Il y a comme une dissonance. Mardi 29 septembre, au moins 200 000 personnes (300 000 selon la CGT) défilaient dans 170 villes pour défendre les services publics et celles et ceux qui les font fonctionner. « Dans l’éducation nationale, tout est grignoté petit à petit. Un jour, il ne restera plus rien », dénonçaient par exemple Pierre et Chloé, profs de maths au collège Lucie-Aubrac d’Argenteuil (Val-d’Oise).
Les pompiers professionnels ont mené leur propre défilé, point d’orgue de plusieurs semaines de mobilisation pour demander des moyens à la hauteur de leurs missions et des désastres climatiques auxquels ils doivent faire face en raison du chaos climatique.
Dans les cortèges, on a aussi entendu les jeunes voix en colère de lycéen·nes, excédé·es par les conditions d’enseignement qu’on leur impose, partout en France mais particulièrement dans les établissements paupérisés de banlieue des grandes villes.  Deux jours plus tard, dans un exercice aussi codifié que redouté, le premier ministre, Sébastien Lecornu présentera ses choix budgétaires pour l’année 2027, prélude à plusieurs mois d’empoignades politiques sur le sujet. Les grandes orientations sont déjà connues : des dizaines de milliards d’économies à faire dans les dépenses de l’État, sans taxer davantage ni les Français les plus riches ni les entreprises.
Il faudra donc maintenir le gel du point d’indice, base du salaire des fonctionnaires, quand bien même leur pouvoir d’achat a dégringolé de 15 % depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Et tant pis si la rémunération de 862 000 d’entre elle et eux (un·e sur six) est désormais bloqué sous le smic – seule une prime, obligatoire, leur permet d’arriver au salaire minimum.
Il n’y aura pas plus de coup de pouce pour l’Éducation nationale ou les universités. Quant aux automobilistes, pas question de les aider sérieusement, malgré les prix records du carburant : 47 % de hausse depuis le début de l’année pour le diesel, + 31 % pour l’essence. Les 2,6 millions de foyers se chauffant au fioul, dont le prix s’est envolé de 70 %, n’auront rien de plus.
Et alors que frappe l’inflation, les salaires ne suivent pas : ils sont encore 2 % plus bas en moyenne que fin 2019, avant la crise sanitaire du Covid. Il n’y a donc nul besoin d’une fine étude du pays pour constater, comme la dirigeante de la CGT Sophie Binet, que « la colère est énorme ». Et que ces conséquences pourraient se révéler dramatiques dans les prochains mois. |
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