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dimanche 31 mai 2026

Rue 89 avec le Nouvel OBS - Pourquoi diable souhaiter la Fête des Mères sur Instagram ? - le 31.05.2026

 

Dimanche 31 mai 2026

Chaque dimanche, une question existentielle qui nous a traversé l’esprit et une sélection des meilleurs articles, séries, entretiens et témoignages qui explorent nos vies intimes.
Pourquoi diable souhaiter la Fête des Mères sur Instagram ?

Par  Natacha Tatu

Pourquoi Anne, 38 ans, poste-t-elle sur Facebook un message d’amour à « la plus extraordinaire des mamans », en l’occurrence la sienne ? Pourquoi Charlotte juge-t-elle utile de publier sur Instagram ses « 18 ans de love et de fierté » pour son « fils chéri » qu’elle « aime à la folie » ? Pourquoi Victor tient-il absolument à partager avec ses 65 followers les mots doux qu’il envoie chaque année à « l’amour de sa vie », qui, selon toute vraisemblance, se trouve dans la même pièce que lui au moment où il poste sa déclaration ? J’ai beau chercher, je ne trouve aucune réponse satisfaisante à cette bizarrerie, qui consiste à partager sur les réseaux sociaux des messages aussi intimes. Passe encore pour les photos de plats signature, de cocktails alambiqués, ou même de ses orteils pris en gros plan devant une piscine – tous ces clichés censés prouver à la terre entière qu’on vit notre meilleure vie. Que celui qui n’a pas un jour cédé à cette tentation bébête de faire baver ses collègues devant un paysage de rêve leur jette le premier (smiley moqueur).

Mais pourquoi diable ce besoin de partager des messages aussi personnels ? S’agirait-il de (se) prouver qu’on est « une bonne personne », en tout cas un bon fils/mari/parent ? Ou simplement de se rassurer sur sa vie sociale et personnelle ? Car selon une enquête publiée en 2014 dans le « Personality and Social Psychology Bulletin », plus une personne doute de son couple, plus elle va l’afficher sur les réseaux sociaux. A moins que, vingt-cinq ans après la naissance des premiers réseaux sociaux, ne se soit petit à petit installée l’idée sournoise que ce qui n’est pas « partagé » n’existe pas vraiment…

Il faut bien le dire, les célébrités, influenceurs et autres beautiful people nous ont donné l’exemple. Rien de tel qu’un cliché célébrant une nouvelle love story, ou leur famille idéale, pour créer avec les fans ce fameux « lien parasocial », ce lien unilatéral qui permettrait au public de ressentir une pseudo-proximité, une connexion artificielle avec des gens célèbres, augmentant leur visibilité et leur valeur sur le marché… Les Beckham, qui ont cultivé pendant des années leur image de couple glamour et sexy, médiatisant sur les réseaux sociaux leur quatre enfants, en sont la parfaite illustration. Il y a une semaine, après avoir fêté l’anniversaire de son mari, « la plus belle âme qui soit » (670 000 likes), Victoria célébrait les 80 ans de son « merveilleux père » sur Instagram. Mais la médaille a son revers : c’est aujourd’hui leur grosse embrouille familiale que son fils Brooklyn a choisi de médiatiser sur les réseaux sociaux. Effet « Black Mirror » garanti…

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