La crise entre les Etats-Unis et l'Iran dévoile un changement majeur dans la manière de conduire les rapports diplomatiques. Ce ne sont plus les règles internationales ni les diplomates qui prévalent - mais la communication directe des dirigeants via les réseaux sociaux et l'envoi d'émissaires spéciaux. Un retour aux relations féodales sans la garantie de la parole donnée qui faisait loi jadis. La crise actuelle dans le golfe Persique dépasse la simple confrontation entre Washington et Téhéran. C'est le symptôme d'une transformation profonde des relations entre États – un monde qualifié régulièrement de plus « chaotique » et de plus « brutal ». En fait, c'est la fin d'une ère où la diplomatie imposait des canaux institutionnels pour communiquer, des procédures comme autant de balises pour passer d'un état de guerre à un état de paix et vice et versa... Le style de Donald Trump, à la tête de la première puissance mondiale, est évidemment central : il communique abondamment via les réseaux sociaux s'adressant à la fois à ses adversaires iraniens qu'au grand public. Le style provocateur voire outrancier du locataire de la Maison Blanche ne doivent pas masquer des mouvements plus profonds en Occident. Même en France, grand pays de la diplomatie longtemps fier de son réseau étoffé d'ambassades, le Quai d'Orsay n'a plus l'aura qu'il avait eu auparavant : le Président Emmanuel Macron n'a pas caché son mépris pour le métier de diplomate. Le personnel diplomatique est de moins en moins constitué de professionnels, de plus en plus d'amis du pouvoir en place et de personnalités venant de la société civile. L'ordre mondial qui est aujourd'hui bouleversé ne date pas de la création de l'ONU ni même de la SDN – il a trouvé sa source dans le traité de Westphalie (1648) qui mit fin à la guerre de Trente Ans. Ancêtre des guerres mondiales du XXème siècle, elle avait ensanglanté l'Europe centrale et le « monde westphalien » avait institué la primauté des relations entre les États et leurs institutions diplomatiques. Le Traité de Vienne (1815) - qui mit fin aux guerres napoléoniennes – perpétuait l'héritage westphalien. À l'âge des réseaux sociaux, les relations internationales ne sont plus réglées par des procédures émanant de traditions diplomatiques ni d'organisations supranationales. Place aux rela… Ludovic Lavaucelle |
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