La science en crise ?
Chère lectrice, cher lecteur,
Nouveau tremblement de terre autour de la chloroquine !
Hier, la revue The Lancet a retiré la fameuse étude qui mettait en cause l’hydroxychloroquine.
Et avec elle, comme des dominos, c’est tout le système scientifique actuel qui s’effondre…
Tremblement de terre dans le milieu scientifique
Pour rappel, des chercheurs du monde entier avaient critiqué l’étude parue dans The Lancet, notamment à cause de certaines zones d‘ombre sur les données utilisées.
Les données, provenant de 671 hôpitaux différents, avaient été collectées par la société américaine d’analyse Surgisphere, dont le fondateur, Sapan Desai est l’un des quatre auteurs de l’étude.
Le problème, c’est que l’étude omettait de fournir de nombreuses informations sur ces données (critères d’inclusion, pays, hôpitaux…), comme l’a notamment mentionné Carole Dufouil, directrice de recherche à l'Inserm à Bordeaux[1].
Face aux critiques, les auteurs avaient demandé un examen indépendant par des pairs, pour s’assurer de la fiabilité de leur étude.
Problème : Surgisphere, en raison d’un accord de confidentialité avec ses clients, a refusé de partager sa base de données avec les experts mandatés[2]. Ainsi, ceux-ci « n'ont pas pu conduire une revue indépendante. »
Cela a amené les trois des quatre auteurs (à l’exception de Sapan Desai) à se rétracter et à demander à The Lancet le retrait de leur étude : « Nous ne pouvons plus nous porter garants de la véracité des sources des données primaires », ont-ils écrit dans un texte publié hier dans The Lancet et dans lequel ils présentent publiquement leurs excuses[3].
Badaboum !
Ce tremblement de terre a été suivi par une réplique quelques heures plus tard…
Le New England Journal Of Medicine (NEJM) qui, comme The Lancet, fait partie des revues les plus respectées de la communauté scientifique, a également retiré son étude parue le 1er mai sur le lien entre hypertension et Covid-19[4].
Cette étude, menée par la même équipe que celle parue dans The Lancet, s’appuyait également sur une base de données fournies par la société Surgisphere.
Comment deux des plus prestigieuses revues scientifiques ont-elles pu publier des études comme celles-ci ? Peut-on encore faire confiance aux publications scientifiques ?
À défaut de nous en apprendre plus sur la réelle efficacité de la chloroquine, cette histoire permet au moins de faire la lumière sur les dessous de la science.
Malheureusement, ce n’est pas nouveau. Cette affaire n’est que le symptôme d’un monde scientifique en crise.
Mais l’épidémie de coronavirus a eu le mérite de focaliser l’attention du monde entier sur l’univers de la recherche. Et le public commence enfin à se rendre compte des limites de ce système, ainsi que de ses dérives.
La science est « polluée » par la politique, l’argent et le sensationnalisme
Aujourd’hui, la science n’est plus au service de la vérité (ou de quelque chose qui s’en rapproche). L’étude scientifique sert presque toujours quelque intérêt plus ou moins caché – et ceci à tous les niveaux.
1. Les grandes revues ne sont plus fiables
Avec cette affaire, on se rend compte que même les revues scientifiques les plus réputées, comme The Lancet, publient des informations non vérifiées. On peut se demander si elles ne cherchent pas surtout à faire parler d’elles en publiant des « bombes médiatiques », quitte à ce que ces articles soient de qualité discutable.
Les grands journaux scientifiques (Nature, Science, The Lancet, British Medical Journal…) possèdent toutes un comité de lecture. C’est-à-dire qu’un groupe d’experts évalue la qualité d'une étude afin de décider si celle-ci est assez fiable pour être publiée.
Le processus prend généralement du temps, et les auteurs doivent parfois revoir leur copie avant d’obtenir le feu vert de la revue.
Cette évaluation par des pairs est le garde-fou qui permet d’éviter que des études de mauvaise qualité soient publiées.
Avec cette récente publication sur la chloroquine, on se rend compte que cette vérification est insuffisante. Cela est en partie dû à l’urgence de la situation, qui nécessite une validation rapide.
Mais pas seulement.
De plus en plus, les travaux ne sont pas jugés uniquement sur la qualité, mais aussi sur leur « potentiel médiatique », ou encore sur des intérêts très personnels.
Un ami chercheur m’expliquait que les relecteurs, sous couvert d’anonymat, demandaient parfois aux auteurs de citer leurs propres publications dans les sources de l’étude pour améliorer leur réputation.
En 2005, le professeur américain John P. A. Ioannidis, avait d’ailleurs écrit un article cinglant sur le problème de la fiabilité des études : « Pourquoi la plupart des résultats de recherche publiés sont faux[5] ».
Ce n’est pas parce qu’une étude est parue dans une grande revue que celle-ci fait forcément office de preuve indiscutable.
2. C’est l’argent qui décide de ce qui est vrai
Vous avez peut-être lu ces citations désormais célèbres d’anciens rédacteurs en chef du New England Journal of Medicine (NEJM), l’une des revues scientifiques les plus réputées au monde.
L’anthropologue suisse Jean-Dominique Michel les a partagées à plusieurs reprises sur son blog[6] :
« Il n'est tout simplement plus possible de croire une grande partie des recherches cliniques qui sont publiées, ni de se fier au jugement de médecins de confiance ou à des directives médicales faisant autorité. Je ne prends aucun plaisir à cette conclusion, à laquelle je suis parvenu lentement et à contrecœur au cours de mes deux décennies de travail de rédactrice en chef. »
(Marcia Angeli, ancienne rédactrice en chef du NEJM)
« La profession médicale est achetée par l'industrie pharmaceutique, non seulement en termes de pratique de la médecine, mais aussi en termes d'enseignement et de recherche. Les institutions académiques de ce pays se permettent d'être les agents rémunérés de l'industrie pharmaceutique. Je pense que c'est honteux. »
(Arnold Relman, ancien rédacteur en chef du NEJM)
Encore plus parlant, l’aveu de Richard Smith, qui a été rédacteur en chef du prestigieux British Medical Journal jusqu’en 2003 : « La plupart des études scientifiques sont erronées, et elles le sont parce que les scientifiques s'intéressent au financement et à leurs carrières plutôt qu'à la vérité[7]. »
La recherche coûte extrêmement cher. Certaines études sont financées par des fonds publics ou par des universités. Mais les plus importantes, faites sur un grand nombre de personnes, ont souvent besoin de financement extérieur.
Voilà pourquoi autant d’études et de chercheurs sont financés par des laboratoires pharmaceutiques, qui seuls peuvent investir autant d’argent dans la recherche.
Sauf que l’industrie ne fait évidemment pas cela de façon désintéressée : les études doivent permettre de prouver l’efficacité et l’innocuité de leurs molécules, ou même parfois de montrer les dangers des médicaments concurrents.
Aussi, les labos sont parfois prêts à tout pour cela : rémunérer grassement les auteurs (soit directement, soit indirectement en organisant des colloques ou des conférences), suspendre les travaux si les résultats sont décevants, mettre en avant ce qui les arrange, faire pression sur les grandes revues, médiatiser les études qui vont dans leur sens, ou même fausser les résultats…
Aujourd’hui, pour qu’un scientifique obtienne un financement, il doit justifier l’intérêt de son étude et annoncer à l’avance ce qu’il va démontrer dans ses travaux.
Sinon, pas d’argent…
Mais ce n’est pas pareil d’avoir une équipe de scientifiques qui travaille sans savoir ce qu’ils vont trouver et des chercheurs payés pour prouver quelque chose.
En fonction de ce qu’on cherche à montrer, il est facile de faire dire tout et n’importe quoi à des chiffres. On finit toujours par trouver un moyen de présenter les données sous un jour plus avantageux.
Comment peut-on encore tenter d’être objectif dans un tel système ?
3. Les politiciens agissent dans la précipitation
Vous n’avez pas trouvé bizarre, que tout de suite après la parution de cette fameuse étude, les autorités se soient empressées de stopper leurs travaux sur la chloroquine ?
Le Ministre de la santé Olivier Véran suspend les recherches sur la chloroquine dans son grand essai européen Discovery sans attendre l’avis des spécialistes.
Idem pour l’OMS, qui suspend subitement ses recherches sur ce médicament dans le cadre de l’étude Solidarity… avant de les reprendre quelques jours plus tard quand l’étude du Lancet est critiquée[8].
Le ministère de la Santé retire aux médecins le droit de prescrire la chloroquine à leurs patients, même en hôpital[9].
Pourtant, aucun problème n’avait été signalé lors de ces deux études. Les chercheurs n’avaient pas constaté de graves effets indésirables, sans quoi ils auraient interrompu ces études plus tôt. Cette décision semble avoir été prise sur un coup de tête, en se basant uniquement sur l’étude rétrospective parue dans The Lancet.
Pourtant, même les auteurs de l’étude, dans leurs conclusions, ne déconseillaient pas la chloroquine dans le cadre d’essais cliniques, mais seulement en dehors de ceux-ci[10].
Les membres du gouvernement agissent-ils comme des enfants impulsifs par souci de soigner leur image auprès des électeurs ?
Ont-ils peur qu’un scandale de type Mediator salisse leur carrière ? Agissent-ils sous la pression de lobbies pharmaceutiques ? Y a-t-il d’autres enjeux financiers qui les motivent ?
4. Les grands médias cherchent à attirer l’attention à tout prix
La presse grand public ne fait plus son travail de vulgarisation scientifique. Quand on voit les articles parus ces dernières semaines (raccourcis grossiers, prises de position extrêmes, manque de rigueur…), on peut même se demander s’il existe encore de vrais journalistes scientifiques dans les grands médias officiels.
Je veux dire : des journalistes qui connaissent vraiment le sujet et qui lisent les études au lieu de se contenter des résumés fournis par l’AFP.
Quand l’étude du Lancet est parue, presque tous les grands médias se sont jetés sur le Pr Raoult comme des fauves affamés. On a vu un peu partout des phrases assassines à l’encontre de la chloroquine.
Et depuis quelques jours, c’est tout le contraire : les journaux font les gros titres en pointant du doigt les failles de cette étude.
C’est à n’y rien comprendre ?!
Les médias ne se donnent même plus la peine d’informer le lecteur avec un minimum de connaissances et d’objectivité. Ils cherchent seulement à « surfer sur la vague » du moment en trouvant des titres accrocheurs pour vendre leurs journaux.
Cela amène énormément de confusion. On ne sait plus quoi penser de toutes ces informations contradictoires.
On nous pousse alors à prendre parti entre deux camps totalement imaginaires.
Il n’y a pas les gentils d’un côté et les méchants de l’autre
Avec le débat autour de la chloroquine, on a tendance à penser qu’il y a le bon Pr Raoult et les méchants qui s’en prennent à lui.
La presse aime quand les choses sont simples : elle a ainsi l’habitude de séparer les gens en deux camps qui s’affrontent : les pro-vaccins VS les antivax, la médecine classique VS les charlatans de la santé naturelle, les gens instruits VS les complotistes… On peut en trouver facilement des dizaines sur à peu près toutes les thématiques abordées par la presse.
Je suis triste de voir que certaines personnes qui prétendent informer sur la santé se servent de cela pour endoctriner les gens et les diviser.
Car la réalité est beaucoup plus complexe.
La plupart des chercheurs sont de bonne foi. Quand ils défendent ou non la chloroquine, ils s’appuient généralement sur des arguments solides.
Comme l’a expliqué récemment le Dr Raoult, il n’y a pas de consensus scientifique[11].
On a des études scientifiques qui disent que la chloroquine est efficace, d’autres qui disent le contraire. Toutes ont été faites dans l’urgence, avec des protocoles différents, des méthodes variées, et ont étudié le médicament sous des angles divers.
On ne peut pas dire que certaines sont vraies et d’autres fausses.
Chacune d’elles représente une part de la réalité. Une certaine perspective sur le monde, qui peut entrer en contradiction avec d’autres…
Il ne faut pas croire qu’il existe une réalité du monde que la science découvre peu à peu. Les découvertes sont sans cesse remises en question. Notre compréhension du monde d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain.
Méfiez-vous de ceux qui se servent de la science pour justifier des idéologies ou pour dénigrer des approches de soin qui n’entrent pas dans le système actuel, comme l’homéopathie, la médecine chinoise, ou les techniques énergétiques…
Bien sûr, quand de nombreuses études montrent que telle plante ou tel médicament agit sur une maladie, il y a de fortes chances que celle-ci soit vraiment intéressante.
Mais ce n’est jamais une certitude indéboulonnable. Même si les êtres humains se ressemblent beaucoup, nous sommes tous différents et une substance peut être utile à l’un et pas à l’autre.
Les résultats des études scientifiques doivent donc toujours être validés par l’expérience et être ajustés au cas par cas.
Je ne suis pas un fervent défenseur du Pr Raoult ni de la chloroquine. Mais je défends l’honnêteté intellectuelle et une recherche scientifique sérieuse et sans conflits d’intérêts.
Le système actuel est malade. Il ne permet plus d’apporter des réponses fiables sur ce qui soigne vraiment.
Le monde de la santé doit aussi retrouver une certaine humilité, admettre qu’on ne sait pas tout et que la réalité ne repose pas uniquement sur les études scientifiques, mais aussi sur le terrain, dans les cabinets des médecins de famille, chez les naturopathes…
Heureusement, des personnes bien informées essaient de défendre cette vision plus large de la santé et pointent du doigt les faiblesses actuelles.
C’est ce que j’essaie de faire à travers la lettre PureSanté, en révélant la face cachée du monde de la santé et en vous faisant découvrir des approches de soin dont les grands journaux ne parlent pas.
Aussi, si vous avez des proches qui pourraient être intéressés par ces informations, n’hésitez pas à leur partager ma lettre.
Amicalement,
Florent Cavaler PS. Vous pouvez commenter cette lettre en cliquant ici. Je serais heureux de connaître votre regard sur la situation actuelle de la science.
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