milliards d'euros au patronat et aux 

actionnaires. 
Pour que vous ayez une idée, ces 20 milliards d'euros de "crédit d'impôt compétitivité emploi" 
correspondent à plus de la moitié des recettes d'impôts sur les sociétés, l'impôt sur les bénéfices
 payé chaque année par les entreprises. En 2011, l'impôt sur les sociétés a rapporté 39 milliards 
d'euros. Cette exonération d'impôt s'ajoutera aux 28 milliards d'euros d'exonération de cotisations 
sociales déjà accordés chaque année aux entreprises sans contrepartie.
La compétitivité est un prétexte. J’ai dit que je ne lâcherai pas l’argumentation contre le plan
 Gallois et sa déclinaison en mesures gouvernementales. J'y reviens. Le nouveau crédit d'impôt ne
 défend pas la compétitivité mais la profitabilité des entreprises. L'argument de la compétitivité 
ne tient pas puisque le crédit d'impôt concernera "toutes les entreprises" comme l'a dit Ayrault 
lui-même. Il ne bénéficiera donc pas seulement aux entreprises qui sont confrontées à 
la concurrence internationale ou qui exportent. Ce point est dorénavant totalement avéré. 
L’institut patronal Rexecode lui-même en convient. Dans une note d'analyse du crédit d'impôt 
compétitivité emploi, Rexecode conclut que "les secteurs pour lesquels le Crédit d'impôt 
compétitivité emploi aurait l’impact le plus élevé en termes de réduction du coût salarial
 seraient les services aux particuliers puis le commerce et la construction". Rien avoir avec 
l’industrie, prétexte du départ !
De plus, il s'agit de trois secteurs qui dépendent quasi-uniquement de 
la consommation intérieure. 
Selon les calculs de ce centre d'études patronal, le "coût" du travail serait réduit de 4% dans les
 services aux particuliers et de 3,3% dans le commerce et la construction alors qu'il ne serait
 réduit que de 2,4% dans l'industrie ! De son côté, la banque Natixis arrive aux mêmes conclusions.
 Elle a calculé que les quatre plus gros bénéficiaires du crédit d'impôt Ayrault seraient dans l'ordre:
  GDF, EDF, Vinci et Carrefour.
 Là encore, ce sont des entreprises exerçant des activités non-délocalisables, notamment dans 
la construction et le commerce pour les deux dernières. On retrouve les mêmes secteurs que dans
 l'analyse de Rexecode. Selon Natixis, au total, ces quatre entreprises gagneraient à elles-seules 
au moins 386 millions d'euros ! Je dis "au moins" car les détails de calcul du crédit d'impôt ne
 sont pas tous connus. Ça pourrait donc être plus !
Ce projet est finalement très mal ficelé.
 Du moins quand on fait le crédit de croire que le gouvernement est de bonne foi. C’est le cas 
du député PS Christian Eckert, rapporteur de la commission des finances, pourtant favorable au 
crédit d'impôt. Il a listé plusieurs points très problématiques. Lui aussi relève que "le futur 
CICE embrasse beaucoup de cibles : environ 20% des 20 Milliards du CICE iront à l'industrie. 
C'est peu pour doper la compétitivité". Il relève que "certains secteurs économiques sont 
oubliés : le secteur associatif et le champ de l'économie sociale et solidaire pourraient ne pas
 être éligible. Une vraie difficulté en terme d'équité, surtout pour un secteur cher à la gauche".
 Il pointe aussi un danger majeur pour l'hôpital public : "le CICE pourra amplifier des 
différences dans des secteurs sensibles : l'exemple du secteur médical est emblématique. Les 
cliniques privées toucheraient le CICE. L'Hôpital public ou associatif n'en bénéficierait pas. C'est 
inacceptable" écrit ce député PS. Enfin, lui aussi relève l'absence de contrepartie : "le CICE pourra 
servir à tout : certes pour investir, embaucher, former des salariés, développer la recherche ou
 l'exportation. Mais aussi pour augmenter certaines rémunérations excessives ou des dividendes
 pas toujours décents".
Ce plan est une gabegie d'argent public. 
Ce crédit d'impôt Ayrault va fonctionner comme une prime aux licencieurs. Carrefour serait 
le quatrième bénéficiaire du crédit d'impôt avec 75 millions d'euros gagné chaque année. Pourtant,
 le 12 octobre dernier, le groupe a annoncé 533 suppressions d'emplois. Après Carrefour,
 le cinquième bénéficiaire serait PSA-Peugeot-Citroën avec un gain de 72 millions d'euros annuel.
 Le groupe a annoncé le 12 juillet dernier, 8 000 suppressions d'emplois et la fermeture de l'usine 
d'Aulnay. Ce scandale met en lumière l'absence totale de contreparties exigées des entreprises 
pour bénéficier du crédit d'impôt. En effet, le gouvernement entend seulement introduire 
"au moins deux représentants des salariés au sein du conseil d'administration ou de 
surveillance comme membres délibérants dans les grandes entreprises". Le rapport Gallois 
propose d'appliquer cette mesure dans les entreprises de plus de 5000 salariés. Cela ne
 concernerait donc qu'une centaine d'entreprises. Et bien sûr, dans les conseils d'administration,
 les salariés seront toujours minoritaires : ils ne pourront jamais empêcher une décision.
 La deuxième "contrepartie" serait d'obliger les employeurs à présenter à leur comité d'entreprise 
un rapport sur "l'utilisation des marges ainsi créées par ce crédit d'impôt pour investir ou
 embaucher". Seules les entreprises de plus de 50 salariés sont concernées puisque les autres
 n'ont pas de comité d'entreprise. Au total, cela ne concernera que 31 000 entreprises sur 
les 2,6 millions existantes. Et là encore, les comités d'entreprise seront seulement informés. Ils
 n'auront pas de nouveaux pouvoirs. Enfin, le gouvernement entend instaurer au niveau national
 "un comité de suivi avec les partenaires sociaux chargé de dresser à intervalle régulier un constat
 partagé sur le bon fonctionnement du dispositif". Là encore, il n'y aucune contrainte pour le 
patronat sur l'utilisation de l'argent. Au final, les salariés et les syndicats n'auront aucun pouvoir 
de contrôle et encore moins de décision sur l'utilisation de l'argent donné aux entreprises. 
Aucune contrepartie n'est demandée en termes de création d'emplois, de lutte contre la précarité, 
de formation professionnelle, d'investissement productif.
Au-delà de ces effets d'aubaine incroyables, le crédit d'impôt Ayrault reflète une très 
mauvaise gestion de l'argent public. En effet, Ayrault espère la création de 300 000 emplois
 grâce à ce dispositif. Ce chiffre parait très fantaisiste. Mais j'accepte de partir de l'hypothèse 
de Jean-Marc Ayrault. Si 300 000 emplois sont effectivement créés par ce crédit d'impôt de
 20 milliards d'euros, cela signifie qu'un emploi coûtera 67 000 euros d'argent public ! 
C'est 50% de plus qu'un emploi de professeur payé sur une année. Il y a donc une possibilité
 de créer plus d'emplois avec autant d'argent.
L'objectif de Ayrault n’est pas crédible. Nous avons au contraire de bonnes raisons de 
croire que ce "pacte de compétitivité" va aggraver la crise. En effet, pour financer ce cadeau
 aux patrons, le "pacte de compétitivité" prévoit 10 milliards de baisses des dépenses publiques 
et 10 milliards de hausses d'impôts. Les 10 milliards de baisses des dépenses publiques vont
 s'ajouter aux 50 milliards d'euros de baisses déjà prévues dans la loi de programmation budgétaire
 2012-2017. Au total, Hollande et Ayrault entendent retirer 60 milliards d'euros des budgets
 publics et sociaux d'ici 2017. C'est très injuste : ce sont des services publics et de la 
protection sociale en moins. Mais en plus, cela va aggraver la récession. Les baisses de 
dépenses publiques aggravent la crise en contractant l'activité. Ce cercle vicieux est à 
l'œuvre en Grèce, Espagne, Portugal etc. Le FMI et l'OFCE estiment que le retrait d'un euro 
des dépenses publiques peut entrainer un recul de l'activité allant jusqu'à 1,60 euro.
 C'est-à-dire que la contraction de l'activité est supérieure à l'économie espérée au départ.
 Les soixante milliards d'euros que Hollande veut "économiser" en cinq ans dans les budgets
 publics et sociaux pourraient donc se traduire par un recul de l'activité de l'ordre de 100 milliards 
d'euros !
Et c'est sans compter la chute de la consommation populaire que va produire
 la hausse de la TVA. 
C'est là, une deuxième bêtise de ce pauvre Ayrault. La TVA est l'impôt le plus injuste. Les 10% 
des ménages les plus pauvres consacrent 8,1% de leur revenu à la TVA contre seulement 3,4% 
pour les 10% les plus riches. En effet, les ménages les plus pauvres consomment tout leur 
revenu. Ils payent donc la TVA sur 100% de leur revenu. Alors que les ménages les plus riches 
ne consomment pas la totalité de leur revenu, ils en épargnent une grande partie. La part de
 TVA est donc moins grande. Pour présenter la hausse de la TVA comme "juste", le gouvernement
 baisse le taux réduit de 5,5% à 5% pendant que le taux intermédiaire passera de 7% à 10% et
 le taux normal de 19,6% à 20%. Mais cela ne trompe personne. La baisse du taux réduit ne 
devrait coûter que moins d'un milliard d'euros en perte de recettes pour l'Etat. Pendant ce temps,
 la hausse des taux intermédiaire et normal devrait rapporter plus de 7 milliards d'euros. Au total,
 les ménages, c'est-à-dire le peuple, payeront près de 7 milliards d'euros de TVA en plus !
Et ce n'est pas fini, le patronat gagne une deuxième fois. 
Les économistes s'accordent sur deux points. Premièrement, les petites baisses de TVA 
ne sont jamais répercutées pleinement sur les prix par les entreprises. Deuxièmement, les hausses
 de TVA sont systématiquement répercutées sur les prix par les entreprises. La combinaison 
des deux signifie que le grand gagnant de la hausse de la TVA sera encore le patronat. Il ne 
répercutera pas totalement la baisse de TVA sur les produits de première nécessité.
 Mais il répercutera totalement la hausse des deux autres taux de TVA. Dans les deux cas, les 
entreprises vont donc augmenter leur marge et donc le bénéfice reversé à leurs
 actionnaires-propriétaires.

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La face brutale du capitalisme mondial


Un article  du :http://www.wsws.org/fr

La face brutale du capitalisme mondial

Par Peter Symonds 
29 novembre 2012
Le pire incendie d'usine de l'histoire du Bangladesh, qui s'est déclaré dans la nuit de samedi dans la zone industrielle d'Ashulia, expose les rouages abjects du capitalisme mondial.
Au moins 112 travailleurs sont morts dans l'incendie, soit par suffocation et brûlures, soit en sautant du bâtiment de huit étages en tentant désespérément de s'enfuir. L'incendie, qui a commencé au rez-de-chaussée, là où les tissus et les pelotes de fils inflammables étaient stockés, a bloqué les escaliers. Toutes les autres sorties étaient fermées à clef.
Des photographies du bâtiment calciné de l'entreprise Tazreen Fashions montrent des alignements d'espaces de travail incinérés où des centaines de travailleurs produisaient des vêtements pour les grandes entreprises européennes et américaines, dont les chaînes Walmart et C&A. Le manque de mesures de protection élémentaires contre les incendies allait de pair avec des temps de travail très longs, de mauvaises conditions, et un salaire de misère. Les survivants ont expliqué qu'ils n'avaient touché ni leurs salaires ni les primes prévues depuis trois mois.
Immédiatement après l'incendie, une manœuvre bien huilée a démarré à tous les niveaux pour camoufler la réalité. Le gouvernement, les autorités locales comme nationales, et les groupements d'employeurs ont versé quelques larmes de crocodile sur les morts, annoncé des enquêtes bidon et promis de maigres sommes en compensation aux familles des victimes. Tout cela vise à faire taire les critiques et à prévenir les troubles jusqu'à ce que le sujet ne fasse plus la une des journaux.
Dans le même temps, la police, les soldats et le Bataillon d'action rapide (BAR) très connu dans le pays, ont été déployés contre les familles éplorées et en colère sur les lieux de l'incendie et contre des manifestations de travailleurs qui ont éclaté lundi. Pour justifier l'accumulation des forces de sécurité dans la zone industrielle, le Premier ministre cheikh Hasina Wajed a déclaré au Parlement, sans en rapporter la moindre preuve, que l'incendie avait été « pré-arrangé » - c'est-à-dire, un acte de sabotage, - pour déstabiliser le gouvernement.
Toutes les grandes entreprises multinationales qui se fournissent au Bangladesh ont cherché à prendre leurs distances par rapport à cette tragédie. PVH, Nike, Gap, American Eagle, Outfitters et le français Carrefour ont publié des déclarations affirmant que leurs produits n'étaient pas fabriqués à l'usine textile Tazreen. Après que des étiquettes à sa marque ont été trouvées sur les lieux, Walmart a reporté la faute sur un fournisseur qui a sous-traité le travail à cette usine, prétendument sans son autorisation.
Dans des pays comme le Bangladesh, les multinationales, travaillant avec les syndicats et les organisations non gouvernementales, ont établi divers systèmes d'inspection pour la sécurité et les conditions de travail. Ces audits censés être indépendants sont une manœuvre de diversion pour protéger les noms des marques et les profits, ainsi que pour éviter toute responsabilité juridique. La chaîne de magasins européenne C&A, qui avait commandé des sweat-shirts à Tazreen Fashions, a reconnu que ses audits prétendument obligatoires n'avaient tout simplement pas été faits.
Aucune de ces grandes compagnies ne commet ce genre d'erreur quand il est question de passer en revue les quantités produites, la qualité et le coût des objets produits dans les usines de misère du Bangladesh. Elles savent toutes très bien que l'amélioration des conditions de travail, des mesures de sécurité et des salaires de misère ne feraient qu'augmenter le prix, et par conséquent elles ferment les yeux.
Les conditions de travail à Tazreen Fashions n'étaient pas une exception, mais la règle. L'incendie de samedi n'était que le pire des incendies qui ont coûté au moins 500 vies depuis 2006. L'industrie textile au Bangladesh s'est développée au cours des trente dernières années pour devenir la deuxième du monde, après la Chine, précisément parce que ses salaires sont les plus bas de toutes les plateformes de travail à bas coût.
Un commentaire dans le Financial Express du Bangladesh hier détaillait les conditions abominables dans le secteur du textile : « Seuls quelques propriétaires d'usines textiles payent les salaires mensuels et les heures supplémentaires à leurs ouvriers le jour dû […] Dans la plupart des usines, les propriétaires gardent délibérément au moins deux mois de salaires et d'heures supplémentaires en arriérés. La direction embauche et licencie les travailleurs au hasard et ceux qui sont renvoyés, dans la plupart des cas, ne touchent pas leur dû. De plus, en l'absence de jour de repos hebdomadaire, les travailleurs, leurs familles et leurs enfants sont tous sévèrement affectés mentalement et physiquement.
« La plupart des usines textiles du Bangladesh n'ont pas de mesures de sécurité élémentaires, pas même le nombre requis d'extincteurs. 227 usines rien qu'à Dhaka n'ont pas de sortie de secours. La plupart des usines ne font pas l'exercice d'évacuation mensuel obligatoire […] D'après les enquêtes nationales sur le travail, il n'y a que cinq inspecteurs pour toute cette industrie, soit autant que dans les années 1970, quand elle avait commencé à se développer. »
Après avoir décrit cette exploitation capitaliste d'une manière dévastatrice, ce journal du monde des affaires se contente de conclure par un appel futile aux employeurs et au gouvernement pour qu'ils « réparent notre secteur vestimentaire. » Cependant, la préoccupation du gouvernement, des employeurs comme des grandes entreprises, avec le soutien des syndicats, est de défléchir les critiques et la colère du public pour s'assurer que les usines restent ouvertes et que les profits de 19 milliards d'euros par an à l'export continuent à affluer.
Les entreprises du Bangladesh sont en compétition à couteaux tirés avec leurs rivaux des autres pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine pour les commandes et les bénéfices. Les conditions de travail et les mesures de sécurité imposées aux travailleurs de ces pays ne sont pas différentes de celles du Bengladesh.
En septembre, le pire incendie d'usine a eu lieu à Ali Enterprises, au Pakistan, faisant près de 300 morts, surpassant les 188 décès d'une usine de jouets en Thaïlande en 1993. L'histoire dans ces deux cas était la même : pas de sorties de secours, escaliers bloqués et portes fermées à clef, et aucune mesure anti-incendie en place, forçant les travailleurs à sauter par la fenêtre, parfois en se tuant ainsi. Une fois que la colère populaire s'était calmée, tout avait repris comme avant.
Loin d'améliorer les conditions et la sécurité, la crise économique mondiale impose aux entreprises de négliger ces points et de faire peser des fardeaux supplémentaires sur les travailleurs tandis que les entreprises luttent pour rester dans la compétition. Les salaires et les conditions de travail dans les économies dites en développement deviennent la norme pour les pays capitalistes avancés. Il y a déjà eu une érosion massive du niveau de vie dans les pays au cœur de la crise de la dette européenne – Grèce, Espagne, Portugal, et Italie.
Les tragédies du type de celle de l'usine Tazreen Fashions ne vont pas être arrêtées par des appels au gouvernement et aux entreprises multinationales. La seule voie pour mettre fin à de tels crimes est par la lutte unifiée des travailleurs du monde pour mettre fin au système d'exploitation barbare et réorganiser la société sur la base d'une économie mondiale socialiste planifiée. C'est la perspective révolutionnaire pour laquelle le Comité international de la Quatrième Internationale est le seul à lutter.
(Article original paru le 28 novembre 2012)

L’INSEE montre comment le manque de revenu et d’instruction enfonce des ménages dans une pauvreté irréversible


L’INSEE montre comment le manque de revenu et d’instruction enfonce des ménages dans une pauvreté irréversible

L’INSEE (institut national de la statistique) a publié hier l’édition 2012 de son portrait social de la France. À travers trois dossiers, l’Institut montre que la faiblesse des revenus et du niveau d’instruction plonge une partie importante de la population dans la pauvreté et l’y maintient.
Le premier, étudie le lien entre patrimoine (avoirs accumulés pour disposer de ressources futures ) et niveau de vie ( revenu disponible du ménage divisé par le nombre de personnes). Un niveau de vie élevé influe sur les capacités d’épargner, d’élargir un patrimoine. Les écarts se creusent entre les Français (5 %) cumulant plus de 550 000 euros de patrimoine et de 35 000 euros de niveau de vie et ceux (3 % ) ayant moins de 3 000 euros de patrimoine et de 10 400 euros de niveau de vie (environ 870 euros par mois).
Un an de chômage, c’est une baisse de 4 % de patrimoine. Plus d’un quart des ménages pauvres perdent toute autonomie financière au bout d’un mois à la suite d’une perte totale de revenus.
Le deuxième dossier analyse les conséquences de la vie en couple et du niveau d’instruction sur le niveau de vie. Olivier Lefebvre prouve le rôle joué par le milieu social sur les inégalités dans l’accès aux diplômes et leurs conséquences.
Le troisième dossier est consacré au travail. En France, 3,3 millions de salariés, souvent à temps partiel, déclarent vouloir travailler plus pour gagner plus mais la hausse de travail, lorsqu’elle a lieu, reste insuffisante (en durée et en volume).

mercredi 28 novembre 2012

Jean-Luc Mélenchon Invité de la matinale « Bourdin direct » sur RMC et BFM-tv

Invité de la matinale « Bourdin direct » sur RMC et BFM-tv

à voir et écouter sur le blog de Jean-Luc Mélenchon :http://www.jean-luc-melenchon.fr

v 1227
Nationalisation d'Arcelor-Mittal, Notre-Dame des Landes, politique d'austérité en Europe

Invité de la matinale « Bourdin direct » 

sur RMC et BFM-tv

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Mardi 27 novembre 2012, Jean-Luc Mélenchon était l'invité de la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur BFM-tv et RMC. Il y a notamment réagi au projet de nationalisation d'Arcelor-Mittal suite à la menace de fermeture du site de Florange. Il a rappelé que les 22 000 salariés d'Arcelor peuvent faire de l'acier sans Mittal mais que Mittal ne peut pas en faire sans eux.

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