Vendredi 18 septembre – #120 : Mon métier : sauveur de meubles !
CHERS XOOMERS ! Un journaliste n’est pas extralucide, ça se saurait. Difficile pourtant de dîner en ville sans que, avant la pavlova, un convive me demande le résultat du second tour de la présidentielle. Je bredouille mon ignorance et déclenche aussitôt une autre question : que faire ? A l’adresse de ses lecteurs les plus fortunés, le FT publie un supplément au titre provocateur : how to spend it. L’angoisse provoquée par le chaos politique prévisible en France m’oblige ainsi à m’improviser en éditeur irrévérencieux d’un « how to save it » [comment sauver les meubles]...
Ruptures. Paralysie budgétaire, hausse des taux d’intérêt, inventivité fiscale, ruptures populistes... La séquence pré et post-présidentielle s’annonce agitée. Sans porter de jugement sur les choix électoraux de chacun, ni prétendre aux compétences d’un family office, voilà comment j’en suis venu à recommander à des amis d’interroger leur conseil bancaire ou leur notaire...
Réduire l’exposition au risque souverain français. Je ne travaille pas chez Rothschild, mais je corrige tous les jours des articles sur les ressorts de la hausse des taux d’intérêt, et sur la prime de risque exigée sur les émissions françaises. Une nouvelle dégradation de notre note souveraine ou l'écartement du spread OAT-Bund ne peuvent que détériorer le rendement des fonds euros des contrats d’assurance-vie français, chargés en dette d’Etat. Demandez à votre banquier si une réallocation vers des fonds obligataires diversifiés ne serait pas envisageable. Un ami me certifie que l’on peut même se protéger d’une dégradation de l’euro via ETF monétaires et comptes-titres en devises. Je ne me prononce pas !
Anticiper le risque fiscal. Toute alternance est porteuse de rupture fiscale. Deux cibles privilégiées : l’assurance-vie (avec le plafonnement des avantages successoraux par exemple) et l’immobilier (durcissement de l’IFI). Gare à la rétroactivité : mieux vaut rééquilibrer l’allocation avant l'élection, plutôt qu’après dans l’urgence. Les plus audacieux étudieront une assurance-vie luxembourgeoise. Elle n'échappe pas à l’impôt français, mais assure une neutralité fiscale en cas de changement ultérieur de résidence. C’est un outil de flexibilité future, pas une niche fiscale immédiate.
Rééquilibrer les actifs réels. Un collègue, qu’on charrie un peu, achète de l’or. Pas bête. Le métal jaune n’est pas corrélé au risque souverain français et a toujours constitué une valeur refuge pendant les périodes politiques agitées. Dans la rubrique « renforcer la part d’actifs tangibles », vous pouvez aussi tenter le foncier agricole. Il bénéficie de régimes de transmission spécifiques le plus souvent épargnés par les vagues de durcissement fiscal. Ah, oui, un dernier point, souvenir de 2008. La loi Sapin II de 2016 permet de limiter, voire de suspendre les rachats de contrats d’assurance-vie en cas de menace grave sur la stabilité financière du pays. Ne placez pas toute votre épargne de précaution en fonds euros...
Préparer des options de sortie. L’Opinion a déjà consacré plusieurs articles aux propositions des candidats sur la transmission patrimoniale. Les droits de succession et de donation sont traditionnellement la variable d’ajustement la plus rapide à activer pour obtenir de nouvelles recettes. Profitez des abattements actuels, ils ne sont garantis par aucun texte constitutionnel. Cette période d’incertitude peut aussi être l’occasion de revoir la structuration de votre entreprise ou du patrimoine professionnel familial. Holding de reprise, pacte Dutreil (Sébastien Lecornu a promis ne pas y toucher, mais après ?), arbitrage entre rémunération et dividendes... ces dispositifs peuvent vite changer. Activez-les ou consolidez-les avant un possible changement de majorité.
Partir un jour... C’est une boutade de fin de repas : où aller si on devait quitter l’Europe ? Ne comptez pas sur moi pour organiser votre exil à Copacabana. Je ne veux pas passer pour un traître à la patrie. D’autres vous diront qu’ouvrir un compte bancaire à l'étranger est recommandé (et légal!), tout comme cartographier son exposition à l’exit tax ou constituer un réseau de conseil pluri-juridictionnel à l'étranger. Mon propre avocat me suggère cet avertissement : cette note constitue un exercice éditorial scénarisé et non un conseil en investissement personnalisé . Pour finir, le journaliste que je suis peut vous révéler une règle intangible en politique : ça ne se passe jamais comme prévu, pour le meilleur et pour le pire.
GenXO. GenXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans qui savent gérer, en toutes circonstances, leurs actifs. Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers.
XOOMERS, SI VOUS TROUVEZ CETTE EDITION UTILE, TRANSMETTEZ-LA A QUELQU’UN QUE VOUS ESTIMEZ !
Rémi Godeau, directeur de la rédaction de l’Opinion
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