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dimanche 16 août 2026

Rue89 avec le Nouvel OBS : Peut-on exiger le silence au cinéma sans passer pour un réac ? - Dimanche 16 août 2026

 

Dimanche 16 août 2026

Chaque dimanche, une question existentielle qui nous a traversé l’esprit et une sélection des meilleurs articles, séries, entretiens et témoignages qui explorent nos vies intimes.
Peut-on exiger le silence au cinéma sans passer pour un réac ?

Par  Marie Fiachetti

La question est posée du bout des lèvres à chaque personne que je croise depuis mercredi : suis-je devenue réac ? J’avais ce jour-là assisté à une projection à 10h30 du film « De la Comédie-Française », à l’UGC des Halles à Paris. Installée dans une salle quasi vide (le film est sorti il y a trois semaines), je pensais me trouver dans des conditions de visionnage optimales lorsque, dès le premier plan montrant un buste de Molière, j’ai entendu, deux rangées devant moi, une mère glisser à voix haute à sa fille en bas âge : « Ça, ma chérie, c’est Molière, il écrivait des pièces de théâtre il y a très longtemps. » Prélude d’une séance interminable, rythmée par les échanges incessants entre l’une et l’autre (« Maman, le monsieur il a dit “merde” ! »).

Dix jours plus tôt, c’est d’une autre séance dont je sortais furibonde, celle de « Spiderman : Brand New Day » (puisque, comme le disait le poète américain Walt Whitman, « je contiens des multitudes »). Pendant 2h30 de film, un jeune couple à quelques sièges de moi s’est soudain senti transporté dans son salon, enchaînant chamailleries et écoutes de vocaux sur Snapchat, à peine découragé par les remontrances de ses voisins. Une semaine encore auparavant, le public du cinéma en plein air de La Villette à Paris m’avait donné envie de ramasser mon transat, entre passages ininterrompus devant l’écran et discussions sur la pluie et le beau temps lors des scènes les plus puissantes de « Princesse Mononoké ».

Ces trois dernières expériences cinématographiques ont été pour moi et mon naturel distrait un calvaire. Et je n’ai pas manqué de m’en plaindre à mes proches. Est-ce si compliqué de se taire pendant deux heures, pour ne pas empiéter sur le plaisir des autres, leur clamais-je en agitant le poing ? A mon grand désarroi, certains m’ont lancé quelques regards de travers.

Exiger le silence au cinéma ne relèverait-il pas de la culture bourgeoise, me suggère une collègue, un peu comme ces bobos qui ne supportent plus le bruit ? Alors, serais-je devenue réac ? Chez mes amis et mes collègues, le jury n’a pas encore rendu son verdict. Mais il a déterminé qu’au ciné, chacun avait ses limites : un copain fan des salles obscures m’a ainsi expliqué que le moindre écran de téléphone se détachant dans la pénombre provoquait chez lui des crises d’urticaire. Une autre confiait que le bruit d’une personne dégustant du pop-corn suffisait à lui gâcher son film. De quoi me faire baisser la tête, consommatrice quasi systématique d’un pot moyen de pop-corn (salé, évidemment) à chaque séance. Avais-je moi-même un jour gâché l’expérience d’un voisin avec le « crounch-crounch » de mes maïs soufflés ?

Finalement, en cherchant si les incivilités au cinéma étaient en augmentation, je suis tombée sur plusieurs articles parus sur ces trois dernières années, décrivant des séances perturbées parfois jusqu’à l’intervention de la police, le site Lorraine actu décrivant « insultes, jets de pop-corn, flatulences ». Et cela m’a fait relativiser.

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