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jeudi 24 septembre 2026

Le Monde Moderne : Discours d’Emmanuel Macron à l’ONU - Jeudi 24 septembre 2026

 

Discours d’Emmanuel Macron à l’ONU

Non-lieu pour Alexis Kohler, loi intégrale contre les VSS approuvée en commission, pas de pause dans le conflit russo-ukrainien, Lecornu veut une alliance avec le PS pour le budget 2027.

 
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Discours d’Emmanuel Macron à l’ONU

Comme de nombreux dirigeants du monde entier, le président français Emmanuel Macron s'est exprimé devant l’assemblée générale de l’ONU, à New York. Le chef de l'Etat a notamment défendu une nouvelle fois la solution à deux Etats pour les Palestiniens et Israéliens, soulignant qu'il serait inacceptable de “contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous” à Gaza sans agir.

“Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ?”, a lancé le président français, soulignant que bâtir une solution à deux Etats était la condition de la “sécurité d'aujourd'hui et de demain pour Israël et son peuple”. Il a aussi critiqué les agissements israéliens en Cisjordanie, affirmant que le Hamas n'était pourtant pas actif sur ce territoire où siège l'Autorité palestinienne.

“L'absurdité grotesque des propos d'Emmanuel Macron est sidérante”, a réagi le bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, qui doit prononcer jeudi un discours devant l'instance internationale. “Des terroristes du Hamas mènent des attaques contre des Juifs presque tous les jours. Ils ont assassiné d’innombrables civils israéliens en Judée-Samarie”, a déclaré le dirigeant israélien, en utilisant le nom biblique de la Cisjordanie.

Des colons israéliens extrémistes attaquent fréquemment les Palestiniens en Cisjordanie. Selon les Nations unies, on y a recensé plus six incidents violents par jour liés aux colons visant des Palestiniens ou leurs biens depuis le début de l’année.

Le parquet requiert un non-lieu en faveur d’Alexis Kohler

Un non-lieu a été requis au bénéfice de l’ex-bras droit d’Emmanuel Macron, Alexis Kohler, dans l’enquête pour prise illégale d’intérêts autour de ses liens familiaux avec l’armateur MSC, a annoncé le Parquet national financier à l’AFP. Le juge d’instruction doit désormais se prononcer, soit en suivant les réquisitions du parquet, ce qui mettrait un terme au dossier qui a marqué le premier quinquennat du chef de l’Etat, soit en renvoyant Alexis Kohler en procès.

Alexis Kohler, mis en examen depuis 2022 dans ce dossier, est aujourd’hui directeur général adjoint de la Société générale. Proche d’Emmanuel Macron, il a été son directeur de cabinet au ministère de l’Economie puis secrétaire général de l’Elysée de 2017 à 2025. La justice l’a mis en cause pour avoir participé, comme haut-fonctionnaire, à plusieurs décisions relatives au groupe franco-italien MSC, dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte.

Sa défense affirme qu’il s’est toujours tenu à l’écart de toute décision relative à MSC et qu’il a informé ses supérieurs de l’existence de liens familiaux “très au-delà de ses obligations déontologiques”.

Emmanuel Macron avait exprimé à plusieurs reprises sa “confiance” en son secrétaire général de l’époque, et lui avait aussi apporté son soutien via une “note personnelle” mi-2019 envoyée au Parquet national financier, assurant qu’Alexis Kohler n’était jamais intervenu, au moment où il était son directeur de cabinet à Bercy, dans des dossiers liés à MSC. Cette note avait suscité une vive polémique.

L’association anticorruption Anticor avait porté plainte dès 2018, après la publication d’articles de Mediapart sur un possible conflit d’intérêts. Elle avait obtenu en 2020 l’ouverture d’une information judiciaire en se constituant partie civile. “Depuis le début de ce dossier, où l’on a déploré l’intervention directe du chef de l’Etat, le parquet s’oppose à ce qu’un juge et un tribunal indépendants puissent en avoir connaissance”, a réagi Jean-Baptiste Soufron, qui représente l’association Anticor.

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La loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles approuvée en commission

Le texte se veut une réponse aux nombreuses affaires de violences sexuelles, y compris pédocriminelles, qui ont marqué l’opinion ces dernières années. Les députés ont approuvé, en commission, la loi “intégrale” contre les violences sexistes et sexuelles.

Le texte a été adopté à l’unanimité des votants. Le RN, très discret au stade de la commission, s’est abstenu. Malgré cette unanimité, des parlementaires questionnent sa portée, notamment si les budgets alloués ne suivent pas. S’il entend couvrir toute la chaîne des violences, du repérage à la réparation, il divise aussi sur certains sujets de fond, certains ayant été renvoyés à la discussion dans l’hémicycle, qui débutera le 1er octobre.

C’est l’une des mesures phares de la proposition de loi : pour éviter que des plaintes restent sans suite, elle prévoit un socle minimal d’actes d’enquête, allant de l’audition de la victime et du suspect à la préservation des preuves et à la recherche d’éventuelles autres victimes. Les députés ont adopté un délai d’un an pour réaliser ces actes, mais cette question va être soulevée de nouveau dans l’hémicycle.

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CE SOIR 20 H

La Russie ne va pas faire de pause dans sa guerre avec l’Ukraine

La Russie “ne va pas faire de pause” dans sa guerre avec l'Ukraine, a réaffirmé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, au Conseil de sécurité de l'ONU. “Nous n'allons pas faire de pause dans notre opération militaire spéciale”, l'expression utilisée par Moscou pour qualifier le conflit, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères.

“L'Europe veut obtenir une pause, pour l'utiliser pour approvisionner en armes” l'Ukraine, a-t-il ajouté. La veille, Volodymyr Zelensky s'était dit “prêt” à un moratoire sur les frappes contre les sites énergétiques si Moscou faisait de même. Et Donald Trump avait assuré qu'un accord entre l'Ukraine et la Russie arriverait “plus tôt qu'on ne le pense”, devant l'Assemblée générale de l'ONU.

Sébastien Lecornu propose aux députés socialistes de bâtir un nouveau compromis sur le budget

Le Premier ministre a proposé aux députés du PS de les rencontrer pour tenter de bâtir un “compromis” sur le budget pour 2027, comme celui noué l’an dernier, dans un courrier au groupe socialiste à l’Assemblée nationale, révélé par Le Monde.

“Je vous propose que nous nous rencontrions prochainement pour engager ce travail. Le compromis de 2026 a été possible parce que chacun a accepté de faire un pas. Je suis prêt à poursuivre cette démarche avec vous, avec la même franchise et la même volonté d’aboutir”, a écrit le Premier ministre. Il ajoute que le gouvernement “ne se mêlera pas de la campagne présidentielle” et que “le désaccord n’interdit pas d’agir ensemble lorsque l’intérêt du pays le commande”.

Sébastien Lecornu a présenté mi-septembre les grandes lignes d’un budget pour 2027 qu’il veut “offensif”, avec un “effort” d’économies massif de 54 milliards d’euros, laissant au Parlement le soin de trancher certaines mesures comme celles, sensibles, concernant les retraités. Ces annonces sont la promesse d’une “potion d’austérité”, et “l’inverse de ce que propose” le PS, avait à l’époque réagi son porte-parole, le député Arthur Delaporte.


Revue de presse du Monde Moderne du jeudi 24 septembre

Un mot, un seul, et LCI plante en direct. Ségolène Royal exige que Raphaël Glucksmann prononce « génocide » à propos de Gaza, et le plateau de la primaire du PS se fige comme un ordinateur qui rame. Pendant ce temps, à New York, Emmanuel Macron se filme en jogging façon Sarkozy tandis qu’Alexis Kohler, l’ex-secrétaire général de l’Élysée devenu patron de la Société Générale, voit sa mise en examen pour prise illégale d’intérêts se diluer dans un non-lieu requis. Deux mondes, une seule mécanique : celle du pouvoir qui protège les siens et sacrifie le reste.

Primaire PS : Royal démolit Glucksmann

Il fallait la voir revenir, Ségolène Royal, dans ce débat de la primaire socialiste, pour comprendre à quel point le parti n’a jamais réglé ses comptes avec lui-même. Elle exige de Glucksmann le mot « génocide » sur Gaza, le pousse sur les négociations refusées avec la Russie, sur la médiation turque enterrée dès 2022, et le fait vaciller en direct. Puis elle se pose en garante d’une « France tranquille », revendique de n’avoir « pas de limite », défend son bilan face aux gilets jaunes et aux pêcheurs, et traite son adversaire de « stagiaire ». Ce que je vois dans cette primaire, ce n’est pas un débat démocratique, c’est un inside job : Place publique et Glucksmann, l’homme jugé macroniste, installés à la tête du PS avec la bénédiction discrète d’Olivier Faure. La seule limite, disait-elle, c’est qu’il n’y en a pas — et elle a raison, au moins sur elle-même.

▶ 16:55 — Ségolène Royal accule Glucksmann sur Gaza et l’Ukraine
▶ 24:41 — Ségolène Royal imite Mitterrand et flingue Glucksmann

Le système Macron, ses réseaux, ses hypocrites

Qu’est-ce que c’est beau, la République bananière. Macron se filme en jogging à New York comme s’il courait un marathon électoral, et à Paris, l’enquête pour prise illégale d’intérêts visant Alexis Kohler se termine par un non-lieu requis — l’homme qui négociait pour l’État les intérêts de CMA CGM et MSC avant de rejoindre la Société Générale n’aura jamais à répondre de rien. Édouard Philippe, lui, s’inquiète sur RTL de l’impact de la hausse du carburant sur les Français, sans qu’aucun journaliste ne lui rappelle qu’il est l’auteur de la taxe carbone qui a mis les gilets jaunes dans la rue : c’est quand même le mec qui a fait la taxe carbone qui vient dire que ça a un impact d’augmenter le prix du carburant. Et sous la surface, les réseaux tournent : dîners de l’ex-conseiller élyséen Clément Léonarduzzi, recommandations de l’Institut Montaigne présidé par un pilier du Bilderberg, nouvelle candidature de Xavier Bertrand, nomination d’un communicant hollandais au Grand Paris Express. L’État profond en France a un nom, c’est le PS — et le pape Léon XIV, lui, a eu l’élégance de refuser à Macron la visite guidée de Notre-Dame.

▶ 8:52 — Macron en jogging à l’ONU, Kohler protégé, Bachelot en Fraggle
▶ 13:26 — Édouard Philippe s’inquiète du prix du carburant qu’il a lui-même
▶ 44:55 — Bilderberg, Xavier Bertrand et l’OTAN en mer Noire
▶ 51:29 — Le pape snobe Macron, Pigasse empêtré dans ses vacances de luxe

Budget, énergie : la facture qui explose

Personne ne sait quel est le jeu du Premier ministre, et c’est bien le problème : entre décret, 49.3 et la tentation de jouer la montre jusqu’à la présidentielle, Sébastien Lecornu navigue sans cap visible tandis que le débat des candidats PS-Place publique se tient dans la tour TF1, coincé entre deux prime-time de Star Academy. Pendant que l’exécutif agite la menace russe pour détourner l’attention de la dette et de l’euro, les tarifs réglementés de l’électricité ont bondi de 50 % en deux ans, une nouvelle hausse s’annonce, et le gaz reste indexé sur un marché européen absurde alors même que la France dispose d’un parc nucléaire. Ils se font tuer pour BlackRock, disait Thierry Bros de la guerre en Ukraine — la formule vaut aussi pour les factures. Et comme un symbole de la justice à deux vitesses, deux hommes ayant cambriolé sans le savoir la maison de François Hollande et Julie Gayet ont pris dix mois de préventive, tandis que Rachida Dati plaide sa défense à son procès.

▶ 33:01 — Budget Lecornu : jouer la montre jusqu’en 2027 ?
▶ 36:52 — Pendant que Macron évite la dette, gaz et électricité flambent
▶ 40:35 — Électricité, retour du Covid et procès Rachida Dati

Livre à l’IA, hypocrisie à l’ONU

C’est une expérience sociale grandeur nature, ça fait tellement plaisir à voir : le roman de Télesphore Aurélien, numéro un des ventes chez Grasset, soupçonné d’avoir été écrit avec ChatGPT et truffé de plagiats, révèle surtout un petit monde germanopratin prompt à encenser un livre pour sa morale plutôt que pour sa qualité — tous ces gens qui maintenant nous expliquent que chut, on ne critique pas. La moitié des comptes sur X seraient déjà tenus par des bots, et l’ironie est totale quand on la met en regard de l’hypocrisie diplomatique de la même semaine : EDF fait retraiter en Sibérie, via une filiale de Rosatom, le combustible de la centrale de Cruas malgré les sanctions affichées contre Moscou, pendant que Jean-Noël Barrot se félicite à l’ONU de nouvelles sanctions contre la journaliste Xenia Fedorova et RT France. Si jamais vous critiquez la position belliciste jusqu’au-boutiste, vous êtes un agent russe, vous le savez, ça. Trump, lui, se déplace sur le tarmac pour accueillir Xi Jinping — signe d’un basculement du monde — tandis que Mark Rutte assume tranquillement l’ambiguïté volontaire de l’article 5 de l’OTAN, et que Kadhafi, Ben Laden ou Delcy Rodriguez rappellent, chacun à sa façon, que les alliances de Washington se font et se défont au gré du pétrole et du pouvoir, jamais des principes.

▶ 56:08 — Le livre à succès de Télesphore Aurélien empoisonné par des soupçons
▶ 1:04:54 — Bots, avatars : l’IA va-t-elle remplacer l’humain sur les réseaux ?
▶ 1:09:13 — Uranium russe, sanctions à la carte : l’hypocrisie française à l’ONU
▶ 1:15:47 — Trump accueille Xi Jinping, l’OTAN reste flou sur son article 5
▶ 1:22:18 — Kadhafi, Iran, Venezuela : qui sont les vrais États terroristes


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L’EDITO

Washington n’ouvre sa porte qu’à ceux qui lui font peur

Washington n’ouvre sa porte qu’à ceux qui lui font peur

Donald Trump a accueilli Xi Jinping à l’aéroport, et chaleureusement. Les dépêches parlent d’un accueil « hors norme », « inhabituel ». Le même jour, à quelques kilomètres de là, des journalistes de CNN, de Politico et de MS NOW restaient plantés devant les grilles de la Maison-Blanche, alors qu’un juge venait d’ordonner le rétablissement de leur accès. Et à New York, le président palestinien Mahmoud Abbas s’adressait à l’Assemblée générale des Nations unies à distance, faute de visa américain.

Trois scènes, une seule porte. Ce que je retiens de ce jeudi, c’est la manière dont une puissance trie ceux qu’elle laisse entrer, bien plus que la diplomatie des grandes accolades. Ce tri dit tout.

Commençons par l’aéroport. Xi Jinping n’est pas un allié de Washington. C’est le rival désigné, celui avec qui les tensions sont commerciales, technologiques, et désormais ouvertement cristallisées autour de Taïwan. On attendrait de la froideur, au moins de la réserve. On a eu la chaleur. Je ne crois pas une seconde à un revirement sentimental. Je vois autre chose : un homme qui respecte la force parce qu’il ne comprend qu’elle. Xi arrive avec un marché, une armée, des chaînes d’approvisionnement dont l’Amérique ne peut pas se passer. Il ne vient pas demander, il vient négocier d’égal à égal. Alors on lui déroule tout ce qu’on a. L’honneur fait à Pékin est un aveu : face à celui qui peut vous nuire, on sourit.

Passons maintenant à la grille. Des journalistes américains, accrédités, travaillant pour des rédactions américaines, se voient refuser l’entrée du lieu même où s’exerce le pouvoir qu’ils ont pour métier de surveiller. Un juge leur a donné raison. L’administration Trump n’en a cure. Je le dis sans détour : une administration qui laisse une décision de justice sans effet quand elle la gêne ne pratique plus l’État de droit, elle le tolère quand il l’arrange. Ce que je reproche personnellement à Donald Trump, c’est de faire de l’accès à la Maison-Blanche une récompense et de son refus une punition, comme on distribue des faveurs dans une cour. Ces rédactions n’ont ni armée ni marché à offrir. Elles n’ont que leurs questions. Elles restent donc dehors.

Reste l’écran. L’Assemblée générale de l’ONU siège à New York, et le pays qui accueille l’institution est censé laisser venir à elle toutes les délégations, y compris celles qui lui déplaisent. C’est le prix de l’hospitalité qu’on s’est offerte en devenant le siège du monde. Washington a décidé que ce prix ne s’appliquait pas au représentant des Palestiniens. Mahmoud Abbas a donc parlé à distance d’une menace existentielle pesant sur son peuple, pendant que Benyamin Netanyahou avait, lui, sa place dans l’ordre du jour, plus tard dans la journée. Je vois dans cette asymétrie une mise en scène plutôt qu’un détail logistique. Le représentant d’un peuple sans État réduit à une image, celui d’un État surarmé admis à la tribune : l’ONU donne ainsi à voir, bien malgré elle, la hiérarchie réelle du monde.

Mettez ces trois scènes côte à côte et le dessin apparaît. Celui qui a la force entre par la grande porte, même quand il est l’adversaire. Celui qui n’a que le droit, qu’il s’agisse d’une décision de justice ou de la parole d’un peuple, reste à la grille ou derrière un écran. Je lis dans ce tri une doctrine, et il faut la nommer : le droit y cesse d’être une règle commune pour devenir un privilège que le plus fort accorde ou retire selon son humeur. L’accréditation, le visa, l’accueil à l’aéroport ne sont plus des procédures neutres. Ce sont des instruments de domination, maniés avec une franchise qu’on aurait tort de prendre pour de la maladresse.

J’ajoute une chose, qui me gêne en tant que lecteur de la presse. Toute la presse a regardé l’aéroport. L’accueil de Xi a saturé les écrans, décortiqué sous tous les angles, photographié comme un événement de civilisation. La grille de la Maison-Blanche a eu droit à moins d’attention, alors que ceux qui y restaient bloqués étaient des confrères. Il y a là quelque chose de vertigineux : des médias qui racontent avec gourmandise la courtoisie faite à un autocrate, et qui regardent d’un œil distrait l’humiliation faite à leur propre métier. On se passionne pour le spectacle du pouvoir, on détourne les yeux quand ce pouvoir ferme la porte au nez de ceux qui devraient le contrôler. C’est exactement le réflexe que ce pouvoir attend.

Car c’est bien là que se joue la partie. Une démocratie ne se mesure pas à la chaleur qu’elle réserve aux puissants : toutes les monarchies savent recevoir. Elle se mesure à la place qu’elle garantit à ceux qui ne peuvent rien lui offrir, le journaliste qui dérange, le juge qui contrarie, le peuple sans armée qui vient plaider sa survie. Ce jeudi, Washington a répondu à cette question avec une netteté rare. Ceux-là attendront dehors.

Je ne suis pas naïf sur l’hypocrisie des grandes puissances, ni sur celle de l’ONU, ni sur les ambiguïtés de chacun des acteurs de ce jour. Mais je refuse qu’on me présente cette journée comme une suite d’anecdotes protocolaires. Un protocole, c’est une politique qui porte un costume. Et ce costume-là dit que l’Amérique de Trump ne reconnaît plus qu’une seule accréditation.

Celle de la peur.

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