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vendredi 14 août 2026

L'actualité littéraire hebdo avec BIBLIOBS - Vendredi 14 août 2026

 

Vendredi 14 août 2026

Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
Comme Ulysse, la critique revient

Par Elisabeth Philippe

Il n’y a pas que les fesses de Kim Kardashian qui peuvent casser internet. Une critique de film aussi. Et ça, par les temps qui courent, c’est un motif de réjouissance. Petit certes, mais tout de même. Au cœur de l’été, l’article cinglant que l’universitaire anglo-américaine Emily Wilson a consacré au film « l’Odyssée » de Christopher Nolan a embrasé la toile au point de « planter » le site de la vénérable « London Review of Books », peu habitué à une telle affluence. Comment expliquer qu’un texte relativement long, signé d’une spécialiste de l’Antiquité, ait pu ainsi échauffer les esprits et déclencher des « clashs » presque aussi violents que la guerre de Troie ?

D’abord, Emily Wilson n’est pas tout à fait n’importe qui. Elle a publié en 2017 une traduction en anglais, très moderne et audacieuse, de « l’Odyssée », préférant par exemple le terme d’« esclave » à celui de « servante » pour rendre compte de la réalité des femmes au service de Pénélope. Bien que fort débattue, cette version a connu un vif succès et Nolan lui-même dit s’en être servi pour son film. Ensuite, Wilson s’attaque au blockbuster estival absolu, qui a soudainement transformé chacun.e d’entre nous en exégète pointilleux du poème homérique (et, pour ma part, en fan absolue d’Agamemnon, pourtant pas la meilleure personne au monde). Enfin, et c’est sans doute l’élément le plus important, toute universitaire qu’elle soit, on peut dire que l’helléniste n’y est pas allée avec le dos de la cuillère.

Pour elle, le film est divertissant comme « un feu d’artifice du 4-Juillet, avec la même profondeur narrative et émotionnelle », les personnages féminins manquent de consistance, notamment Calypso jouée par Charlize Theron, qu’elle compare à une « psy bénévole apaisant les tourments d’un type débraillé et rongé par un syndrome post-traumatique » (elle ne dit rien en revanche des fleurs de lotus en tissu tout droit sorties d’un atelier de loisirs créatifs). Et le coup de grâce : « Comme on dit aux remises de prix, j’ai été honorée d’apprendre que Nolan a lu au moins la première ligne de ma traduction de “l’Odyssée” en pentamètre iambique. […] Mais j’aurais honte d’avoir écrit la moindre partie de ce scénario. »

Les mots peu amènes et les arguments tranchés de Wilson ont suscité la colère non pas des dieux, mais presque, puisque la romancière Joyce Carol Oates, sommité des lettres américaines, est entrée dans la bataille, accusant sur le réseau X la traductrice d’employer « le langage grossier de la meute MAGA [en référence au slogan trumpiste “Make America Great Again”] quand elle s’attaque à quelqu’un qui ne partage pas ses idées ». A titre personnel, je ne partage pas totalement l’avis d’Emily Wilson, mais son texte a permis de remettre en lumière la portée que peut avoir la critique, les débats vifs et toujours enrichissants qu’elle peut provoquer. Remplacée par le tout-promo, les pouces levés et les émojis « cœur », la critique culturelle, la vraie, survit tant bien que mal. Elle aurait bien besoin, elle aussi, d’un petit coup de pouce d’Athena pour faire son grand retour.

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