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mardi 1 mars 2022

LSDJ : INTERNATIONAL De Suez en 1956 à Kiev en 2022 : l’Europe entre la marteau et l’enclume - le 28.02.2022

 



28 FÉVRIER 2022 - N° 1521

INTERNATIONAL

De Suez en 1956 à Kiev en 2022 : l’Europe entre la marteau et l’enclume

Le baril de pétrole a franchi les 100 $, une première depuis 2014 (année de la prise de contrôle de la Crimée par les Russes) et un nouveau choc pétrolier majeur s’annonce. La Russie est le deuxième plus gros exportateur de pétrole, fournissant presque 5 millions des 100 millions de barils consommés chaque jour dans le monde. Plus de la moitié de ces exportations abreuvent l’Europe de l’Ouest en traversant l’Ukraine et la Biélorussie par des pipelines. Dans le contexte du conflit actuel, il n’y a pas de bonne perspective pour les Européens, entre la fermeture du robinet et continuer à remplir les caisses du Kremlin. Les chocs pétroliers ont la dangereuse habitude de provoquer de graves crises économiques. C’est ce que nous rappelle Peter Franklin pour Unherd (voir son article en lien).

En juillet 2008, le prix de pétrole atteignait un record avec $147 le baril déclenchant une crise financière mondiale. Le coût de l’essence a provoqué l’écroulement de la confiance dans les programmes immobiliers éloignés des centres-villes, et, par ricochets, la chute des marchés des hypothèques à risque. Pendant ce temps, les Russes attaquaient la Géorgie.

Les chocs pétroliers des années 70 plongèrent l’Occident dans une dépression longue d’une décennie. Les Américains démoralisés furent humiliés par les Vietnamiens puis traumatisés par l’arrivée du régime des ayatollahs en Iran. L’URSS envahit l’Afghanistan…

La crise du canal de Suez en 1956 fut aussi trempée dans le pétrole. 70% des importations d’or noir atteignaient l’Europe de l’Ouest par ce passage stratégique. Alors, quand Nasser décida de nationaliser le canal, la panique frappa les Britanniques et les Français. Ils montèrent une opération militaire pour prendre le contrôle de l’artère vitale. Le Président américain Eisenhower, furieux de cette initiative, décida de punir ses alliés rebelles : il refusa de leur faire profiter de ses réserves d’urgence. Alors qu’ils étaient vainqueurs sur le terrain, les alliés européens humiliés étaient forcés de se retirer. A la même époque, les Russes intervenaient en Hongrie pour écraser l’insurrection anti-communiste. L’attitude de Washington a eu un impact majeur : la fin de l’illusion que l’Oncle Sam serait toujours là pour ouvrir le robinet énergétique d’urgence.

Cet événement a contribué à pousser la France à construire un partenariat rapproché avec l’Allemagne et poser les fondations de l’Union Européenne. Adenauer dit au gouvernement français : « l’Europe sera votre revanche ». Et les pays d’Europe de l’Ouest conclurent un accord avec Khrouchtchev pour avoir accès au pétrole russe. Des pipelines est-ouest furent construits transformant l’URSS en exportateur majeur d’or noir. Ce qui nous ramène à aujourd’hui…

Le Président Biden pourrait être tenté de restreindre ses exportations de pétrole et de gaz pour ménager le portefeuille des citoyens américains. Une telle décision rendrait les Européens encore plus vulnérables face au chantage exercé par Vladimir Poutine – tout particulièrement les pays frontaliers de la Russie. L’Europe se retrouve prise en étau, dépendante des Américains et des Russes pour son énergie. Cette situation inconfortable démontre la folie de la politique allemande d’abandon du nucléaire et réclame un revirement total de Berlin. La priorité à court-terme est de sécuriser l’approvisionnement énergétique en étant pragmatique : par exemple conclure dès que possible les discussions engagées avec Téhéran. Côté britannique, il faut oublier le programme préconisant d’abandonner de nouvelles recherches en Mer du Nord au nom de la lutte contre le « réchauffement climatique ».

En fait, la crise internationale rapproche les agendas sécuritaire et environnemental. La dépendance en carburants fossiles est une menace pour la sécurité et la souveraineté des pays européens. Il y a urgence d’échapper au chantage énergétique russe tout en ne dépendant pas du bon vouloir de Washington qui n’hésite pas à utiliser l’Europe pour mieux servir ses intérêts. Une approche pragmatique avec une vision stratégique à long-terme enjoint de favoriser le nucléaire, garantie d’indépendance et moins pollueur. Elle demande aussi de négocier avec d’autres dictatures, en Iran et au Moyen-Orient, pour multiplier nos fournisseurs à court-terme. Les pays de l’Union Européenne, membres de l’OTAN, sont entre le marteau russe et l’enclume américaine sur le terrain énergétique. On a vu, avec les conséquences de l’épidémie du Covid dévoilant les ravages de la désindustrialisation, qu’ils étaient aussi entre le marteau américain et l’enclume chinoise sur le terrain du commerce international… Les puissances européennes, la France en premier lieu, doivent trouver leur voie pour leur propre survie et pour jouer un rôle d’équilibre entre les géants ennemis.

Ludovic Lavaucelle

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Pour aller plus loin :

The Ukraine crisis started with Suez

>>> Lire l'article sur : Unherd

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Guerre et pourparlers en Ukraine, rapport du Giec, immunodéprimés... Au sommaire de Mediapart ce lundi 28 février 2022.

 

La lettre quotidienne
lundi 28 février 2022

À la une de Mediapart

Les négociateurs russes et ukrainiens se sont quittés lundi en convenant d’un futur « deuxième round ». De violents combats font rage à Kiev et Kharkiv, la deuxième ville du pays.

En interdisant à la Banque centrale russe d’accéder à ses réserves de change extérieures, les Occidentaux ont adopté une sanction sans précédent. Le 28 février, le rouble a perdu plus de 20 % de sa valeur. Une chute comparable à l’effondrement de la Russie à l’été 1998.

L’offensive russe lancée aux premières heures du jeudi 24 février s’inscrit dans une longue progression du pouvoir poutinien en Ukraine. Elle a commencé il y a précisément huit ans, avec l’annexion de la stratégique péninsule de Crimée.

Le Haut-Commissariat des nations unies aux réfugiés estime qu’à ce jour, plus de 500 000 Ukrainiens ont fui leurs terres envahies par la Russie de Vladimir Poutine. Parmi les pays de destination, la Moldavie voisine a fait preuve d’une rapidité exemplaire pour les accueillir.

Malgré les efforts déployés pour réduire ses impacts, les dérèglements climatiques entraînent déjà des dommages considérables, voire irréversibles pour la nature comme pour les sociétés humaines. Les personnes les plus pauvres sont les plus durement touchées, ont alerté les scientifiques dans un nouveau volet du sixième rapport du Giec, publié lundi.

Spécialiste des migrations environnementales à l’université de Liège, François Gemenne a participé au deuxième volet du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Il revient sur les enjeux sociaux soulevés par ces nouveaux travaux, comme celui des réfugiés climatiques, mais aussi sur les limites de cet exercice.

Les traitements censés les protéger du Covid-19 ne résistent pas aux variants ou sont peu accessibles, alors les personnes immunodéprimées vivent confinées depuis deux ans. Elles ressentent comme une discrimination supplémentaire la levée des restrictions sanitaires ce lundi.

À quarante jours du premier tour, les équipes d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse se disputent le créneau de la droite « modérée » à coups de ralliements d’élus, de propositions et de déplacements ciblés. Des deux côtés, on s’en persuade : cet électorat sera l’une des clés du scrutin.

Par Jean-Marie Leforestier (Marsactu)

Alors que le président de la République a fait de Marseille un de ses points d’appui en vue d’un deuxième mandat, Renaud Muselier a annoncé son ralliement dimanche 27 février, après beaucoup d’autres élus LR. Martine Vassal comme Jean-Claude Gaudin s’interrogent.

Par Johann Fleuri

Sur la côte ouest de l’île d’Hokkaidō, les villages de Suttsu et Kamoenai ont été retenus pour un projet d’enfouissement de déchets nucléaires, le premier du pays. La décision a été prise par les autorités locales sans véritable consultation des habitants, accuse un groupe d’opposants.

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Le 4 août 1914, au premier jour de l’une des plus grandes tragédies de notre histoire, Henri Bergson écrit qu’elle lui apparaissait, avant la date fatale, « tout à la fois comme probable et comme impossible ». Près d’un siècle plus tard en Ukraine, alors que « l’impossible » devenait de plus en plus « certain », nous avons persisté à croire qu’il ne s’accomplirait pas. Ce déni a plus à voir avec les intérêts des États qu’avec la naïveté.

 

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait non seulement entrer l’Europe et probablement le monde dans une nouvelle ère, mais pose des questions fondamentales à la gauche et plus globalement à tous les progressistes. Elle oblige à redéfinir ce que pourrait être une politique internationale de gauche. Mais cette dernière se heurte à nombre de difficultés.

 

Le GIEC, prix Nobel de la Paix 2007 vient de publier son nouveau rapport sur les conséquences du réchauffement climatique, alors que la guerre en Ukraine, largement liée à la question énergétique, bat son plein. De là découle une possible piste, pour concilier justice climatique et paix : socialiser les profits de l'industrie fossile, pour financer « l'effort de paix ».

 

Nous mangeons toutes et tous du faux pour de vrai. En France, la fraude alimentaire est un tabou. Il y a de faux aliments comme il y a de fausses clopes. Ces faux aliments, issus de petits trafics ou de la grande criminalité organisée, pénètrent nos commerces, nos placards, nos estomacs dans l’opacité la plus totale.

 

C'est la nuit. Les phares des voitures défilent sur le périphérique balayant de leurs rayons lumineux le lit et les murs de ma chambre d'hôpital. Je m'y accroche comme à un rocher. Autour de moi, tout tangue. Mon bébé hurle dans mes bras.

 

Impact sur l’environnement et impact sur les cerveaux, ça fait beaucoup pour une seule cause, la connexion absolue prévaut sur les connectés et se substitue à eux. L’objet gagne sur le sujet, sous les applaudissements des profiteurs et imbéciles innombrables qui garnissent les rangs de la technophilie galopante, à l’évidence calamiteuse.

 

À l'hôpital public, devenu hôpital-entreprise, le carcan managérial et budgétaire impose des normes bureaucratiques et de rentabilité qui contraignent l'exercice du soin. L'expérience de la 1ère vague de la pandémie de Covid-19 a démontré que le soin libéré de ce cadre était plus pertinent. Les leçons de cette fenêtre bien trop vite refermée ne semblent malheureusement pas avoir été retenues.

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