La cause est entendue : nous dormons de moins en moins. Selon la dernière enquête de l’Institut national du Sommeil et de la Vigilance (INSV) de décembre 2025, notre temps de sommeil est de 6h50 par nuit en moyenne – c’est 14 minutes de moins qu’en 2024, une heure et demie de moins qu’il y a cinquante ans. Or, les recommandations sanitaires sont formelles : pour bien se porter, les adultes ont besoin de 7 à 9 heures par nuit et les adolescents, de 8 à 10 heures. Nous avons beau savoir qu’il faut éloigner le portable du lit, se coucher à une heure régulière, dormir dans une chambre obscure et chauffée à 16 degrés pour des nuits réparatrices, qui met vraiment en pratique ces recettes ? Qui modifie (spontanément) ses (mauvaises) habitudes pour dormir davantage ?
Le phénomène n’est pas franco-français, nombre de pays industrialisés sont touchés, notamment les Etats-Unis. Face à ce problème de santé publique, trois chercheuses américaines, menées par Osea Giuntella, de l’Université de Pittsburgh, ont conduit une étude inédite : elles ont proposé à des étudiants du campus de les payer pour qu’ils dorment davantage ! C’est ainsi que 468 jeunes, qui faisaient en moyenne des nuits de 6h26 avant l’expérience, ont pu, pendant quatre semaines, gagner 5 dollars pour chaque nuit d’au moins 7 heures.
Les résultats, publiés en juillet dans le « Journal of Political Economy », ont de quoi faire réfléchir les éminences grises de la santé publique : grâce à cette gratification, la proportion de nuits durant lesquelles les étudiants ont dormi au moins sept heures a progressé de 26 %. Et sur l’ensemble de l’expérience, ils ont gagné en moyenne 19 minutes de sommeil par nuit. Mieux encore : après avoir consulté les notes de ces étudiants, les chercheurs ont relevé une amélioration de leurs résultats, de 0,075 à 0,089 point sur l’échelle de notation américaine. Extrêmement légère, certes, mais tout même…
On le sait : il est très difficile de changer des habitudes de vie. Faudrait-il donc envisager, à l’avenir, de nous rémunérer pour nous inciter à prendre soin de notre santé ? Fut un temps où un candidat à la présidentielle prit pour slogan la formule « Travailler plus pour gagner plus ». Vingt ans plus tard, les candidats engagés dans la course à l’Elysée devraient-ils proposer à ces petits dormeurs de Français de se reposer plus pour gagner plus ?
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